#01bis Le livre comme fiction | La lecture du geste

…le livre tenu avec le pouce coincé dans la pliure, calé par la main gauche tout entière, un crayon dans la main droite, ou livre tenu des deux mains, le crayon jamais loin, l’habitude de mettre une petite croix à côté d’un passage qui m’interpelle plus fort que le reste en vue d’une prise de notes, notes trop rarement couchées sur le clavier (j’aimerais ne pas oublier ce que je lis), lecture assise dans les transports, surtout dans le tramway où le trajet est long, dans le métro ou le bus, la concentration est assez bonne, et le trajet souvent trop court (j’aime la lecture dans les transports le temps s’absente facilement) | lecture assise à une table de travail sur l’ordinateur, avec le livre électronique, le geste est différent, l’index tourne toujours la page, lecture du livre de papier papier assise ou allongée sur le canapé le livre posé sur la poitrine, le crayon dans la main droite, car sans lunettes le livre pratiquement sur le visage (lien divin, personne entre moi et les mots). Lecture apaisante revigorante (j’en sors reposée) ; rituel, avant lecture, ouverture du livre, observation des premières et dernières pages, recherche du crédit photo, de la table des matières, les pages défilent rapidement, le titre courant et les folios s’animent (j’aime cette impression de défilement), lecture d’un essai, rarement dans l’ordre chronologique des chapitres, tout aussi rarement lu en entier (je vais toujours aller à l’essentiel, comme si le temps m’était compté) | lecture du roman, abordée avec prudence j’y reste si j’y lâche prise (comme si je me jetais dedans) (annulaire droit luxé depuis peu, il m’est très difficile de tenir le livre comme je le souhaiterais, je bricole des positions d’équilibriste) ; [dans la lecture comme dans l’écriture, je cherche, je scrute les mots et les passages qui m’emportent, me parlent plus que d’autres, je sollicite ce qui vibre, ce qui résonne avec l’intérieur (cela peut sembler banal, mais il faut de la curiosité avec les mots, cela retient ou cela fait fuir)] ; les pages ne sont plus cornées depuis longtemps pour marquer certains passages, façon de faire devenue insupportable maintenant comme s’il était possible de faire mal à un livre en pliant une page ou en l’ouvrant à l’excès, en brisant la tranche dans un bruit de papier (craquement qui me fait pousser un petit cri, quand je lis, je n’ouvre jamais complètement le livre, je garde toujours un angle de sécurité pour ne pas l’abîmer même s’il s’agit d’un livre d’occasion), le livre pourrait-il souffrir ressentir la douleur d’une ouverture un peu trop lâche ?

Laisser un commentaire