
ranger Atlas | Atlas toujours si grand livre qu’on ne sait pas où l’installer, étagères pas assez hautes, d’où souvent disposé à plat | Atlas pas comme les autres | ne rentre pas dans les cartons de déménagement, alors lui fabriquer un emballage tout exprès comme pour les tableaux | Atlas trop lourd pour l’enfant, presque plus large que l’écart entre ses bras, il lui faut une grande table pour l’ouvrir ou alors au sol pour y plonger, l’enfant ne peut pas le regarder au lit juste avant de s’endormir | il aime y contempler le lointain, l’ailleurs, l’inconnu, l’étranger, les immensités, les continents, les océans, parfois les constellations d’étoiles
alors les couleurs | le bleu pour la mer et la glace, le vert et tous les dégradés de jaune orange rouge jusqu’au brun qui lui donnent à imaginer les forêts tropicales les déserts les continents brûlants ou assoiffés les continents démunis ou gelés, aujourd’hui il faudrait inventer une couleur spécifique pour la glace parce que les banquises et les glaciers, ça n’est pas la même chose que de l’eau qui court | Atlas pas comme les autres, n’existe pas sans couleurs | le bleu pas que pour les océans, aussi pour les rivières les fleuves les méandres les deltas, et il faudrait une autre couleur pour les marécages et les zones humides qui disparaissent trop vite, d’ailleurs il va falloir arrêter là aussi de les abimer sans compter qu’il faut toujours savoir où mettre les pieds
pour ce qui est des mots | Atlas parle toutes les langues de la terre | les mots y désignent aussi bien pays montagnes plaines vallées d’altitude îles îlots archipels courants dorsales volcans villes bourgades métropoles bois forêts falaises | Atlas drôle de grand livre pour voyager | il fixe la réalité d’une époque, la vision des hommes à un moment donné de l’histoire, et s’il donne une idée précise des frontières, c’est un peu comme on fixe le prix du pétrole ou de la soie, tout change si vite, tout se détruit, se transforme, les révolutions et les guerres modifient les contours et le nom des pays et certains même qu’on supprime sans compter qu’on privatise certaines îles et les affleurements de dinosaures fossiles
et il suffirait | d’un tsunami, d’une grande sécheresse, d’une simple éruption volcanique qui inonderait de ses gaz et fumées toxiques toute une moitié de la planète pour qu’aussitôt les arbres meurent et les champs de céréales et les vergers et les hommes aussi | alors toutes les couleurs disparaîtraient, laissant les continents dans l’ombre et les pages d’Atlas couleur de cendre — mais je ne pensais vraiment pas en arriver là, enfin comment imaginer le livre d’une terre qui se meurt ?
Illustration : fragment d’une ancienne carte du monde (domaine public)
j’aime la nomenclature; la poésie des images ; et la chute qui secoue
je n’avais pas prévu ça…
pourtant une réalité, et c’est déjà arrivé l’histoire du volcan bien sûr…
merci pour ta lecture, chère Nat
couleurs, langues puis conditionnels : va bien avec l’image…
un jour ce ne sera plus au conditionnel… et ces cartes anciennes sont toujours comme issues du rêve
merci pour le regard, cher f
Salut Françoise
Beaucoup beaucoup beaucoup sans fioriture et fluide fluide. Rondeur et vivacité.
merci pour ces mots forts comme des compliments quand même…
oui, rien de mieux que cela, le fluide, et encore le fluide !
merci Louise
La densité de la rêverie du passé et celle du présent et futur prenant leur épaisseur dans les couleurs, dans l’objet-atlas qu’on ne saurait bientôt plus présenter, comme tu la saisis! Oui, et cette crainte que j’ai du gris-cendre obstruant le soleil, (volcan, pluie de pétrole en temps de guerre, fumées..) que tu écris si clairement, brutalement, littérairement. Merci.
on ne sait pas ce qui nous attend
qu’en sera-t-il de ces voyages, de ces couleurs ?
je partage ta peur…
Toujours cette écriture claire et précise et j’avoue avoir un coup de coeur pour la fin. C’est beau même si c’est terrible, un livre d’une terre qui se meurt. Je t’embrasse fort Françoise.
retrouver ton sourire ici, Clarence, réduit ma crainte du pire ! il me fait un bien fou…
alors supplions pour que « le grand livre de la terre » continue à habiter nos rêves et nos fins de journée d’hiver, à plat ventre sur le tapis
je t’embrasse moi aussi
Comme toujours avec tes images liminaires, Françoise, tu sais accueillir tes lectrices et lecteurs… Pourtant l’atlas lui-même semble se trouver en inconfort, jusqu’à ce que l’enfance le recueille. Alors tous les conditionnels sont possibles, jusqu’à ce « il suffirait… » qui me fait tant rêver !
ta présence et tes mots qui résonnent avec les miens même s’ils évoquent des tableaux les plus redoutés, Philippe, sont toujours nécessaires par ici…
je les espère au présent
Merci pour ce regard sur ces altas objet encombrant qu’ on ne sait pas comment prendre et qu’on ne sait pas comment lire, qui sont comme des tableaux et on y plongerait bien tellement les couleurs sont attirantes, mais la chute est si vraisemblable et si poétique ..
merci Carole pour ton passage par ici, par ma vision plutôt pessimiste d’un monde qui peu à peu se décompose et se détruit…
A la volée, entre hier, aujourd’hui et jusqu’à demain (j’espère).
Ca coule
C ‘est là
oh Yaël, merci tellement pour ta visite
avec ce sujet, on se coule dans l’océan entre deux continents, on se fraie une route entre une rivière et une forêt
et va savoir où ça nous mène…
à tout à l’heure
Superbe inventaire. Merci Françoise.
oh ben merci, Serge, c’est trop trop sympa…
on tente quelque chose à chaque fois, c’est chouette l’atelier…
(en général j’aime bien sur un cycle que tous les textes soient liés, mais là je ne sais pas si je vais y parvenir…)
à « s’entrelire » encore…
« et il suffirait » comme un coup de poignard donné ! L’imaginaire nous fait encore tenir debout…Tu tiens les deux fils de la vie. Merci Françoise !
si contente de te retrouver ici, chère Solange…
oui, toujours inquiétée pour ma part par la fragilité du vivant, par l’aspect éphémère du jour et de la nuit, et si je tiens dans la main les deux bouts, alors lequel vais-je lâcher en premier ?
à te lire…
J’aime beaucoup l’illustration, cette carte d’une terre australe inconnue, qui n’en n’est pas moins cartographiée.
Merci pour ce beau texte qui soulève tant de questions.
Car les cartes des atlas changent aussi vite que le cœur des villes et des hommes.
merci pour cet écho magnifique et si juste dans sa dernière réflexion
les cartes changent à toute allure, les pays se fracturent et les dorsales océaniques se révoltent
merci tellement et bien à vous, George
« Le livre d’une terre qui se meurt… » J’aime l’idée que l’atlas tente de fixer les choses à un moment donné de l’histoire, de rendre compte et aussitôt ce n’est plus vrai. On ferait un atlas des dommages qu’on a fait à la terre. Un atlas de sols souillés, d’arbres abattus, de peuples assassinés… Il suffirait. Merci, Françoise.
au dernier moment te lire au sujet de ce grand livre du monde qui veut dresser un portrait géographique topographique pédologique géologique, veut être reflet des partages, des frontières, et puis à peine le dos tourné…il suffirait qu’une révolution arrive pour tout fausser geler glacer
j’aime toujours ton passage, tu le sais bien…