#chroniques #04 | Places et taxis

Ajout d'un 3bis possiblement dans la consigne - PDF inchangé -

3bis• La consigne, c’est la consigne
(Saint-Exupéry – Le petit prince)

Vos retours si doux de lecture sur mes taxis,  et comprendre que la demande était autre. J’y retourne voir. La consigne a bu la tasse, on peut le dire. Non sans raison. Les voici : 

1/Les taxis me mettent mal à l’aise - au final je l’ai écrit en guise de 3. Cette revue de trois scènes déjà écrites maintes fois me confirme que la piste Clarice Lispector au-delà des dix entrées que nous travaillerons cet été pourrait ouvrir les portes d'un projet en vrac à ce jour.

2/Laurence Vieille, ma chère amie et si grande artiste a publié l’an dernier un petit grand livre, Les vies de Jésus aux éditions Abrapalabra - collection poche. Le livre commence par un dialogue plutôt asymétrique, entre elle et Jésus qui est, vous l'avez deviné, le nom d'un chauffeur de taxi. Je me dis que je mélange tout. Je fais mon sujet sur les taxis. La consigne est mangée.

3/Depuis que j'écris, je zappe les dialogues. Je shunte, j'évite, je décalcomanie, je saute-mouton, je contourne, je substitue, bref je me défile.

– Jules passe sous l’eau. Vous voyez. Il est sous l’eau. Tu es sous l’eau, Jules. Tu ne restes pas à la surface.
– Quoi ? 
– La surface. C’est tes bras. Vous voyez ? Ses mouvements. Les bras. 
– Hein ? 
– Regarde moi. C’est tes bras. Plie tes bras. Plie et tire. Fais un rond. Avec tes bras. 
Il fait son mouvement. Passe nettement sous l’eau.
– Voyez. Les bras. Il fait, euh, comme ça, je vous montre, et ça va pas comme mouvement, pardon je vous montre même si…il fait comme ça, pardon, comme… battre des ailes alors que non, il faut plier. Et tirer. Sinon il passe sous l’eau, il coule. 
– Ah. C’est ça ? La surface ou sous l’eau ? Plier ?
– Oui, les bras, les plier, ramener vers soi. Pour rester à la surface, et avancer mieux.
En bout de bassin, l’enfant escalade les trois marches de l’échelle et fonce au petit bain avec la démarche de celui qui se pique les pieds sur le sol rugueux. Il maugrée: 
– Elle parle, et elle me bourre de conseils. Juste on vient, et elle, comme ça, elle me regarde et elle me dit quoi faire avec ses conseils. On lui a dit pas de leçon cette année, mais comme elle me connaît, elle me regarde, et elle me conseille. Et moi, je viens pas pour des conseils.

Le lendemain, il brasse bien allongé à la surface. 

1•

2• 

3•

4•

5•

A propos de Catherine Serre

CATHERINE SERRE – écrit depuis longtemps et n'importe où, des mots au son et à la vidéo, une langue rythmée et imprégnée du sonore, tentative de vivre dans ce monde désarticulé, elle publie régulièrement en revue papier et web, les lit et les remercie d'exister, réalise des poèmactions aussi souvent que nécessaire, des expoèmes alliant art visuel et mots, pour Fiestival Maelström, lance Entremet, chronique vidéo pour Faim ! festival de poésie en ligne. BLog : (en recreation - de retour en janvier ) Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCZe5OM9jhVEKLYJd4cQqbxQ

5 commentaires à propos de “#chroniques #04 | Places et taxis”

  1. Je me plonge dans vos textes, apprécie la distance du texte avec les propositions, j’ai aimé l’homme qui attend, l’énervée s’énerve pour de vrai et le récit du taxi Merci

    • Merci infiniment, Caroline, d’être présente à la lecture, j’ai de mon côté enfin un peu de temps et une respiration pour visiter aussi vos textes et ceux des amies et amis, ce sera cet après-midi j’espère.
      Vous étiez prompte ce matin et ma mise en ligne un peu poussive, alors juste vous dire que je viens d’ajouter une image, le texte lié à la proposition autour de la forme poétique empreintée à Albane Gelée, et le pdf plus facile à lire.
      Belle journée, à vous,

  2. J’ai bien aimé vos histoires de taxis, loin de la proposition de François, on apprécie que Clarice Lispector ait ramené en vous tous ces souvenirs. J’admire votre liberté, moi, comme une élève disciplinée, je m’efforce de toujours répondre à la proposition…

  3. Moi aussi j’ai aimé les taxis mais également l’homme aux chaises vides. Je n’ai su s’il fallait en rire ou en pleurer, elle est belle cette histoire, merci.