VIERGE S

À trop se frotter au sol VIERGE dit-elle, la vue dérape et flotte sur les empreintes laissées par d’autres qu’elle dans la terre VIERGE à trop hésiter, pense-t-elle, à laisser couler les jours entre les doigts, ils finissent par se ressembler, les doigts et les jours, dans leur maigre étirement, dans le tapotement sourd de leur extrémité à la fin du jour, dans le bout de la main repoussant le retour du crépuscule VIERGE mais il faudrait relever la tête, pense-t-elle, ainsi que le rideau qui s’est baissé sur son front VIERGE il y a quelques jours, comme une marée montée sans raison ni lune pleine du creux de son ventre VIERGE à demi décidée, ce geste elle le fera pourtant, se dit-elle, tentée de se redresser et de regarder les pierres en face, la pierre de la montagne VIERGE, tentée de se redresser malgré l’angle cassant de son cou auquel pend sa tête et sa vie de VIERGE dénudée offrant au vent qui vient du col la peau de son crâne VIERGES encore les pensées qui plus tard l’habiteront l’habilleront ou la travestiront ainsi VIERGE encore quelques lacets avant que ne s’offre la vallée VIERGE loin du papier encré sur lequel subsistent estompés par l’usure du contact quotidien les tampons des visas de la vie déjà déroulée, tapis de paille au feu très éloigné de sa boussole intime VIERGE sur la croix indiquée par le GPS, c’est ainsi que s’est dévidée l’avenue au hasard des lettres lumineuses des enseignes, où il s’agirait, se dit-elle, de trouver un sobriquet quelconque, une miette d’orpaillage textuel dont s’affubler VIERGE pour répondre au téléphone et faire cesser enfin la sonnerie insistante qui transperce ses tympans VIERGES dans l’obscurité du fond de la nef refuge, où se quêtent comme en des terres inconnues des ombres bienveillantes, mères courage mères des douleurs non encore enfantées VIERGES de soupçon, qui pourraient offrir sans partage aucun, elle veut le croire, l’échancrure de la vallée comme une voie intime et nervurée VIERGE de toute exploration, innervée seulement des palpitations muettes de la terre VIERGE sous ses pieds nus solitaires dans leur marche retenue, chassant de la page enfin VIERGE les traces dernières laissées par une autre qu’elle VIERGE