vers un écrire/film #02 | l’image sans mémoire

des perles dans un pot | travelling sur la droite | un pot en terre | des paniers tissés en bambou | un pot en terre avec deux anses de chaque côté | un appareil photo grand format | un cahier ouvert | des tirages de portraits plein pied | une personne sur la page de gauche | deux personnes sur la page de droite | plan fixe | une eau claire passe sur une plaque | deux mains tiennent la plaque entre les quatre doigts et le pouce | un portrait plein pied sur la plaque | un homme debout tient un bâton plus grand que lui dans sa main droite | il porte un collier avec neuf grosses pierres | quatre de chaque côté de la grosse pierre centrale | plaque épaisse de métal qui grave l’image | léger travelling vers le haut | deux hommes sont accroupis au bord du cours | le courant est fort | l’un porte une chemise | manches retroussées | pantalon déchiré au genou | il tend la plaque à l’autre | il porte un collier avec neuf grosses pierres sur son torse | quatre de chaque côté de la grosse pierre centrale | plan fixe de ses mains qui tiennent à leur tour la plaque | sa main droite lâche l’image et l’avant-bras revient se poser sur le genou | la main gauche tient la plaque | la main droite attrape la grosse pierre centrale du collier qu’il porte | aller-retour de son regard entre la pierre et l’image de la pierre | l’autre homme toujours à côté de lui attend | il essaie de lui reprendre des mains | l’autre garde sa main gauche fermement repliée sur le cadre | qu’est ce que tu fais | j’ai besoin de la garder | le courant derrière couvre presque leur voix | l’arrière-plan rempli de l’écume qui surgit à différents endroits | mais c’est moi | ce n’est pas toi c’est une image | comme un Chullachaqui | il demande | un bruit de cigale perce le calme | un quoi Chullachaqui | un Chullachaqui | va-et-vient entre les deux visages qui se regardent | la main gauche toujours fermement repliée sur la plaque de métal | tous les deux accroupis | l’eau en fond | on a tous un Chullachaqui qui nous ressemble mais vide sans mémoire et sans souvenir il tourne dans l’univers comme une enveloppe creuse qui porte notre image sans faire attention parfois on peut devenir son propre Chullachaqui et se retrouver vide à son tour  

A propos de Marion Mucciante

Écrire c’est très pratique, notamment pour détourner le réel et faire diversion à la rationalité du monde. http://marionmucciante.com/

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