00 – PROLOGUE
1 –
Que faites-vous quand la fin du monde est annoncée pour 16h ?
Nous nous tenons sur le bord de l’orage et regardons ceux qui dans les vagues se cognent
et leurs dents tomber
2 –
3 – « Sous la langue râpeuse du félin, quelque chose d’elles se dissout, quelque chose d’important qui ne reviendra pas «
Si je m’attarde trop à regarder La cama Inglesa de Guillermo Lorca je crois que je pourrais disparaitre – comme disparait l’invité dans le miroir, comme disparaissent le sens et les explications dans les théories de chacun sur un forum ouvert sur le sujet, comme disparaissent les membres du léopard – ce détail qu’à la découverte du tableau je n’avais pas remarqué – et pour cause, ils n’ont pas disparu ils ont été arrachés.
Si je m’attarde dans la chambre anglaise je pourrais disparaitre comme disparaissent parfois les petites filles. On tourne le dos sur une aire d’autoroute et elles ne sont plus là – une autre fois ce sera le petit portail du jardin laissé ouvert puis des jours et des jours de recherches sans trouver de corps – mais la plupart des petites filles disparaissent sans disparaitre. Sous la langue râpeuse du félin, quelque chose d’elles se dissout, quelque chose d’important qui ne reviendra pas – elles continueront d’être là, toute leur vie entière devant nous. Là, et pourtant disparues.
4 –
Je vous écris parfois depuis une table lac, bouteille froide et livre ouvert sur l’orage. Parfois depuis un empilement de planche qui ne font pas un bureau, depuis l’accumulation de petites choses qui sont des cadeaux ( cadre, livret en bois, maisons minuscules en céramique qui font un village, petites tiges de fausse fleur). Je vous écris depuis la fausse pelouse plus si verte, depuis les genoux repliés et la peau qui chauffe, depuis la ligne du soleil qui remonte doucement le long de la cuisse. Je vous écris aussi depuis le dos collé à la vitre sale, depuis le glissement du tramway et la chaleur des gens empilés, depuis le tableau de bord de voitures coincées sur l’autoroute, depuis le pied qui caresse le tissus râpé de la banquette verte d’un train qui ne va nulle part.
Je n’ai pas de table d’écriture. Ou alors j’en ai tellement.
J’ai une table de travail, au travail – un bureau on dit – mais pas une table d’écriture pour l’écriture ( qui ne serait pas un travail ? )
5 –
Structure du projet d’écriture en cours :
L’agent-femme
Les garçons massacrés
Histoires de la Lune
Histoire de Z.