Non mais je vais me souvenir
je ne sais même plus le titre, comment était-ce je ne sais plus, en tout cas je ne le retrouve plus
j’ai cherché partout et ça doit se trouver dans le garage (ça sert de grenier mais ça a été dévasté au premier emprisonnement – des Pakistanais dit le populaire de cette rue, qui sont là qui prennent du crack ou quelque chose – l’exotique a toujours bon dos aux yeux d’un certain populaire suivez mon regard vers la pourriture de l’extrême-droite) (j’ai encore dévié, pardon) – continuer continuer :
– en bas, tout en bas de la rue de Montreuil (mais pas au coin de Faidherbe) en face de la laverie, il y avait là un bar où descendirent d’une berline bicolore et anglaise, un soir, vers onze heures une femme en étole de plumes blanches volant doucement et un type en costume (quand même pas rose, non) qui ressemblait à Dario Moreno ; elle et il entrèrent donc, s’installèrent et « commandèrent des boissons que le patron n’avait pas l’habitude de servir »
– j’étais mis en scène, quelque part, à ce moment-là, je veux dire lors de l’écriture de ce texte cherché partout sans le retrouver, j’étais tellement amoureux d’une Marie-Hélène monteuse de son état – on l’appelait Marie comme toujours il me semble pour les prénoms composés (tout à l’heure le banquier est entré « bonjour François-Gérard » a fait sa subordonnée, je prenais des sous pour le marché et le type, François-Gérard donc m’a souri comme une espèce de mimique apprise par cœur et vomie telle quelle mais au bon moment : un sourire, disent-ils) mis en scène donc et devais vivre sans doute non loin dans ce quartier-là, au coin de celle du Dahomey, on trouvait un restaurant nommé « au bon coin », à celui de Paul-Bert un café tenu par Maria, une portugaise que j’aime comme une sœur, oui tout court, oui, et dans le cours de l’histoire dont je ne me souviens que peu, mal obscure absconse, cette Marie-là me retrouve je suis assis sur le lit (il n’y avait pas de lit où s’asseoir mais une mezzanine mais n’importe), le mot était qu’en la voyant entrer chez moi était écrit
– Salut Marie fis-je religieusement
et puis tout s’est dissous sans doute – tout est oublié jusqu’au jour où le manuscrit tapuscrit sur une underwood comme on n’en fait plus envoyé à mon frère, celui-ci le retrouve le relit en fait une autre version – une autre mouture, me l’envoie que je la corrige et l’amende y ajoute des choses et des traits notamment je me souviens ces paroles de chanson
mon cœur dans du papier d’argent
la clé du piano dans l’eau – comme quelqu’un qui n’a plus personne s’endort près de son téléphone
et sourit quand on le réveille
mais ce n’était que le soleil
la lui renvoie qu’il la reprenne encore, puis moi et lui et encore puis on oublie encore
Une fois me parvient la même histoire titrée L’enfer
encore une fois je crois bien l’aller et retour – sait-on jamais ce qui prend à ajouter des choses à l’intérieur d’un manuscrit tapuscrit ? Un cheveu pour s’assurer comme double-zéro-sept qu’on est entré et qui pendant son absence dans sa chambre ? Autre chose, oui, l’une des héroïnes (il me semble bien qu’il y en avait plusieurs, ou alors je confonds) se marie (ça existe encore ce genre de rituel) et le père de son mari – ou l’inverse enfin je ne sais plus, est-ce le père de la mariée ? Je ne sais… – toujours est-il qu’il explique que « il avait serré de toutes ses forces en voyant devant la machine dont il était le chauffeur un faon un daim ou une biche c’était le crépuscule et que le bruit de ces freins avait fait fuir la bestiole mais le train poussait derrière lui poussait poussait – et depuis voilà pourquoi cette mèche de cheveux blancs lui avait poussé sur le côté droit du visage – entre chien et loup
Des bribes, des écarts, des souvenirs – des oublis, des envois et des retours – quatre mains dit-on ce qui est un peu con mais n’importe : il l’a reprise encore à nouveau, il se pourrait qu’il la signe de son seul nom propre (qui est aussi le mien, c’est vrai (il ne dispose cependant pas d’un prénom composé – ça ferait trop probablement) il doit me la renvoyer ces temps-ci « tu ne l’as pas lue ? Je te l’envoie » m’a-t-il assuré avant hier – je suis là, sans attendre j’attends, il y a pas mal de soleil