1 Pas question, non pas question
de laisser le monde aller à sa perte, de tergiverser, encore et encore, de se taire
Avancer, marcher, raconter, chanter
Osez, vous lever et crier
2 Après-midi d’été
Chaleur excessive d’un été qui n’en finit pas, des bruits infimes comme celui de la mouche qui vole dans la pièce, petit bruit incessant, agaçant qui ne s’arrête que lorsqu’elle se pose. Le ciel gris clair, presque blanc est chargé d’une lourdeur qui envahit l’espace.
Le vent très chaud aussi se niche au sommet des arbres qui penchent, quelques gouttes commencent à se poser au sol. Le bruit de la pluie augmente petit à petit jusqu’à devenir de plus en plus fort.
Le bruit d’une tondeuse au loin mêlée à celui du vent dans les arbres s’arrête, est-ce l’effet de la pluie ? absence de chants d’oiseaux, où sont-ils ?
Je rêve d’une pluie violente, qui mouillerait les arbres, les plantes, qui rafraichirait d’un coup l’atmosphère, elle se renforce, les gouttes s’écrasent sur la serre en face.
Le vert et le gris domine dans cette rue au confin d’un village. L’odeur aussi change, cette odeur si particulière, à la fois chaude et humide quand la pluie rencontre la terre asséchée par des journées de soleil.
Le bruit d’une voiture qui passe, la pluie ne s’est pas imposée en cette après-midi de juillet cessant aussi rapidement qu’elle a commencé.
3 Enregistrer, réécouter et…
Retrouver sa voix disparue depuis quelques mois, dans mon téléphone, un jour en Ehpad, enregistrement d’un dialogue, j’écoute :
« – J’étais deux années à Reiningue, deux années…
J’ai des souvenirs, je me rappelle en 36, il n’avait pas de travail, j’avais encore une tétine, en 36, il voulait aller travailler à St Etienne, ici il n’y avait pas de travail, avec maman on était à la fenêtre, on lui faisait Au revoir, maman disait : »il reviendra quand tu n’auras plus ta tétine ! » alors je l’ai jetée…
- J’écoute
Avant ça, il y avait l’histoire de la grand-mère, celle revenue en Roumanie, notre grand père était décédé, il avait été associé avec un autre bonhomme qui lui avait tout pris, notre père lui a envoyé de l’argent pour qu’elle puisse venir en Alsace, entre temps, elle a été mordue par un chien enragé, elle en est morte.
- J’écoute
On était tous les trois, avec mon frère et ma sœur, je sais que j’allais à l’école, papa ne parlait pas alsacien, nous on parlait que le français à la maison, une fille m’a giflée parce que je parlais trop bien le français à l’école, de celle-là je me souviens toujours. Papa parlait le français et l’espagnol, quand il comptait il comptait toujours en espagnol
- Je questionne : Quelle langue parlaient ses parents quand ils sont arrivés en Uruguay ?
Alors là, je ne sais pas, la grand-mère était roumaine, le grand père était grec, on ne sait pas, on ne sait pas non plus quelle religion ils avaient, leur fils parlait espagnol, anglais et français, il est arrivé à Reiningue, imaginez son arrivée à cette époque, en 31 ? quand il est arrivé à Reiningue, ils se sont tous tellement moqués de lui parce qu’il ne parlait pas en alsacien… »
4 Jeudi 30 juillet 2026
Quelques mots ce matin avant de découvrir les nouvelles propositions de la semaine, lire deux trois textes, si je pense à un projet d’écriture, le journal s’impose à moi, pas tant le journal du quotidien que ces chroniques qui parlent d’autres choses, différemment, qui me permettent de transformer le réel tout en m’y appuyant… retravailler le début du journal pour voir ce qui est possible…
Écoutant les voix de ma tante et de ma mère qui se remémorent de vieux souvenirs, leurs souvenirs d’enfants, je vais aussi retranscrire les mots de ma mère et les lieux habités…tant ses souvenirs sont précis, noms des rues, tailles des maisons, habitants de l’époque…
Pour qui ? pourquoi ? écrire et voir…
5 TENIR chaque jour, la distance, le rythme, le temps qui court
TENIR sans tomber, sans sombrer, sans broncher, sans tromper
TENIR encore, le curseur, les saveurs, les ardeurs
TENIR aux gens qu’on aime, aux gens tout court, à l’amour,
TENIR aux mots, ne pas les retenir, les laisser venir,
Écrire DEBOUT
Merci à Albane et Emilie
Magnifique 3| Enregistrer, réécouter et… pudeur de l’écoute, merci.
« découvrir les nouvelles propositions de la semaine, lire deux trois textes, si je pense à un projet d’écriture, […] pas tant le journal du quotidien que ces chroniques qui parlent d’autres choses, différemment, qui me permettent de transformer le réel tout en m’y appuyant… » je crois qu’il est là notre chantier d’écriture au creux des chroniques de cet été 2026, c’est ce que je me formule aussi au bout de la semaine 4 + le prologue.
Très beau votre Enregistrer, réécouter et.. C’est incroyable la diversité de tout nos dialogues 8 On en a eu des idées pour cette proposition !