#été 2026 #04 Sécheresse et écriture

1 Pas question ?

Pas question de lâcher, d’abandonner, de laisser tomber…Accroche-toi …de toutes tes forces…

Parfois ce serait pourtant bien de se laisser aller…

2 Canicule

J’attends l’orage. L’air tremble de chaleur moite, accablante. Le ciel est d’un bleu acier, ni gris, ni bleu franc, mais bleu impitoyable. Pas un nuage à l’horizon. C’est l’été. Un été éprouvant. Canicule. L’herbe est sèche, des épis de paille. Jaune pâle. Ocre. Marron. Exsangue. Les fleurs baissent la tête. Attendent l’eau. La pluie. Le feuillage des arbres remue dans la brise légère, bruit de feuilles sèches qui tombent doucement sur le sol. La rivière crie sa soif, les galets ancrés dans la vase ne roulent plus, les vagues sont à l’abandon. Le moulin s’est tu depuis longtemps., Les oiseaux se taisent aussi. Volètent ça et là pour chercher à boire. Une mésange se pose sur une coupe remplie d’eau posée en hauteur, s’ébroue, fait jouer ses ailes et becquète. Un peu de fraîcheur pour l’oiseau. Le chat s’est blotti dans l’ombre. La voisine sort avec son panier à linge. Scrute le ciel. La radio annonce de la pluie dans une heure. La télévision prédit des orages violents avec grêle. Et la météo du smartphone est loufoque, le pluie sur la région s’arrêtera dans deux heures. Le ciel est pourtant clair. La voisine étend le linge, qui bat au vent. Un vent qui s’est levé, qui rafraîchit à peine. Mais qui fait bouger le ciel. Les nuages apparaissent au nord, des traînées légères, puis des masses blanches compactes, des ballots, des tours qui avancent, qui tournent, qui menacent. Et qui s’en vont ailleurs. Toujours pas de pluie. Manque d’eau. Un village voisin est rationné, plus d’eau potable au robinet. Ici, ça va encore, arrosage la nuit seulement, pas de lavage de voitures, les contraintes sont supportables. Mais il faudra de la pluie. Une bonne averse. Il n’a pas plu depuis un mois. Pas chez nous. On étouffe. Les mouches attaquent, se posent sur les assiettes et les verres, dehors, dedans. On ferme les portes, les fenêtres, on les rouvre le soir. L’air est toujours lourd, le ciel a changé de couleur, gris foncé, perturbé de jaune couleur soufre, menaçant. Le vent se renforce, remue les branches, renverse les arrosoirs vides, agite le linge de la voisine. Elle sort en vitesse, ramasse, plie et rentre. Ça sent l’orage. On le sent par le nez tout desséché, on le sent par les yeux qui picotent, on le sent par le corps fatigué qui ploie, Le chat se cache sous le laurier. La première goutte tombe, une autre, épaisse, pleine. L’espoir renaît. D’autres gouttes suivent, espacées, rares. Le vent souffle toujours, emporte les nuages, emporte l’espoir. L’orage promis ne viendra encore pas ce soir.

3 Absence

Arrête un peu ! Je veux qu’on parle !…

Ne cours pas, on a le temps ! Il y a pas le feu !…

Mais arrête, enfin ! Je t’ai attendue hier soir…

Tu n’es pas venue, pourquoi tu n’es pas venue, tu avais promis…

Pas le temps, tu parles ! On devait faire la fête…

Mais si, l’anniversaire de Bruno, tu te rappelles au moins ? …

Pourquoi, tu ne réponds rien ? Qu’est-ce qui t’arrive ? …

Tu pleures ? J’ai fait quelque chose ?…

Je croyais qu’on s’aimait bien, t’as un problème ? …

Eh, je mérite une réponse au moins…

Silence. Elle le repousse, puis s’en va en courant.

4 …et toujours les mêmes réflexions

Va écrire, là, enfin ! (« Pas question de lâcher…. ») Les personnages sont là, dans ma tête, pêle-mêle, dansant chacun dans son monde et dans son rythme, slow, valse, tango ou boogie. Il y en a qui émergent seulement, d’autres qui attendent depuis un moment déjà.

Milena et sa vie ratée, courant après son amour qui ne le lui rend pas, lui, qui n’aime que sa musique, jazz, piano et trompette, les concerts et les copains, Milena, fine, diaphane, mal armée pour  défendre son espace, pour se défaire de ses doutes, Milena qui se console avec ses verres de vin blanc, qui noie son chagrin tous les soirs et plus, qui court le long des rues et des jardins de la ville pour ne pas désespérer, qui sonde les eaux du canal d’un regard accablé, qui ne sait pas comment finir, histoire de Milena qui avait pris corps il y a quelque temps déjà, et puis le temps passe et change l’éclairage…Tina qui hésite entre deux hommes et deux pays, choisir entre deux amours, challenge difficile,.. Victor qui voyage sans répit, découvre le monde avec gourmandise et sans attaches, un boulot alimentaire pour renflouer sa bourse entre deux destinations, le cœur plein de souvenir, mais la tête emplie de projets utopiques, et le temps qui passe…

Choisir les lieux, ville ou campagne, Vienne ou les Causses, magnifiques dans leurs différences,  écouter les personnages, réels ou inventés, invités dans une histoire inventée ou vécue, et voilà à nouveau le choix de l’ancrage, comme Tina et ses deux choix de vie, et le temps passe…parfois ça devient lourd de réfléchir, ça atteint physiquement, la tête et le ventre, la nuque et les nerfs…et l’écriture souffre de la chaleur, de la vie intense en été, des repas de famille, des passages inopinés, de l’accrochage des tableaux pour l’exposition de l’atelier de peinture, cadrer, clouer, coller, manier le marteau et les ciseaux, les ficelles et l’éclairage, on bricole comme on pourrait bricoler un plan d’écriture…pour avancer…pour réaliser…

5 Tenir

Tenir sur la durée, sur la largeur, la longueur, la hauteur

Tenir la barre, le gouvernail, le cap, l’horizon

Trouver le chemin, ne pas se perdre, le retrouver, enfin

Redresser, rebâtir, remplir son espace

Rester confiant, croire à la vie malgré tout

Tenir debout

A propos de Monika Espinasse

Originaire de Vienne en Autriche. Vit en Lozère. A réalisé des traductions. Aime la poésie, les nouvelles, les romans, même les romans policiers. Ecrit depuis longtemps dans le cadre des Ateliers du déluge. Est devenue accro aux ateliers de François Bon. A publié quelques nouvelles et poèmes, un manuscrit attend dans un tiroir. Aime jouer avec les mots, leur musique et l'esprit singulier de la langue française. Depuis peu, une envie de peindre, en particulier la technique des pastels. Récits de voyages pour retenir le temps. A découvert les potentiels du net depuis peu et essaie d’approfondir au fur et à mesure.

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