— note à læ lecteurice :
le passage en mode nocturne rendra la chose plus confortable…
La zone d’activité | 000137
blancs. Mon champ de vision se réduit proportionnellement. Je tombe des yeux sur le blanc des restes.
Ce ne sont pas des restes de neige — car c’est la fin d’un hiver tellement froid, neigeux comme il neige dans les contes. Mais du blanc résiduel de toutes tailles qui est, là, de tout sauf de la neige, à mes pieds.
« — C’est une grande grande suce ça… » Elle s’étale et domine entre les autres, parmi les restes blancs, il y a un bidon défoncé, le blanc translucide, genre d’eau déminéralisée ou de liquide lave-glace ou de refroidissement sans étiquette, des barquettes, barquettes individuelles face contre terre, des barquettes vides, barquettes craquées, deux barquettes, et des pots de yaourts… Par dizaines il y a des pots de yaourts rentrés les uns dans les autres, vides évidemment, délavés comme tout, que les pluies et les jours ont passés, qui emboîtés ainsi font comme deux bâtons. Lingettes blanchies ici, reblanchies là. La suce, je l’appelle suce est vraiment grande à côté et je ne sais pas ce que c’était, elle donne à l’ensemble cet aspect lamentable, comme elle s’étale, le blanc grisé du temps entre les restes blanchis.
Je m’accroupis auprès. Les autos s’effacent derrière le muret. Le bruit des autos s’efface.
La suce se départage en maille d’un côté, en ouate ou molleton de l’autre en tirant un peu, ce que je ne fais pas, je la touche, tâte, je la prends par un bout. J’enfonce un pouce, je passe ma main, la suce est sèche, humide là, je passe ma main dessous, je la décolle du sol. Avec mes deux mains, je la tiens comme une galette, qu’elle est. Elle a cette rigidité, ça me revient, je la lève encore. Je m’arrête. Je la
001112 | Vibreur
moi ou bien, je fais un bruit pas possible avec ma respiration, avec mon frottement, en survêtement, je fais un de ces bruits avec ma fuite. On m’entend fuir de loin. Un bruit me saisit. Ce qui me suspend dans mon mouvement. C’est la peur. C’est quoi ce tout petit bruit ? Ça fait peur soudain, ça n’est pas moi, ou bien je me fais peur. C’est sous moi. Je m’arrête, souffle. Ça s’arrête. C’était moi, ou n’est rien.
Je me fais peur toute seule avec le bruit que je fais quand j’entre en contact avec moi-même sous la forme d’un bruit de l’extérieur, comme le sac en plastique. Je regarde autour de lui. De moi. Mon champ de vision est là. Pas ce que je fuis. Je regarde et ne vois rien qui se fuie : des arbres. Le sac a son tout petit bruit à lui, tremblant, pris dans la fougère morte : en plastique. Blanc. C’était lui ? Alors c’était lui le bruit ? Je tombe des yeux sur le blanc du sac.
Je me penche sur le blanc. Je me laisse descendre vers le sac. Je prends le sac par un bout. Je le prends entre deux doigts. Il a deux fentes pour passer une main. Toute une main comme la mienne. Je le tiens à deux doigts. Je regarde dans le blanc du sac. Vérifiant qu’il est vide, en lui gardant sa forme froissée. Je ne défroisse pas le sac, pour le bruit. J’évite le bruit dans le silence environnant, mon environnement est silence, à part le bruit sur moi encore, timide, que fait ma respiration. J’approche mes yeux de l’entrée du sac. Ce faisant involontairement je sens l’intérieur du sac, l’odeur du sac me vient. Le sac a cette odeur, neutre, ou qui n’évoque rien, ou rien de spécial. Sauf le plastique. Je vois un petit glaçon au fond. Ou qui sent le neuf. Ou alors vaguement une armoire. Le vieux. Ou le vieux propre. C’est un petit glaçon moulé dans un pli du plastique du sac au fond, avec une bulle d’air dedans. Le sac est l’écrin du glaçon. Sac à glaçon. Alors soigneusement je le repose. Et je le remets en place. Parfaitement en place. Je le replace sous la fougère, sans forcer, sans changer sa forme, toujours dans le plus grand silence qui m’entoure, dans la zone de
C’est lavabo | 002567
shave. Non seulement il se rase depuis peu, mais celui-là a adopté son after-shave. Dès qu’il peut il s’en va promener « son » after-shave : dans les bois, car il n’a pas autour d’endroit mieux indiqué où le sortir, et le sentir : son after-shave est « sauvage ».
