#photofictions #02 | Marronnier

À la maison, chez moi. L’oeil se promène et s’ennuie. Il n’y a pas grand chose. Un chat qui dort en faisant des ronds parfaits. Quelques meubles de bois avec des petites cavités qui ont été largement baignées de xylophène. Un canapé rouge drapé dans un plaid en polaire vert anis. Un piano toujours ouvert. Des livres. Quelques plantes. Un poêle et son bois. Une malle. Des Cd. Un porte-manteau. L’oeil se barbe, vague et divague. Comment faire. Comment retrouver un regard pertinent. Comment trouver puis retrouver du mystère, de l’inspiration. Comment faire. Comment se stimuler. S’entraîner de nouveau à regarder autour de soi avec un regard neuf. S’entraîner le regard. Faire et refaire sien si votre quotidien vous paraît pauvre ne l’accusez pas. Accusez-vous plutôt, dites-vous que vous n’êtes pas assez poète pour en convoquer les richesses. Il y a un chat, des meubles, des rideaux de voilages colorés, un canapé rouge que je dois regarder d’un regard neuf.  Nulle pauvreté ? Mais pourquoi ai-je choisi ce rouge si rouge. Et ce vert anis. Finir par ouvrir la porte, regarder le jardin. Chercher, rechercher un quelque chose, une poésie là encore dans ce paysage si connu. Dans les volubilis qui croulent. Dans les marrons à terre. Dans ce ciel blanc, trop blanc, d’hiver. Regarder le marronnier dépouillé, grand, âgé. Sage. Peut-être trop.

Voilà qu’il danse. Léger, diaphane. Ci et là son corps se devine. Valse féerique. 

Le ciel blanc prend sa place et joue avec l’arbre. Il en grignote la chair par endroit. Contraste.

Enfin le squelette de l’arbre surgit. Victoire sur le blanc. Victoire sur le ciel. Il vibre avec orgueil. La silhouette éclate. Comme un cri?

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