Paul

Elle s’avance à petits pas, son bouquet de violettes à la main. Tête baissée sous son chapeau noir, elle trébuche un peu sur les graviers. Elle vient tous les dimanches, silhouette discrète que personne ne remarque. C’est toujours le même trajet, à l’heure où les autres s’en vont. Besoin d’être seule. Ses doigts se crispent sur les fleurs mauves alors qu’elle marche dans les allées désertées. Les bruits de la rue lui parviennent comme étouffés derrière le mur bordé d’arbres. Le monde extérieur semble loin, presque évanoui. Elle tourne au bout du chemin, sans voir ce qui l’entoure, pâle et menue dans son manteau gris usé. Plus que quelques mètres à parcourir, elle s’approche doucement, ralentit encore son pas avant de s’arrêter. Puis, elle s’agenouille pour déposer le bouquet. Lorsqu’elle se relève elle s’aperçoit qu’il fait presque nuit. L’humidité froide du cimetière l’envahit soudain, elle s’enfonce dans son manteau, plonge les mains dans ses poches et se détourne de la tombe après un dernier regard. Ce nom et ces dates gravés en elle aussi définitivement que dans la pierre, elle les emporte avec elle. Dans l’obscurité naissante nul ne peut deviner ses larmes silencieuses, perles d’eau fragiles suspendues au bord de ses yeux.

A propos de Laurence B.

Arrivée à l’écriture par des chemins détournés, j’aimerais pouvoir m’engager sur cette voie avec plus de constance. Malheureusement le temps manque trop souvent et la discipline n'est pas mon fort.

9 commentaires à propos de “Paul”

  1. Personnage touchant et fragile qu’on doit rencontrer tous les jours dans la vraie vie mais qu’on ne remarque pas… Heureusement que l’écriture est là pour lui donner une visibilité et une humanité qu’on partage avec elle. Merci pour ce beau texte.

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