vers un écrire/film #01 | le relais

Une main passe sur le dessus de la table. Les nœuds du bois et les taches. Les rideaux ne bougent pas. La casserole de la veille est toujours sur les plaques. Le coulis rouge de la sauce est sec sur le contour. La spatule maculée posée à côté. Des photos scotchées sur la fenêtre ou coincées sous les magnets du frigo. Le vent dehors fait bouger les feuilles. Les rideaux immobiles. À moitié fermés. Un trousseau sur la table. La main disparaît en claquant la porte. Un livre est posé sur la table basse. D’autres empilés sur les étagères dans le fond en flou. La couverture du livre cornée en haut à droite. Le canapé affaissé. Vieux revêtement en tissu. Des vinyles sortis et leur pochette sur le sol. La platine ouverte. Le diamant calé en milieu de rainure. Le lit pas fait. Un oreiller tombé. Une brosse à dents. Pas de dentifrice. Une colonne de t-shirts dans l’armoire ouverte. Trois pantalons sur l’étagère du dessous. Quelques vestes dans la penderie, des gros manteaux. Deux paires de chaussons sous le banc près de la porte. Fin d’après-midi lumière bleue-grise du ciel. Fenêtres fermées. Volets ouverts. Lumières éteintes depuis l’extérieur de la maison. Dans le café des voix indistinctes. De la buée sur les baies vitrées. Les tables alignées sous une lumière chaude. Bruits de tasses qui se posent. Les percolateurs qui frappent contre la barre au-dessus du bac à marc de café et le bruit rose de la machine qui entame son processus de nettoyage interne automatique. Un microfibre passe sur la surface sur comptoir. Les voix indistinctes se lèvent. Les manteaux et les vestes sur les chaises s’attrapent et s’enfilent. On se dit au revoir en sortant par la porte en verre taillée dans la baie vitrée. Le café est vide. Elle ferme la porte à clé. Ramasse toutes les tasses. Les fourre dans le lave-vaisselle. Passe le microfibre sur toutes les tables. Passe l’aspirateur par terre. Passe la serpillière. Essore la serpillière. Range tout dans le placard des toilettes. Passe un coup sur la cuvette au passage. Tire la chasse. Se lave les mains. Prend une serviette en papier. S’essuie les mains rapidement. Se regarde dans la glace en s’essuyant les mains. Souffle. Bave sur le bout de son index. Essuie le mascara coulé. Met la serviette en papier mouillée dans la poche de son tablier. En sort son portable. S’appuie sur le rebord du lavabo. Ouvre les messages. Attend comme ça pendant un moment. Met son portable dans sa poche arrière. Enlève le tablier. L’accroche dans le placard. Prend son manteau dedans, son sac à dos, enroule son écharpe, ouvre la porte vitrée, referme à clé derrière et sort du cadre. L’odeur de l’hiver froid dans le nez. Le couvre du masque. La rosée d’haleine qui s’y forme et mouille les joues sèches. Enfile le bonnet en marchant. Enlève le masque. Les rues vides du jeudi en fin de journée. L’heure de la sortie. Presse le pas et le soleil commence à se coucher. Les bruits des chaussures sur les pavés. Trois rues à droite, une à gauche, encore celle à droite, au fond de l’allée, une petite montée. S’arrête et se retourne. La vue est large. De dos. La buée forme des bouffées blanches qui s’évaporent. Elle se reretourne et avance. La maison sort du sol à mesure que les pas avancent sur le gravier. Le toit puis le haut des fenêtres puis la porte puis les buissons au pied du mur. Sort ses clés qui ne font pas un tour. Retire les clés. Lève la tête. Lumières éteintes depuis l’extérieur. 

A propos de Marion Mucciante

Écrire c’est très pratique, notamment pour détourner le réel et faire diversion à la rationalité du monde. http://marionmucciante.com/

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