autobiographies #15 | cher.e.s. ami.e.s.

Cher.e.s ami.e.s.,
Je suis né le 28.03.2014. Je suis Sofa Le Chat. Je vis comme bon me semble. Ne rien faire ne me fait pas peur. Si tout s’agite autour de moi, je me tiens à l’écart. L’idée, c’est de regarder au loin, yeux mi-clos. Un truc que j’aime bien faire, c’est de m’installer dans leur couloir. Du couloir, on aperçoit toutes les pièces. C’est bonnard. Je saute (je suis alerte) sur le haut de l’armoire et là, planqué, j’évalue (façon de parler) le spectacle. Ça commence toujours par quelque chose d’anodin (façon de dire) que l’un ou l’autre se raconte.

… Je vous aime beaucoup cet après-midi.
C’est que l’odeur de la pluie, l’humidité du dehors pressentie, sied bien à votre chandail et à vos cheveux ébouriffés. A votre table de travail, vous semblez un écureuil essayant vainement de mettre la main sur sa provision de noisettes. Mais où sont ces satanés feuillets ? J’ai fouillé tout le bureau.
Je viens de déjeuner d’un grand bol de lait chaud et d’une petite orange assez médiocre. Tu dis ? Oui, c’est ça, ces fruits ne sont plus de saison et je n’en achèterai plus cette année. Constat d’impuissance sur le temps qui passe. Regarde ces marques au coin de la cuisinière. Notre fille a bien grandi, elle est sur le point de me dépasser. C’était hier. Orange amère.
Il fait très froid ici. Je vais prendre un bain bien chaud. Mais ferme cette porte s’il te plaît, ton chat me regarde juché sur son perchoir. Un vrai coq en pâte celui-là. Bon dieu, tout ce linge sale qui s’accumule et toi assise dessus. Sors, laisse-moi prendre mon bain.
Il fait un temps délicieux. L’air est aussi chou qu’une guimauve rose et la lumière filtrée par quelques nuages de pacotille nous fait un visage pêchu. Je vais aller aux Buttes Chaumont ou marcher au hasard dans les rues. C’est si gai.Sur le lit, une montagne de fringues et pas une qui m’aille…
… Il est arrivé ici, hier, une chose affreuse. Dans la cuvette des toilettes, il y avait quatre souris visiblement en train de se noyer. Elles essayaient de s’agripper sur la paroi lisse, se montaient les unes sur les autres. Affreux. Je soupçonne Sofa de les avoir bazarder là. Il se léchait les babines et semblait si content de me voir paniquer.
Ce soir, j’aimerais être dans un grand cirque. Pas le cirque aux jongleurs, aux animaux et autres voltigeurs, pas le cirque aux instrumentistes en livrée rouge & or. Non. Mais le cirque merveilleux tout blanc, irisé, grandiose, celui qui appartient aux marmottes et aux fleurs sauvages.

Ne blâmez pas trop vos parents !
Mes maîtres (façon de blaguer), c’est du grand n’importe quoi. Dire qu’ils ont pensé m’éduquer ! Ils occupent l’appartement comme s’ils étaient chez eux, font grand bruit de presque rien m’obligeant à filer sous un meuble, se liguent contre moi à la moindre griffure. Bah ! Ils sont si maladroits et la vie est si courte !

Bien à vous,
Le chat, Sofa

Codicille : Je trouve ce texte totalement nunuche. Je publie quand même. J’ai voulu essayer de construire les différentes situations en les commençant par un début de texte. Le premier “Je suis né” appartient à Georges Perec, les suivants à Katherine Mansfield “Lettres” chez Stock.



































A propos de Louise George

Diverses professions et celles liées au "livre" comme constantes.

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