#40jours #14 | papiers pliés

Il porte des tongs, un pantalon de jogging stretch gris, avec une poche zippée à l’arrière, un maillot de foot bleu ciel de Barcelone, UNICEF, de 2013. Dans sa main, il tient une clé unique accrochée à un porte-clé en plastique noir, avec un numéro de chambre sur une feuille à carreau, la 19, écrit au bic bleu. Il a passé l’index dans l’anneau du porte-clé et marche, la main serrée sur la clé. Dans sa poche droite, il a un téléphone, un vieux Nokia à clapet. Il marche dans la ville, clé dans la main. Autour du cou, glissé sous le maillot de Barcelone, à hauteur d’UNICEF, il porte une pochette dans laquelle se trouve une feuille lignée pliée avec quelques adresses, une à Paris, une à Bruxelles, deux à Charleville-Mézières; une photo où on le voit, enfant, avec d’autres enfants devant un homme et une femme; une feuille A4 pliée aussi, sur laquelle figure, à l’en-tête de la préfecture du Rhône, une attestation de demandeur d’asile pour l’Ofpra; une pochette de quatre photos d’identité où il ne sourit pas et regarde fixement l’objectif; une coupure de presse d’un journal italien avec la photo d’un bateau dans le port de Lampedusa. Dans la poche arrière, du jogging, il garde encore une autre feuille pliée, incurvée par la convexité de la fesse, photocopie d’un passeport. Parfois, il ouvre la main, fait tourner la clé autour de l’anneau deux ou trois fois, et la referme.

9 commentaires à propos de “#40jours #14 | papiers pliés”

  1. Ils étaient vingt et cent , ils étaient des milliers à atteindre une terre étrangère, ils le sont encore… Et voici le portrait d’un, qui pourrait être toi,vous ou moi. Talisman UNICEF, rêve de football avec la sphère Monde, on lance le pied et pourquoi le faire si le cul-terreux du moment se retrouve par terre ( pas la faute à Voltaire et vaut-il mieux se taire pour comprendre l’homme et ses poches presque vides. Un pélerin involontaire,en quête d’asile, “désireux” de se refaire, de faire imprimer de nouveaux papiers à son nom, une légitimité d’appartenance territoriale, une identité métisse, une santé suffisante pour survivre. Une clé en plastique autour d’un anneau de solidarité. Une chambre à soi pas à soi… Une étape. Une gageure. Un état de fait. Il est là ! Je le regarde à mon tour dans votre beau texte.

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