#photofictions #04 | Nous

Le fait est qu’elle me regarde à peine quand je rentre, le fait est qu’elle mate plus la télévision qu’elle ne me parle, le fait est que je suis jaloux des caresses qu’elle donne à la chienne, le fait est qu’elle a mal fermé le robinet du lavabo, que le cabinet de toilette est inondé, que le plombier est en vacances et que cela va couter une somme faramineuse pour tout remettre en état, le fait est que j’ai peur qu’elle parte, le fait est que je n’aime pas les carottes cuites, le fait est que je serai malheureux sans elle, qu’elle me manque déjà et que ce sera pire, le fait est que demain j’arbitre un match de rugby en province, le fait est qu’elle adore baiser l’après-midi, le fait est que je suis allergique aux fraises, le fait est que j’ai trouvé une photo de Jean-Claude dans son livre de chevet, le fait est que le lave linge est en panne, le fait est que je l’aime envers et contre tout.

C’est bon j’ai compris je dois faire des efforts, je suis un mauvais fils qui déçoit ses parents, surtout sa maman, je suis nul à l’école, je perds mon temps en âneries, en projets pervers, je suis un égoïste, un menteur, un manipulateur, je suis à l’affût du mauvais coup, je vole dans les magasins, surtout dans son porte monnaie, j’aime une fille noire, pouah, d’origine africaine bouh, rwandaise de mieux en mieux, je ne sais pas nager, je pue des pieds, je n’aime pas les œufs, je chante faux, je crie la nuit, j’ouvre les bouteilles avec les dents, je suis toujours en retard à ses rendez-vous, j’ai les cheveux gras, je ressemble un peu trop à mon père, mielleux poisseux, je lui fais honte quand je prends la parole, je l’emmerde. Le fait est que je déteste ma mère.

Cette lettre ! Elle est là qui m’attire. Oui, je vais la relire
Une dernière fois ! Après, je la déchire ! Hélas ! Depuis un mois je dis toujours cela.|

” Madame, sous vos pieds, dans l’ombre, un homme est là
” Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ;
” Qui souffre, ver de terre amoureux d’une étoile ;
” Qui pour vous donnera son âme, s’il le faut ;
” Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut.

Quand l’âme a soif, il faut qu’elle se désaltère,
Fût-ce dans du poison !
Je n’ai rien sur la terre.
Mais enfin il faut bien que j’aime quelqu’un, moi !
Oh ! s’il avait voulu, j’aurais aimé le roi.
Mais il me laisse ainsi – seule – d’amour privée. ( Ruy Blas Acte II scène 2)

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Tiens mais c’est Georgette ! Elle est en forme quand même, elle se tient bien, toujours élégante, souriante. Je lui en remettrais bien un p’tit coup en souvenir du bon vieux temps. Oh làlà si elle m’entendait, elle me bafferait, c’est sûr, ou elle me lancerait un coup de pied dans les couilles comme celui qu’elle a donné à ce pauvre Robert (paix a son âme) lorsqu’un samedi matin dans le bus bondé il lui avait pincé le derrière. Et nous, la bande des 4, qu’est ce qu’on se bidonnait !!!

A propos de Cécile Bouillot

Bonjour je suis comédienne. Je développe également des projets vidéos dans lesquels je filme les gens autour d'une même question. J'écris des poèmes de rue a partir de phrases récoltées dans la rue, j'aime m'amuser avec différents jeux d'écriture, j'écris régulièrement depuis deux ans. Acte 2 Scène 2. Chaine Youtube : https://www.youtube.com/user/cecilebouillot

14 commentaires à propos de “#photofictions #04 | Nous”

  1. Bonjour Cécile,
    Au fil du texte, nous comme les billes d’acier des juke-box, nous voilà jetées contre ce qui nous fait rebondir, repartir et cogner à nouveau, l’accumulation, le grand écart d’un personnage à l’autre et le changement de point de vues produisent cet effet pan-optique, on a envie de dire… et après ? on va où ?

  2. merci Catherine pour ta lecture. Effectivement bien moins qu’un texte ce ne sont que des fragments, des bouts, des amorces, des débuts, de personnages, d’histoires, de situations, saurais-je les rassembler, les creuser, les organiser? ou les laisser filer… merci Catherine pour ton retour

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