
1. Du monde
Écoute l’oiseau
dans la nuit encore noire
s’éveille le monde
2. zapping
| des incendies hors de contrôle dans l’Ontario | n’importe quel style | quelle est la part du hasard pour vous | une demi-heure pour passer de 47 à 85% | il y en a un qui est allergique à l’ail | des choses qu’on ne cherche pas mais qui se révèlent amusantes | je me laisse mariner dans mes archives | on n’est pas assez bien pour elle | il y a eu un passage | j’ai remis mon alliance hier | des frappes aériennes principalement sur des infrastructures | j’ai trois six, j’te dis que j’ai trois six | avec quelques averses | tiens j’te l’offre | d’être une forteresse assiégée | un peu au-dessus de | n’est toujours pas fixé mais ne progresse plus | il m’a dit que ça ne se fait pas |
3. Juliette chantait
Je hais les dimanches / Le dimanche prétentieux…
et j’étais bien d’accord. Je l’avais écrit et expliqué, ce qui m’avait valu une bonne note de rédaction, avec lecture par Mlle Carton devant la classe, le commentaire d’une élève : « c’est drôlement bien » et en réponse le commentaire du professeur du haut de l’estrade : « Pour une fois, un emploi correct de l’adverbe drôlement ! », et une observation sur la copie qui avait suscité interrogation et indignation des parents, puisqu’elle contenait l’adjectif cynique. Ils aen avaient recherché la signification précise dans le dictionnaire, et ça ne leur avait pas plu. Mais on n’allait pas, en ces temps-là, demander des comptes à l’enseignant et les choses en étaient restées là. Ce petit succès ne m’avait pas fait aimer les dimanches pour autant, mais l’écriture était devenue un exercice gratifiant. Sauf avec la mère, qui trouvait que décidément, je continuais à écrire ce qu’il ne fallait pas et à me faire remarquer. Mais ceci est une autre histoire.
Juliette a raison, le dimanche est un prétentieux qui cherche absolument à se distinguer et commence par où les autres finissent. Enfin, le dimanche des pays du sud, puisque les langues du nord le nomment jour du soleil. Selon les pays, il change de place. Septième ou premier ? Au Portugal, il est le seul à avoir un nom, les autres ne sont que des numéros. Ce qui te vaut des surprises, car tu croyais que la banque était ouverte le lundi, puisque fermée le segunda-feira… Perdu ! car à Lisbonne le dimanche a pris la première place (il faut toujours qu’il se distingue, ce jour du seigneur, où l’on devait se vêtir avec distinction, paraître dans ses beaux habits, du moins pour ceux qui en avaient). Il paraît que cette manière de ranger les jours aurait relégué les autres dieux dans l’oubli. Pourtant leur samedi, sabado, est jour de sabbat. Dieux païens ou planètes, je préfère voir chaque jour comme une perle, une blanche laiteuse, une rouge corail, une de vif argent, une de lapis-lazuli, une de jaspe vert, une d’améthyste et la dernière d’or, enfilées sur un bracelet. Fermez-le et alors, dans ce cercle, qui est premier et qui est dernier ? mais pourquoi, dans notre occident chrétien, divise-t-on le temps en tranches de sept jours ? Et depuis quand en est-il ainsi ?
4. Journal d’écriture et de recherche (3)
Anne et Jeanne. Elles se sont mariées toutes les deux à vingt-cinq ans ; « ou environ« , (im)précisent les clercs qui tiennent les registres paroissiaux. Certains vérifient et donnent des âges à peu près fiables, mais est-ce le cas pour elles ? certes l’âge de Anne est précisé dans son acte de décès ; celui de Jeanne dans son acte de mariage, mais peut-on se fier totalement à cet acte? En 1695, Jeanne Vaillant a épousé François Courtin à Amiens, alors qu’ils sont tous deux de W. Sa mère est présente, mais ni son prénom ni son nom ne sont indiqués, et comme elle n’a pas signé, elle reste à tout jamais inconnue. Quant à son père, il n’est pas mentionné du tout. Est-il mort ? absent ? Pourtant, quand Jean Vaillant, dix ans après, marie Anne, son autre fille, François Courtin est témoin de la mariante en tant que beau-frère. Jeanne serait-elle une enfant naturelle ? ce qui ressemble à un ressort romanesque n’aurait rien d’exceptionnel ; dans ces villages du Santerre, les notables, propriétaires, notaires, gros laboureurs, fermiers de terres d’abbaye, sont assez souvent pères hors mariage. Ainsi le sieur Jean Courtois, « honorable homme » notaire royal, greffier de la baronnie et châtellenie d’Hangest, marchand, laboureur, marié, a-t-il fait un enfant à Catherine Lemaire, fille de Louis, laboureur de Folies, village voisin de W. Après menaces de mort et affrontements, l’affaire se termine devant le lieutenant criminel du baillage. Jean Courtois est condamné à prendre l’enfant et l’élever, et à verser cent livres de dommages et intérêts à Catherine.
Jean Vaillant est d’ailleurs un personnage surprenant : en 1703, alors qu’il est un laboureur plutôt aisé, il se joint aux révoltés du village voisin qui armés de fourches, de fléaux et de manches de pioche mettent en déroute l’huissier et ses hommes venus saisir les biens d’un petit marchand endetté. L’autorité leur envoie les archers et Jean Vaillant est arrêté comme séditieux, avec vingt hommes et quatre femmes, et condamné à une lourde amende.

5. NICHI NICHI KORE KO NICHI
Qu’est-ce que je transporte sous mes semelles ?
Des paroles comme « on n’emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers » Qui a dit ça ? Danton ; et avec ces mots, tout un imaginaire révolutionnaire, la liberté ou la mort, les principes républicains, le romantisme d’un Julien Sorel…
De la glaise. Celle des champs où j’ai piétiné enfant, à glaner les pommes de terre. Je détestais ça. On nous y employait, nous les petits ; il fallait passer dans le sillon derrière les adultes, récupérer les tubercules qui leur auraient échappé ; c’est qu’il ne fallait rien laisser perdre, un sou est un sou, une patate de plus c’est toujours bon à prendre et les gosses peuvent se rendre utiles dès qu’ils savent marcher. On avait de la terre plein les mains, mais ce n’était rien à côté de celle qui s’accrochait à nos pieds, qui enrobait la semelle et nous tirait dans le creux du sillon, nous rivait à la terre. Des paquets de la terre grasse et noire où ont trimé nos ancêtres, siècle après siècle. Où les femmes accouchaient ; elles travaillaient jusqu’au dernier moment, pas le temps de rentrer, l’enfant vient, alors il naissait là, au bord du champ.
Des gravillons rouges. Ceux du terrain de sport, celui de la communale, luxe de la reconstruction, où les soirs d’été, avec les enfants de la rue voisine, nous tracions avec les talons de nos chaussures des rues, des places, des maisons et leurs des portes, des cours… mais au moment où nous allions enfin pouvoir y jouer, et parcourir ce domaine à pied ou en patinette, le soir tombait et il fallait rentrer pour le dîner. Le lendemain, il avait plu et tout était effacé.
Des souvenirs qu’on préférerait oublier. Des moments qu’on voudrait revivre. Du passé qui finit toujours par passer, avec le temps.