#construire #06 | faire.

S’occuper. Activer les mains pour calmer le dedans de la tête, le discipliner. Être à ce qu’on fait. Depuis des doigts minutieux, même pour les grands travaux. Que l’esprit n’aille pas se croire tout permis et chambouler tout le creux du ventre et tout l’autour. Dompter les pensées comme traquer la poussière ou faire les vitres ou ranger les placards. Ce n’est pas parce qu’on a une servante qu’on reste sans rien faire. Du travail il y en a pour tout le monde. Au contraire. La poussière, faire la poussière, venue d’on ne sait où, si fine et bien visible pour peu qu’on s’attarde à regarder mieux. C’est une fois par semaine avant de nettoyer à grandes eaux. Il y a un jour de la semaine pour chaque tache. Finette avait choisi le lundi. À peine si elle avait eu le temps d’organiser sa maison. Ils étaient mariés de si peu et il y avait eu le voyage de noces. Et en rentrant, la guerre. Frotter le sol depuis la brosse au long manche tout d’abord, puis racler l’eau sale, la diriger, la rassembler en un cercle que la serpillère à coup d’aller-retour finira par ramener dans le seau, même processus pour chaque pièce. À part l’eau du corridor qui sera raclée vers les marches de l’extérieur. La poussière, il faut commencer par elle et c’est avant le nettoyage des sols absolument. Que les particules dérangées qui se retrouveront au sol, celles qui auraient échappé au chiffon, finissent immergées. Les armoires aux multiples rainures horizontales sur toutes les faces visibles offrent une zone privilégiée et le doigt emmailloté d’une zone propre du chiffon longera chacune d’un geste qu’on apprend de mère en fille. Les meubles de famille sont riches d’aspérités et de décorations finement ciselées. C’est beau, un vrai travail d’artiste, il n’y a qu’à voir l’ouvrage dans l’atelier à côté. C’est beau, mais c’est un nid à poussières. On le pense, mais on ne le dit pas. À cause de l’atelier qui fait vivre toute la maisonnée. Finette qui une fois de plus vient de dégringoler les escaliers au cri du prénom d’Edmond. Les yeux de Finette embués de larmes de déception s’attardent sur la fenêtre au-dessus de la porte. Le ciel derrière la vitre sale est chargé de menaces. Elle demandera comment on s’y prend dans cette maison-ci pour laver ce carreau. Il y a bien quelque part un escabeau pour monter là-haut.

A propos de Anne Dejardin

Projet en cours "Le nom qu'on leur a donné..." Résidences secondaires d'une station balnéaire de la Manche. Sur le blog L'impermanence des traces : https://annedejardin.com. Né ici à partir du cycle«Photographies». Et les prolongations avec un texte pour chaque nom qui dévoile un bout de leur histoire. Avec audios et vidéos, parce que des auteurs ou comédiens ont accepté de lire ces textes, l'énergie que donnent leurs voix. Merci. Voir aussi sur Youtube.

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