Escaliers
Je suis dans l’escalier de mon enfance ; il fait sombre. Il y a une odeur de cave, de charbon, de terre humide. L’air circule entre les marches avec une régularité qui ressemble à une respiration. Une porte grince quelque part. Puis une autre. Des bruits de verrous se font entendre, l’un après l’autre, sans que je sache d’où ils viennent. Je descends. Une marche craque sous mon pied. Une autre, plus bas, lui répond. Je m’arrête. Le bruit continue…………………………………………………………………………
Le sol est en terre battue. Il n’y a plus de marches. Je pourrais m’enfoncer jusqu’au centre de la terre. La terre est noire par endroits, traversée de petites fissures. Des portes sont appuyées contre les murs, certaines sans poignée, d’autres avec plusieurs serrures. J’en touche une. Le bois est tiède. Derrière, quelque chose bouge très légèrement. Je retire la main. Le mouvement s’arrête……………………………………………………………………………
L’air circule toujours. Il vient de plus bas. Avec lui monte une odeur de charbon brûlé, bien que rien ne brûle. De petites ouvertures apparaissent dans les parois. Elles laissent passer un filet d’air froid. Je m’approche de l’une d’elles. On entend des pas. Ils viennent de l’autre côté. Trois pas. Puis plus rien. Je colle l’oreille contre la pierre. Une respiration répond……………………………………………………………………………
La respiration répond. Elle est lente et régulière. Je recule. Les portes ont changé de place. Il y en a maintenant tout autour de moi. Certaines sont grandes ouvertes sur le noir ; d’autres sont si étroites qu’il serait impossible de passer. Un verrou tombe avec fracas. Puis un autre. Je ne bouge pas…………………………………………………………………………………
Sous mes pieds, la terre se soulève légèrement. Elle redescend. Puis elle se soulève encore. Comme si quelque chose respirait très profondément sous le sol. Je pose la paume à terre. La chaleur traverse ma main. À côté de moi, une petite trace apparaît dans la poussière. Puis une deuxième. Elles avancent lentement jusqu’à une porte basse que je n’avais pas vue………………………………………………………………………………
La porte est entrouverte. Une odeur familière en sort : charbon, linge humide, pommes conservées, bois ciré. Je reconnais tout à la fois la cave et la maison. Je pousse. Derrière, il y a de nouveau l’escalier. Le même. Je distingue les premières marches, la rampe, la lumière faible du haut. Je commence à remonter…………………………………………………………………………
À la première marche, la rampe est chaude. À la deuxième, j’entends un verrou se fermer derrière moi. À la troisième, un souffle passe contre ma nuque. Je continue sans me retourner. Les marches sont de plus en plus longues. Elles devraient mener vers le haut, mais je descends encore……………………………………………………………………………
Je regarde derrière moi. Il n’y a personne. Seulement l’escalier qui descend, la cave qui s’éloigne, et cette respiration qui monte avec moi, en moi. Je m’entends respirer.