5/ soumission d’une piste d’écriture
“Soixante-dix ans plus tard [après la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la défense de l’écrivain engagée par Sartre], tout dans la réaction qui se dessine nous incite au repli.” Ronan de Calan, La Littérature Pure, p.211, 2017, ed. Cerf.
Proposez une liste des outils et dispositifs d’écriture, langagiers ou littéraires de l’auteur quiétiste à venir.
1/ monde
Mon regard fond dans un premier mouvement en son centre puis cherche une direction en son commencement … L’anticipation de ma langue à la vue du L, prononçant à l’envers ce que j’épelle. Obéissante au regard puis à la mémoire complétant les sauts scopiques. Que tardivement, je me rappelle de la fin.
2/ réel
Entre éclipse et éborgnage, la culpabilité de cet aveuglement sous l’ivresse du voir. Variance bouleversée, naissance de la véracité d’un constat. De la duplicité au courage, patience pour sa faiblesse. Quand le spectacle de la lâcheté et la médiocrité nous offre le pharmakon de l’anxiété et du ressentiment, l’angoisse comme stimulant du remède. Se laisser angoisser dans un regard éborgné. Fonder une patience grisée dans l’effondrement quotidien. Fausse gémellité du positif dans la clarté et l’excentricité. Construit pour l’un, naturel pour le second. Suivre l’enveloppe lâche jusque dans la rugosité de l’angoisse partagée. Au fil de l’acculturation; atomisation et dépassement.
3/
Deux pièces s’imposent à moi. Une, encadrée me sert d’inspiration et l’autre en cours me rebute. Je voudrais avoir le temps de la terminer. J’ai commencé sur une piste mais je n’ose la terminer tel quel et de plus, je suis pris à un croisement entre la source de mon inspiration première ( L’Ecclésiaste) et l’accueil frais de cette dernière par un auteur que j’aime, Cassingena-Trévedy. Il semble le repousser. J’ai deux de ses tomes, tout de crème et de papier blanc, posés devant elle. L’un me met en tension, en passion, contre l’autre. Borné avec l’Ecclésiaste et ses interprètes les plus meilleurs contre Cassingena cet après-midi. Son mépris me blesse, blesse mon orgueil et j’ai besoin que la blessure s’infecte un peu à l’air, au contact de la médiocrité quotidienne pour mieux me rejeter dans le Qohelet, désespéré au sens le plus vivant mais lucide, tout d’empirisme, de retenue. La seconde peinture est un essai que je garde, frotté et râpé au papier de verre. comme une fresque sur un vieux mur. On n’y distingue des amas de couleur mais dans sa disparition, quelle plénitude. Elle échappe à toute ses tensions et couleur et forme prennent la fuite, désintéressées, riantes.
4/
1985 Professor, Department of Psychology, University of Illinois
1988. Carol Dweck et Ellen Leggett créent une distinction entre les théoriciens de l’entité cognitive et ceux de l’incrémentation dans leur papier « A social-cognitive approach to motivation and personality”. Elles proposent l’existence d’une théorie implicite de l’intelligence qui affecterait les performances académiques des jeunes.
1989 Professor, Department of Psychology, Columbia University, William B. Ransford Professor of Psychology, Columbia University
1998. Avec Mueller, elle publie une réfutation empirique du mouvement de l’estime de soi dans “Motivation and Self-Regulation Across the Life Span”. Ce mouvement, commencé par Norman Vincent Peale avec le livre « The Power of Positive Thinking » reformule certains des éléments de Neville Goddard, auteur de “Feeling is the Secret” et de Napoleon Hill (“Think and Grow Rich”). Mélange de théologie évangélique, d’exceptionnalisme américain et de pseudo-psychologie, le livre trouve un grand succès dans une Amérique de 50s optimiste. Une Amérique Formidable. Les psychologues Carl Rogers, Nathaniel Branden, Stanley Coopersmith vont utiliser une version séculaire de ce concept de “positive thinking” en psychologie nommé “unconditional positive reinforcement”. Ils le promeuvent. Pendant le 90s, il entre dans les programmes d‘évaluation scolaire de certains états. En scientifiques, elles critiquent les bienfaits du « renforcement positif inconditionnel » dans l’éducation. Cela conduirait à une perte de persistance, crée un “mindset fixe” sur ses compétences. Ces critiques sont encore considérées comme justes, valides et non réfutées dans leurs résultats. Des croyances en des traits positifs dénués de toute validation ou confrontation à l’expérience sont aussi liées aux troubles narcissiques (faible estime de soi, auto-censure et disqualification).
2002. Élue à l’Académie Américaine des Arts et des Sciences
2004, Professor of Psychology, Chaire de Lewis Eaton, Stanford University
2006. Carol Dweck décide de chercher la popularité auprès du grand public. Elle publie un livre de pop-psy « Mindset : la nouvelle psychologie du succès ». Au même moment, dans un mouvement inverse de la pensée positive inspirant les psy, Rhonda Byrne publie en 2006 “The Secret”, forme exacerbée des principes de la pensée du « mindset » avec de la pseudo-physique quantique appliquée à l’économie, l’amour, la santé. Les lecteurs deviennent adhérents à un culte et glissent dans la pensée magique. Son succès financier éclipse Dweck. Byrne se construit un empire de 140 millions de dollars avec la vente des produits, services associées au livre. L’Amérique devient fan du mindset et comprend ses succès ainsi. L’objet du succès n’a plus d’importance en soi et n’est plus le locus du jugement, c’est le mindset de l’individu qui importe. Alors qu’auparavant l’Américain était prédestiné à ses succès par le fait de sa nature propre, d’être américain, blanc, protestant, homme. Dans une Amérique ayant subit le Vietnam, le World Trade Center, l’Afghanistan, l’Irak, il devrait désormais agir et croire et lutter sans excuses. Il n’y a plus rien de stable entre la pauvreté et la richesse donc la forme du succès sera une sacralisation de l’esprit à croire. Dweck aura un succès de libraire, son livre devenant un best-seller dans une Amérique en perte de repères, imbriquée dans une guerre contre le terrorisme qui affecte son aura morale, célébrant les premières célébrités sans talents de chanteur ou d’acteur.