1/ du monde
– How goes the world ?
– Il suze, monsieur, à mesure qu’il prend de la bouteille.
2/ inventaire des six heures
Kafka écrit « après-midi piscine » ;
moi : « matinée douche » (chez moi ce matin, l’Allemagne ne fait pas la guerre)
pourquoi n’arrivé-je pas à mettre le doigt
sur ce qui me déroute ? lu : « pour toute chose, nous eûmes les mêmes yeux ». Et pour ce mouton gris ?
souvenir d’Athènes : cette petite tête ronde qui regarde le ciel depuis sa cage de verre
Les premières rumeurs du week-end remontent du petit bar rouge jusqu’à moi.
Pensée émue (il n’aimerait pas ce mot) pour E.H. et les autres.
les huit barres parallèles du chauffe-serviette étaient restées allumées
oubli de la quinzaine. Il faut déjà passer à l’autre (saut)
Une vieille boîte de sardine à l’huile trône au fond de la poubelle, comme si de rien n’était
En entrant dans l’église (place Edgard Quinet), je me signe du mauvais côté (sauvé in extremis par la tradition orthodoxe)
Un câble noir, très fin, pend à la fenêtre sous les rayons attentifs du soleil.
émietter l’univers, perdre le respect du tout, etc.
et d’un coup j’y pense : je ne connais pas de détective. La fenêtre de Chandler e(s)t ma fenêtre : voir autrement, on y revient toujours. Puis-je, moi aussi, voir autrement ?
Toi, nonchalant sous l’ombrage, etc.
He Loved Him Madly doit être (est) le plus beau morceau jamais composé, mais ce n’est pas une musique de forte chaleur.
joyeux anniversaire x4 dans la rue, nous avons participé.
J.-R. Huguenin est mort à 26 ans.
« Que voulez-vous que j’en fasse ? », dit l’autre
les chats français sont très différents des chats turcs (excessivement)
dans un documentaire : la courbe d’un nez
La superposition des couches de jaune est dangereuse.
s’en tenir au sensation de la quinzaine, la mousse du café contre le glaçon
Et puis il y a des jours où tout va bien ; soudain, on voit quelque chose.
3/ sur Clarice Lispector
Un ami m’a appris, il y a quelques mois, que la femme qui posait de profil au milieu de la pièce était la mère de l’artiste. Ce profil gauche (souvent le plus laid), c’est donc celui de sa mère. Je ne me souvenais plus que de quelques détails : le fond gris, les mains réunies et posées sur les genoux, le dos droit.
Depuis, j’y suis retourné à deux reprises. La première fois, j’ai fait comme tout le monde. Avant même de la revoir, je me suis précité vers le petit carton : 144,3×163, Arrangement en gris et noir n°1, 1871, etc. Puis elle est sortie de ma tête, sa mère. Pendant quelques heures, j’ai continué à naviguer entre les cartels, à me raccrocher désespérément à tous les lambeaux de sens qui s’offraient à moi, puis je suis rentré. Elle avait disparu.
La seconde fois, j’ai décidé de m’y prendre autrement. Je l’ai regardée de deux façons : 1) en face d’elle, de profil moi aussi, mon droit contre son gauche, son gris-noir contre mon bleu-blanc ; 2) sans la regarder, mais en suivant son regard, mon gauche et son gauche. Au bout d’un moment passé à poser à côté du tableau, j’ai pris conscience de la difficulté qu’il y avait à « faire la pose », à troquer sa pose contre une autre. Whistler fait poser sa mère dans ce décor de verticales et d’horizontales, de cadres (la première fois, j’ai aussi imaginé ce qu’il pouvait y avoir dans ce cadre à demi-coupé : « qu’est-ce qu’il y a là, dans ce cadre coupé ? ») et de rideaux.
J’ai pensé à Giacometti et à son chien : ce chien, c’est moi. Alors ce tableau, ai-je pensé, ne dit peut-être rien d’autre que : voici ma mère, c’est ma mère. Ma mère, c’est moi. Alors moi : qu’est-ce que je suis ? Ce jour-là, je suis rentré heureux.
4/ non-table
La table n’existe pas. Le carnet format A3, bientôt terminé, se bringuebale du lit au canapé, parfois jusqu’aux toilettes. La table n’existe pas, car il n’y a pas de place. L’ordinateur n’existe pas non plus : il n’apparaît que dans les bibliothèques publiques. Clavier gigantesque, bien souvent sale. La souris n’est pas branchée, l’écran rarement allumé ; heureusement la chaise n’est pas trop inconfortable. Le temps d’allumer l’outil, il est déjà temps de partir. Parfois, lorsqu’il fonctionne, il retrouve la masse informe de dossiers inachevés stockés dans des centres lointains et inconnus : roman n°1, poèmes, haie. La table n’existe pas, même s’il voudrait qu’elle existât. En attendant, la table se résume à ce carnet à petits carreaux où s’amoncellent des fragments de mots, des listes, des inventaires, moins souvent des gribouillis.
Tabula nulla.
5/
(il réfléchit)