Distraitement son regard glisse sur les sous-bois, les bords du chemin. « Bien souvent je me penche en avant, prends le temps d’observer — je plonge alors en plein after-shave. Ses effluves sont comme des couleurs ravivées dans mes mouvements sans cesse brasseurs d’air. »
« — Au milieu de mon chemin dans les bois une flaque au soleil s’étale. Elle est bleue, verte et or. Elle est énorme. C’est la plus belle flaque que j’aie jamais vue. Mon chemin y mène tout droit. Je m’arrête et tiens au bord. La flaque est longue et large et reflète tout le ciel et les bois alentour, qu’elle tient suspendus comme moi. Je m’apprête à me pencher — encore… À ce moment — est-ce la lumière qui bouge ? un souffle d’air ? j’aurais juré avoir vu une salle d’eau au fond… »
« Quelque chose dépassait de la flaque, qui se reflétait à la surface. Soudain ça ressort de l’eau. »
— « Sèche-moi », ça lance, et ça retombe dans l’eau. — Comme un éclat de faïence.
— « Sèche-moi ! Sors-moi de là ! » J’ai cru y reconnaître, le temps qu’il retombe à nouveau, un fragment de vasque de lavabo brisée. Éclaboussé, j’ai reculé de quelques pas. Le lavabo cassé ça lui faisait à cet endroit comme une bouche. La voix y est blanche, nasillarde, fêlée :
— « Prends-moi sur toi, je te promets que tu t’en trouveras bien. »
Lui ne voit pas comment elle articule, juste que cela lui flotte maintenant
001248 | My fairies are empty trailers
Le long plateau blanc devant moi m’ouvre la route.
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Je suis le semi-remorque par prudence je ne l’ai pas doublé.
Je le suis des yeux comme un écran de veille, distraite, captée. Je le suis toute entière, de tout mon véhicule, les yeux posés dessus, j’ai les yeux dedans.
Le camion plateau m’absorbe, ma destination — je vais aborder.
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Je suis, me contente de suivre. Je m’engage en suivant sur le rond-point, je n’oublie pas mon clignotant, d’abord le gauche. Les yeux dans le clignotant gauche de la remorque plateau.
Plein la tête du signal sonore du clignotant.
Je gère mal mon passage de vitesse dans la courbe du rond-point, il y a un flottement.
Il y a un moment de flottement.
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Depuis un moment coincée derrière. Le plateau roulant blanc devant moi me bouche la vue. Je m’ennuie dans la vision du plateau de la remorque vide, son clignotant gauche me fait de l’œil.
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Le camion m’a prise en remorque. Père à la place du mort ne bronche pas. Nous tournons autour des lapins du rond-point. Une bouteille en plastique de liquide doré est balancée sur le mamelon gazonné du rond-point, sans réaction de lapins.
La bouteille transparente, dorée, plastique ne tombe pas. Elle reste suspendue dans l’air au-dessus du terre-plein comme un arrêt sur image, cependant qu’autour les flux de la circulation continuent de s’écouler.
Po surgit de derrière un massif fleuri, effectue quelques bonds. Il est plus grand, ou plus petit qu’à mon idée, couleur différant de vue à la tv.
En quelques bonds Po est à la hauteur de la bouteille.
