# chroniques #02 | Nos fantômes

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Comment créer sans nos fantômes, merci à eux .

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L’espace

La pièce, mon rapport à l’espace est un peu particulier, rien de tragique, un léger toc, je suis issu d’une famille nombreuse, j’ai eu cette chance extraordinaire. Cela a quand même quelques légers inconvénients, nous dormions les trois garçons dans la même chambre, j’étais le plus jeune, donc quand mes frères arrivaient avec un copain ou copine, ils me demandaient d’aller jouer ailleurs, de l’autre côté du couloir il y avait la chambre de mes deux sœurs, une est plus jeune que moi et l’autre est plus âgée, à l’époque elle sortait le soir, se maquillait et très souvent quand elle nous trouvait, moi et ma petite sœur en train de jouer dans sa chambre ; elle nous invitait à aller jouer ailleurs, ce ailleurs, c’était donc souvent l’entée de l’appartement, heureusement cette entrée était spacieuse, il y avait les étagères avec tous les livres de mon père, le lino bleu, où mes petites voitures roulaient assez bien, et aux beaux jours si l’heure de l’exclusion le permettait j’allais jouer dehors avec les copains de l’immeuble. J’ai eu ma chambre à quatorze ans, mon espace. J’ai eu de la chance, mes aînés n’ont jamais eu ça.
Pourtant aujourd’hui encore je reste malgré mon âge attaché au fait d’avoir un espace à moi, je « lutte » toujours, contre mes enfants, contre ma femme, contre les obligations professionnelle, ou familiale, toute ma vie je me serais « battu » pour avoir un espace à moi. Je ne lâche pas, ils ne comprennent pas toujours mes réactions et mon obstination, mais moi je sais pourquoi je lutte, je ne veux tout simplement plus aller jouer dans l’entrée.

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le voyageur sans voyage

Moi qui est très peu voyagé, je ne sais pas pourquoi je n’écris pas un livre qui serait le récit de tous les voyages que j’aurais pu faire. Il y a les voyages que je n’ai pas faute de moyens, il y a les voyages que je n’ai pas faits par manque de courage, il a ceux auxquels je n’ai pas pensé, ceux que j’ai évités par facilité, il y a ces voyages que je n’ai pas voulu faire pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ceux qui m’auraient emmener dans des pays où l’on croise la misère au coin de la rue et/ou le touriste s’extasie devant la jolie couleur de la tenue du mort, ceux ou un régime de salopards s’engraisse en monnaie touristique, mais ce qui m’aura le plus freiné et j’ai certainement tord, c’est d’être dans la position du touriste, ce regardeur de passage, ce voyeur inutile, ce n’est pas une positon que j’estime. La misère, la pauvreté, la crasse, et ses couleurs pays , on peut les trouver au coin de sa rue, après vous me direz il reste à voir la beauté des monuments et des paysages, on peut aussi rencontrer rapidement quelques personnes du cru avec lesquels on échangera dix mots et trois sourires, on y gagne quelques jolis souvenirs, cela aurait justifié sûrement des voyages ; je n’ai pas de regret, tous les matins face à l’océan, quand je passe la dune, et que j’arrive sur le sable mouillé, je suis, où je veux être.

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Travaux en cours

Il m’arrive quelquefois d’arriver à l’atelier sans objectif, alors je prends un livre, vous savez ces livres ou il y a mille tableaux, ou mille photographies, ou trente mille ans d’histoire de l’art ; ils sont souvent de format réduit et on peut les acheter pour pas cher, je choisis une œuvre que j’aime, j’en isole le squelette, et je commence à chercher une variation possible, cela dérive très vite, le squelette disparaît, recouvert par mon ébauche. J’avance à tâtons, mais j’avance c’est le principal, l’œuvre d’origine aura été le starter de l’œuvre à venir, le surplus d’essence pour créer l’explosion. Après je joue, le plus important est ce moment de jeu, le résultat importe peu, il est souvent assez grossier, car tout cela je le fais dans une forme d’urgence, comme si allez vite permettrait au miracle de s’accomplir, bien sûr les anges ont autre chose à faire, mais j’ai un résultat, et je sais ce que j’ai à faire après.

Mais souvent je viens à l’atelier pour un rendez-vous, je suis heureux d’aller rencontrer une personne, de me remplir d’elle, de l’avaler avec les yeux, bien sûr un visage ou une silhouette ne disent pas tout d’un individu, mais je découvre des traits de caractère, des gestes ou des attitudes que je connais ou que je reconnais ; je peins mes fantômes, ils me sourient, quand ma journée s’achève, je me sens plus léger, j’ai rempli un vide (c’est étrange de se sentir plus léger après avoir rempli un vide, cela s’explique, car ce vide pèse des tonnes, et je le remplis d’air pur, il s’allège donc, c’est scientifique, je suis certain qu’une formule solide explique cela). Quand je suis avec eux, je ne suis pas seul, bien au contraire, je me sens entouré, aimé, donc tout est simple, tout s’inscrit dans un récit, dans mon récit. Mais de temps en temps je fais une pose, je reviens au jeu simple des enfants (faire des taches), c’est un cadeau que je fais à mes fantômes, leur montrer ce qui vit en moi grâce à eux, alors ils ont au-dessus de mon épaule à jouer avec moi, ils m’encouragent à plus de liberté, à plus de légèreté, en jouant nous discutons ensemble, c’est peu décousu, mais toujours intéressant, c’est tellement naturel et facile de parler à ceux qui nous manquent.

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Une ballade en vélo

Imaginez un personnage qui vous est cher, qu’il soit celui d’un de vos récits ou issu d’un roman que vous aimez ; prenez ce personnage que vous ne connaissez qu’à l’âge adulte (éliminez ceux dont l’enfance vous est connue), installez-le sur un vélo par un matin ensoleillé de juillet et racontez-nous ce qu’il voit, ce qu’il veut, ce qu’il espère, emmenez-nous sur son vélo avec lui ; j’oubliais, il ou elle, a quinze ans, attention ce n’est pas vous, c’est ce personnage qui vous emmène, accrochez-vous à lui, autrement vous allez tomber du vélo.

A propos de Laurent Stratos

J'écris des histoires. « Les histoires ne sont pas des T-shirts souvenirs ou des jeux électroniques. Ce sont des reliques, issues d’un monde préexistant, encore inconnu. Le travail de l’écrivain consiste à utiliser les outils de sa boîte à outils pour les extraire du sol, aussi intégralement que possible, en les laissant aussi intactes que possible » S. King

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