Je n’ai pas souvenir d’un atlas dans la bibliothèque familiale. Je n’ai pas souvenir d’en avoir déjà seulement ouvert un seul. Je n’ai pas souvenir de ces livres immenses, lourds et, magnifiques qu’il fallait porter à bout de bras, poser sur une table ou sur le sol en bois. Et, de son corps, attraper la couverture afin de le déplier en prenant mille précautions pour ne pas déchirer, voire marcher sur la page de garde. Non, je n’ai pas souvenir d’avoir parcouru de mes yeux, de mes doigts, les tracés de couleurs, m’emportant d’un pays à l’autre, vastes étendues inconnues, où j’aurai laissé mon imagination rêver qu’un jour, je pourrai, pour de vrai, m’y rendre. Non, je n’ai pas souvenir de ce livre, ni de ces voyages rêvés, ni même de savoir où se trouve tel ou tel pays, ce qui par ailleurs, m’avait valu une honte scolaire à l’heure où collégienne, j’aurai dû savoir où je me trouvais mais. Que voulez-vous ? C’est dans un autre monde que je vivais, un monde inexistant, fait non pas de pays, les pays de mon atlas n’avaient pas d’existence et je ne pourrai pas les dessiner mais un monde différent. Et pourtant, je sais bien, qu’à quelques heures de train ou d’avion, il est délicieux de fouler telle ou telle terre, plonger ses pieds dans la mer bleue des îles ou se laisser tremper par le déluge des tropiques, mais mon atlas à moi est fait de forêt, de promenades parmi les feuilles, de branches cassées, de rues et de mer parfois. Fait de chemins foulés sans relâche, de mille détails que je connais par coeur et qui pourtant, ne cesse inlassablement de me réenchanter. Je n’ai pas de souvenir de tout cela mais cela ne veut pourtant pas dire qu’il n’y en avait pas.
Un commentaire à propos de “#Le livre comme fiction#02 l Pas d’Atlas”
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et c’est sans doute pour ces « mille détails » que nous sommes tous ici, à tenter d’en rendre le compte le plus exact qu’il nous est possible — et de nos « par cœur » aussi certainement