Vibrations

Une tête tranchée sur une télé, du plus bel effet, une version punk de Salomé et Jean Baptiste. Il rit à cette pensée, il se surprend, il est encore capable de rire, pour rien, pour un souvenir boiteux. Il se dit que l’éphémère des rencontres est de plus en plus éphémère, une date de péremption. Le punk c’est ce qui l’a maintenu, la tête hors de l’eau, hors des conventions , hors de sa timidité. Une musique maelstrom. Efficace. L’âge aidant, il a rangé ses ceintures sling, ses frocs à zip, ses chaînes et son perf, ses creepers, ses bracelets cloutés. Il a enlevé ses boucles d’oreilles mais il chavire dans l’essentiel, ça il ne l’abandonne pas, le rythme et cet espoir de n’être que le moment présent ou de naître à chaque fois au moment présent. Il tranche encore des têtes, il pogote les nuits de pleine lune, il se saoule beaucoup pour partir ailleurs, couper le cordon du présent, fréquenter la mort, aucun repos, aucune issue. Il entend des voix absentes désormais, Jo Strummer, Lou Reed, David Bowie, Daniel Darc, Johnny Thunder et d’autres disparus, la liste serait trop longue et il n’a aucun goût pour les listes. Il n’a jamais compris l’intérêt de ces mini catalogues, pense-bête, même pour les courses. La mémoire n’a d’intérêt que dans sa capacité à repenser les évènements, les embellir, raconter une autre histoire  avec ces décalages qui font que le réel devient mouvant. Parfois il se demande dans quelle dimension il existe ? Les premiers accords de London Calling et il est de nouveau là.

Il faut se préparer à se dénuder, à se démembrer, un jour ou l’autre. Les nuits d’errance sont des meurtres, toujours. Il ne tuait que l’image du garçon lisse et posé, celui qui avait même oublié les mots, les mots à rendre fous les mots.  Hier je t’aimerai dans un bar de Berlin, poème de l’entre-deux. Il manquait la musique. Il lui fallait ces corps trompe l’œil, ces corps trompe corps, la rage de l’épique et de la bière. Les cheveux, premières victimes consentantes ou expiatoires, une crête colorée en lieu et place d’une coupe trop straight. Les fringues anciennes comme un cauchemar moisi, oublié au coin d’une porte cochère, deuxième dommage collatéral. Il arpentait sa tête en toute sérénité, un garçon se perdait et ne rentrait jamais.

Glissades et roulades, les orphelins du déluge se noient sur les pavés glissants de la cité flamande à 4 h du matin les pas incertains qui clignent des yeux sous le réverbères à peine des lueurs, regarde ses pieds et ces godasses si neuves et rutilantes, anti dérapantes et pourtant ça glisse, sous les pavés, il y a ce sable mouillé qu’on arrive pas à retenir tellement il glisse entre les doigts, les doigts du matin froid et humide,  ceux des pieds qui se dépêchent de faire ce bruit qui claque comme celui des sabots des chevaux, se sentir vivant dans ce bruit rythmé et furtif qui te monte dans tous le corps pour finir aux mains qui s’agitent pour se réchauffer et pour marquer le tempo du sol qui te porte jusqu’à l’achèvement de la nuit

Lumière noire, aucun reflet , à tâtons dans la pièce, éteindre l’ordinateur, la chaine, le ventilateur, l’œil vide du dedans dehors , glace sans tain, observer sans être vu, l’œil du Mordore, encore une histoire de surveillance et d’attirance/d’aimant/  de voyage initiatique jusqu’au bout de soi-même/un souffle de soupirail/ cauchemar récurrent, le voleur de songes aux couleurs rouillées, goûter le gris de la nuit sur la fracture d’amour, compter les gouttes d’embruns qui s’écrasent sur les années de fièvre, les lécher avidement, sans relâche. Fermer la fenêtre. Les mots aveugles titubent, se cognent se mordent, s’écorchent. Ils s’aiment sans se comprendre.

Collision drive, Alan Vega, la nébuleuse qui le fascinait tant. Il en avait fait des croquis qui ressemblaient à des taches de couleur, très loin des étoiles. Il  n’avait jamais été très doué pour les dessins, il sentait les couleurs mais dès qu’il prenait un pinceau,  le résultat était décevant, voire carrément effrayant. Collision drive, Alan Vega, une nuit d’Opéra Night, zombie Batcave, des salons particuliers, des garçons dénudés de Palace, de Bataclan/ Orchestre Rouge , »Mon seul contact physique est avec la police » d’Arsenal des Galères, un nom qui lui plaisait bien, fantasmes de muscles tendus, de sueurs mélangées, Querelle de Brest dansant au bord du gouffre/ Cargo de nuit.

