#photofictions #04 | Vers un ailleurs

Fatiguée, elle en rêve encore assise sur un banc

Elle se dit qu’à force de marcher penchée vers le sol elle trouvera l’exceptionnel, le mouvement du temps. Fatiguée, elle en rêve encore assise sur un banc. Elle attend qu’on la transporte vers un ailleurs. Il lui reste ses incertitudes dans les yeux, elle ne s’apaise pas. Le photographe la regarde, il la devine. Il voit ses semelles usées d’avoir trop marché. Il sait ses voyages, ses ancêtres, son peuple de souffrance. Elle accepte l’œil bienveillant de son appareil photo, elle est sûrement là, la réalisation de son rêve : elle deviendra immortelle, vivra l’exceptionnel, le mouvement du temps. Elle le remercie. Depuis ce jour-là, elle vogue de revue en revue. Grâce à elle le photographe a reçu un prix, il est enfin reconnu comme grand photographe.

Je les ai rencontrés elle et lui dans une de ces revues de papier glacé. Ce portrait m’a touché profondément. À mon tour je l’ai photographiée cette femme : une photo d’une photo. Je l’ai imprimée, j’ai fait le voyage avec elle jusqu’à la peindre, je l’ai recréée pastellisée. Sous mes doigts de couleurs j’ai retrouvé ses yeux, ses incertitudes, ses rêves impossibles. Elle m’a accompagnée, m’a raconté son histoire avec le photographe, elle se demandait si finalement il ne lui avait pas volé son âme. Depuis elle ne trouve pas le repos. Je lui parle, mais toujours le vacarme de ses silences m’envahit le cœur.

Le vacarme de ses silences

A propos de Marie Moscardini

Après une formation à Aleph en 2014, j'anime des ateliers d'écriture dans une petite ville de Saône et Loire. En apprentissage permanent je m'enrichis, je m'agrandis en participant depuis 2016 aux ateliers de François BON.

8 commentaires à propos de “#photofictions #04 | Vers un ailleurs”

  1. Françoise a bien dit : un voyage entre l’image et celle qu’elle convoque. Je n’avais pas, jusqu’à vous lire, bien discerné la nécessité des deux textes dans ce cycle d’écriture, mais vous l’avez superbement justifiée. Ils sont d’autant plus nécessaires qu’ils s’illuminent l’un l’autre. Merci infinement !

  2. Cligner des yeux pour mieux voir et être vue. Façon d’attirer le photographe dont le cliché attire à son tour
    reproduire l’image et entrer dans une écoute de cette femme,, nous y entrainer aussi grâce à ce beau texte.

  3. Bonjour Marie,
    Tout nous chamboule, ce qu’on regarde et ce qu’on lit, le va et vient qui en résulte, et la complémentarité, le vu et le lu, le voyeur et la regardée, la regardeuse et le regard même, sur une ligne, en tension.

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