#construire #07 | salle des machines

il fallait bien qu’il y ait cette passerelle pour voir ainsi l’ensemble; sur la droite un barbu en pyjama rayé blanc et rose, calvitie stade trois et ventre proéminant, est assis les mains sur les genoux ; deux rangées plus loin debout sur un bureau une femme en chemise de nuit claire ayant passé l’âge change une ampoule pendue à une gaine de caoutchouc noir; quelqu’un avance à quatre pattes en couche culotte avec grâce; un autre, mais je ne vois que son dos, est pris de secousses ( je me souviens du shaker de Chaplin dans les Lumières de la ville) ( je me souviens du rire abominable de ce garçon battu à mort); sur une chaise d’arbitre une femme en robe de soirée sombre – et quelque chose de brillant en plus–, tête d’oiseau et mèches rares, dévide une bobine ; on pourrait croire qu’il pleut, le bruit fait tourner la tête; bas de jogging jaune électrique et brassière, une fille, je pense, du fait de ses incisives, arrose une plante d’intérieur à grandes feuilles –comme des masques–, un bananier musa sans doute mais factice à cause de la chaleur des lampes; dans une autre rangée une dizaine d’hommes en blouse d’appariteur abattent des cartons miniatures sur un tapis roulant, comme des joueurs de carte. Quand elle arrive dans sa crinoline de velours et se plante au milieu, c’est le signal :
ne plus savoir où se trouve la commande de la neige
en actionner une au hasard
Une tête rouge passe une trappe : Formol et brocolis maintenant tu dégages!

PAUSE

A propos de Nathalie Holt

A commencé en peinture, a vécu de théâtre et d’opéra, des années de scénographie plus tard ne photographie pas que son lit, tient son journal en images, écrit et marche chaque jour a publié un peu pour aller au bout d’un geste ( Ils tombaient ) ( Averses) https://www.amazon.fr/stores/author/B09LD7R2KY . Écrit pour lire.

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