 Vibrations

Glissades et roulades, les orphelins du déluge se noient sur les pavés glissants de la cité à 4 h du matin. Les pas incertains qui clignent des yeux sous le réverbères à peine des lueurs, regarde ses pieds et ses godasses si neuves et rutilantes, anti dérapantes et pourtant ça glisse, sous les pavés, il y a ce sable mouillé qu’on arrive pas à retenir tellement il glisse entre les doigts, les doigts du matin froid et humide, ceux des pieds qui se dépêchent de faire ce bruit qui claque comme celui des sabots des chevaux, se sentir vivant dans ce bruit rythmé et furtif qui te monte dans tous le corps pour finir aux mains qui s’agitent pour se réchauffer et pour marquer le tempo du sol qui te porte jusqu’à l’achèvement de la nuit. Il faut se préparer à se dénuder, à se démembrer, un jour ou l’autre. Les nuits d’errance sont des meurtres, toujours. Il ne tuait que l’image du garçon lisse et posé, celui qui avait même oublié les mots, les mots à rendre fous les mots.  Hier je t’aimerai dans un bar de Berlin, poème de l’entre-deux. Il manquait la musique. Il lui fallait ces corps trompe l’œil, ces corps trompe corps, la rage de l’épique et de la bière. Les cheveux, premières victimes consentantes ou expiatoires, une crête colorée en lieu et place d’une coupe trop straight. Les fringues anciennes comme un cauchemar moisi, oublié au coin d’une porte cochère, deuxième dommage collatéral. Il arpentait sa tête en toute sérénité, un garçon se perdait et ne rentrait jamais. Collision drive, Alan Vega, la nébuleuse qui le fascinait tant. Il en avait fait des croquis qui ressemblaient à des taches de couleur, très loin des étoiles. Il  n’avait jamais été très doué pour les dessins, il sentait les couleurs mais dès qu’il prenait un pinceau,  le résultat était décevant, voire carrément effrayant. Collision drive, Alan Vega, une nuit d’Opéra Night, zombie Batcave, des salons particuliers, des garçons dénudés de Palace, de Bataclan/ Orchestre Rouge , »Mon seul contact physique est avec la police » d’Arsenal des Galères, un nom qui lui plaisait bien, fantasmes de muscles tendus, de sueurs mélangées, Querelle de Brest dansant au bord du gouffre/ Cargo de nuit. Lumière noire, aucun reflet , à tâtons dans la pièce, éteindre l’ordinateur, la chaine, le ventilateur, l’œil vide du dedans dehors , glace sans tain, observer sans être vu, l’œil du Mordore, encore une histoire de surveillance et d’attirance/d’aimant/  de voyage initiatique jusqu’au bout de soi-même/un souffle de soupirail/ cauchemar récurrent, le voleur de songes aux couleurs rouillées, goûter le gris de la nuit sur la fracture d’amour, compter les gouttes d’embruns qui s’écrasent sur les années de fièvre, les lécher avidement, sans relâche. Fermer la fenêtre. Les mots aveugles titubent, se cognent se mordent, s’écorchent. Ils s’aiment sans se comprendre. Une tête tranchée sur une télé, du plus bel effet, une version punk de Salomé et Jean Baptiste. Il rit à cette pensée, il se surprend, il est encore capable de rire, pour rien, pour un souvenir boiteux. Il se dit que l’éphémère des rencontres est de plus en plus éphémère, une date de péremption. Le punk c’est ce qui l’a maintenu, la tête hors de l’eau, hors des conventions , hors de sa timidité. Une musique maelstrom. Efficace. L’âge aidant, il a rangé ses ceintures sling, ses frocs à zip, ses chaînes et son perf, ses creepers, ses bracelets cloutés. Il a enlevé ses boucles d’oreilles mais il chavire dans l’essentiel, ça il ne l’abandonne pas, le rythme et cet espoir de n’être que le moment présent ou de naître à chaque fois au moment présent. Il tranche encore des têtes, il pogote les nuits de pleine lune, il se saoule beaucoup pour partir ailleurs, couper le cordon du présent, fréquenter la mort, aucun repos, aucune issue. Il entend des voix absentes désormais, Jo Strummer, Lou Reed, David Bowie, Daniel Darc, Johnny Thunder et d’autres disparus, la liste serait trop longue et il n’a aucun goût pour les listes. Il n’a jamais compris l’intérêt de ces mini catalogues, pense-bête, même pour les courses. La mémoire n’a d’intérêt que dans sa capacité à repenser les évènements, les embellir, raconter une autre histoire  avec ces décalages qui font que le réel devient mouvant. Parfois il se demande dans quelle dimension il existe ? Les premiers accords de London Calling et il est de nouveau là.

A propos de Guy Torrens

Guy Torrens est né en 1952 à Alger. Après des études de philosophie, il se tourne vers le métier d’éducateur auprès de jeunes délinquants. Il anime des ateliers d‘écriture créative à Marseille où il réside. L’écriture et la scène : Chanteur parolier de trois groupes de rock punk ( Fin de série, Dirty Bitch, L.V.3.S) de 1985 à 1995. Tournées principalement en Allemagne, Pologne, République Tchèque, Belgique. Das Klub. Scène vide. La nuit a digéré les derniers spectateurs. Claquements répétitifs d’un soupirail mal fermé. Rythmique minimaliste. « Port de l’angoisse, je bois tes mots, pas tes lèvres. » Les derniers mots flottent encore. Martèlement des pieds, jets de bière, éjaculations spectaculaires. L’écriture et la nécessité : Après la mort de son compagnon qui a partagé sa vie pendant 25 ans, il se consacre entièrement à l’écriture. Poèmes, romans, nouvelles, pièces de théâtre. C’est le bruit du moteur. La mort ne fait pas de bruit. Une fuite sidérée. Celle des rêves. Sombre était le jour, sombre était la nuit. On vivait dans cette opacité, propre à rendre fou, n’importe quel homme normalement constitué ; Le message arriva le matin du 2 janvier. Un cri d’année nouvelle. Anonyme. « La vie n’est qu’un sillon, celui qu’on ne peut tracer, les nuits d’errances sont des meurtres. »

2 commentaires à propos de “Vibrations”

  1. Je suis fatiguée à cette heure mais ça coule bien, ce texte. M’étonne pas que vous ayez écrit des chansons, elles sont là encore avec le rythme et tout, on dirait sur slam. Pour moi faudrait découper/épurer encore un peu plus les phrases, mais je suis pénible… !

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