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Le rond-point devenu manège. Je suis assez grande pour descendre au milieu d’un tour. Le centre du
Volume qui vient | 111129
tiens dans l’ouverture que le texte me ménage, que j’ai cru deviner. Je laisse l’intrigue ouverte, je laisse le volume ouvert devant moi. Je transforme un texte en espace, un document en volume, en scène. Je suis la mouche volant dans le volume de la pièce. Je ne fais rien dire au texte. Je dois m’appliquer à ne rien faire dire au texte. Je le laisse suspendu. Les textes restent flottants, restent mouvants devant moi. Je laisse se former un nuage devant moi.
Non je ne suis pas pris par le temps. Je ne tiens pas une chronique. Je ménage des blancs, des ombres. Ma seule occupation est de laisser des ombres se faire et glisser dans des espaces textuels. Une respiration peut-être. On entend une respiration. J’ai tout le temps. J’ai tout le volume du livre à venir devant moi, le blanc du texte. Je fais monter le blanc en neige, prendre en mayonnaise, tourner en yaourt. Le blanc dans le texte est le blanc de l’œuf. Le blanc prend de la consistance. Je fais passer des nuées, bancs de brouillard. Des passages de nuages. Un paysage nébuleux, parsemé de nettetés. Constellé d’éclats. (Nuées blanches ou dorées, écrans, volutes séparant les scènes, noyant le paysage — le divisant — dans les peintures de paravents et rouleaux japonais.)
Volume qui vient forme un ensemble tel que : l’on retrouve un soupçon d’une séquence dans l’autre ; d’une séquence à l’autre on ne sait à qui attribuer les pronoms personnels ; les séquences y glissent comme des cloisons de papiers coulissantes ; l’on y évolue à l’aise ou avec détachement ; le fondu au blanc en est le liant ; l’on y sent se développer
L’élément | 011239
sauf qu’il est dans l’air. Il est dans son élément. Dans le slip des galets de la mer, fait aller. Ils tapissent le fond de mer. Une boue crayeuse se dépose au fond de la mer, sous son poids les nodules se forment. Qui sont des accidents de la craie. Précipitent, enveloppés d’une gangue. Les élastiques les retiennent, jusqu’à quel point. L’élément est eau. Il va. De la mer qui n’est plus les galets dans le slip. Dans l’air elle est, que nul œil n’a vu, aller et venir, il y a plus longtemps encore. Seule résonance pour l’œil entrer avec est le galet, dont la tranche est coupante, faisant moult éclats. Qu’il a trouvé par terre, sur le trottoir, dans la terre de remblai, dont la couleur prend à l’œil. L’œil du galet le prend. Et va voir d’où ça lui vient, tout ça. Elle est dans l’eau de l’œil. Dans sa démarche elle est. Pour évoluer trouver son élément. Il lui faut trouver son élément, y évoluer. Le rencontrer. Par frottement, peut-être. Il va. Il vient. Ou métamorphose, mouvement après mouvement, les blocs de silex, rognons, issus de l’éboulement se percutent, s’entrechoquent dans le va-et-vient, l’eau couleur de lait. Toutes les parties saillantes, fragiles, cassantes, sont érodées. Et coupante n’est plus aucune, qu’un galet. Roulant les uns contre les autres ils prennent forme arrondie. Les galets les plus ronds sont placés dans un cylindre qu’on fait tourner. Un galet a tout déclenché. Roulant l’un contre l’autre dans sa main, deux galets ont suffi à le mettre en branle, mouvement. Les galets pour mobiles. Ramasse ceux qui lui disent. Les galets lui disent quoi. Lui dictent une conduite et la lui impriment. Sont d’excellents broyeurs. Son élément de rêve. Le rêve est son élément. Il vit d’une vie de rêve. L’animal a le rêve d’une vie, pour évoluer dedans, comme un poisson dans l’eau. Slip parce qu’il se glisse le long des jambes. Rêve de nager dans l’air. L’air de nager. D’être dans l’air comme le poisson dans l’eau : une inclusion, comme le poisson dans une photo, cadré, serré. Pris, d’être pris dans l’air comme le poisson en photo, il est pris dans l’air qu’il se donne. À étouffer de