#chroniques# 04 – chronique des fins du monde

1 –

Pas question de questionner l’inquestionnable répétition des mêmes erreurs aux mêmes heures dans les mêmes errances administratives

Pas question de limiter la secretion du liquide lacrimale qui ne peut plus sortir des yeux de ceux qui dans les bureaux du mois de juillet rendent la justice avec la pioche

Pas question de boulonner les tas de petit fils au fond des poches pour s’empêcher de sortir les ongles dehors, d’attraper des papiers comme des bouées, d’attaquer avec le poing la chaise des responsables toujours vide

Pas question d’en vouloir à un tel ou un autre et encore celui là

Pas question de chercher la faute, il n’y en pas

Exigez pour la voix qui ne peut plus sortir du corps trop étroit, du corps qui attend en silence que soit décidé l’endroit

Partez et ne revenez pas, il n’y a rien pour ceux qui croient encore à quelque chose ici

Allez, il est temps, partez

2 –

Prendre l’effacement de tout dans la nuit, la fatigue seule résiste quand au delà du pare-brise tout disparait ; au début c’est le ciel, lui qui supportait le tribu des pluies non tombée, les gros nuages épais si visibles l’instant d’avant se diluent dans le noir progressif ; soudain la ligne d’horizon couleur changeante, rose orangée puis violacée enfin bleue s’évanouie aussi ; enfin, le goudron de la route est comme avalé, noir il l’était déjà mais plus rien ne semble pouvoir permettre de le suivre encore, plus rien sauf les infatigables bandes blanches qui se relaient au milieu de la route

3 –

d’où êtes vous ? vous êtes algérienne je le sais, comme toutes les algériennes, vous êtes belles

je ne le suis pas

je sais que vous l’êtes, je le sais, vous êtes algérienne, vous êtes belles

et vous d’où êtes vous ?

moi, je suis dieu

4-

Portraits de ceux de la lune

Elle avait quitté la station poussiéreuse et longé la route, comme à chaque fois. Le jeune type était toujours là où on l’avait laissé la veille, avec sa moustache fournie et ses yeux trop fixes. Il restait là car il était de ceux qui avait répondu à l’annonce, être payé pour garder les gros conteneur. Il faisait ça depuis longtemps et avait surement de bonnes raisons. Comme un besoin d’argent pour se fournir la substance qui lui permettait de s’endormir. Beaucoup des gamins qui étaient né ici avaient des problèmes de sommeil et ils les réglaient comme ils pouvaient. Elle s’imaginait la chambre du gamin et soudain tout l’appartement et même les parents, des vieux typiques d’ici, la mère avec son débardeur rose élimé et le gros chien qui la suivait partout et le père devant sa bière à ressasser ses vieilles histoires de la terre que plus personne n’écoutait. Le jeune type ne rentrerait pas chez lui, il rejoindrait surement les autres types jeunes comme lui quand son tour de garde serait fini. Ils iraient en bas du vallon, où l’eau orange tranche le gris de poussière pour plonger et faire les cons, jeter des roches pour éclabousser, passer le temps, ne rien faire. Pour l’instant il était juste là et ne quittait pas des yeux les grand conteneur, les 50 qu’il gagnerait ce soir en dépendait.

5 –

Tenir journal des douleurs

de ceux qui ne s’assoient

que quand il faudrait être

debout.

A propos de Line

De métier éducatrice auprès d'adolescents en difficulté. Animatrice d'atelier d'écriture depuis 2020 (DU Université AIx-Marseille) . Porosité entre ces deux espaces là qui se mélangent quelque fois, parfois plus que je ne le crois.

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