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Fierté des êtres humains qui réinventent le monde
Fierté des êtres humains qui savent l’habiter
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L’herbier n’est pas une collection, n’est pas une accumulation recherchée, n’est pas un exercice de style. Les plantes qui s’y trouvent ne sont ni trophées ni pépites. Au mieux sont-elles traces ou souvenirs. L’herbier est d’abord un regard. C’est une délicatesse, un geste d’attention pour y coucher celles qui comptent, même sans savoir pourquoi elles comptent. Au lit de l’herbier, une tendresse pour les allonger. S’il a l’air d’une dessication forcée, mortelle, entre deux pages d’un linceul de papier ou sur l’impression numérique de l’image photographique, l’herbier ni ne jaunit ni ne vieillit du temps qui passe.
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Il vaudrait mieux dormir la tête au nord, dit le père.
Il vaudrait mieux ne pas boire de lait avant l’effort, dit la mère.
Il vaudrait mieux enfiler tes runnings en commençant par le pied gauche, dit le coach. Ça porte chance, il paraît. Je ne sais pas s’il y croit vraiment où si c’est pour créer de l’auto-persuasion, un genre de confiance en soi qui reposerait sur un rituel, une perscription qui tiendrait du miracle. Une méthode Coué spéciale sportifs. Chausse d’abord la gauche. Et quoi, si tu mets d’abord la droite, que se passe-t-il ? Ton pied explose ? C’est comme quand on te dit que courir sur route te bousille les articulations alors que l’essentiel, c’est l’amorti de tes chaussures.
Le truc c’est la routine, l’habitude mentale, la répétition de gestes infimes, effectués dans un ordre précis. Ce n’est pas de la supersitition, c’est une mise en condition, une disposition d’esprit propice à la concentration. Moi, j’ai mes habitudes, mes petites croyances, mes chaussettes porte-bonheur, celles avec des étoiles. Je ne les porte qu’en compétition. Pas question de les user en courant avec tous les jours. Ce n’est pas une question de foi mais de tradition. Et puis je les aimes beaucoup, ces chaussettes, j’y suis attachée. Coach dit « fétichisme » mais je m’en fiche.
La veille, je regarde des documentaires animaliers, plein de bêtes qui courent, des félins, des cervidés, des équidés. Je m’inspire d’eux, de leurs pattes, de leur élan. Je me vois en guépard, en lévrier, en lièvre, je deviens jument de course. Je rêve que je galope dans des prairies hérissées de graimnées et de sauterelles. Je saute des haies, des troncs d’arbres couchés, des rivières et des fossés. Je rêve que je vole, cheval ailé. Quand je fais ces rêves-là, je me lève sans réveil et je pète la forme.
Le plus important : toucher le poster de Svetlana avant de partir. Ce n’est pas une cérémonie, c’est un salut en hommage. Pendant l’échauffement, je pense à elle. Je la visualise dans une de ses courses, le finish, le podium. Je murmure son nom dans ma tête en me mettant en position, juste au moment du départ. Si ça marche ? Son prénom pulse dans mes veines jusque dans les muscles de mes jambes. Il fourmille jusque dans le plus petit orteil. La course me démange mais c’est son prénom que j’entends quand retentit le coup de feu du starter.
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T’imagine, le chir ? Le plaisir de voir arriver la fêlure. Fracture du péroné ou rupture du talon d’Achille. Le plaisir qu’il a à rafistoler l’humain, la réparation d’une machinerie délicate parfois au millimètre près, la précision du geste, la dextérité, l’anticipation. Analyse, diagnostic, contrôle radiographique, suivi post-opératoire. Ce qu’il faut replacer, avec quelle délicatesse et quelle jubilation à la fois quand il se trouve confronté à une opération complexe, obligé de surmonter les défis de sa profession. Ossature friable, fragments osseux, déplacement, friction, consolidation, stabilisation, vis et broches, tiges, cerclages et plaques métalliques, le squelette vissé, boulonné. Ou carrément implantation de prothèse, design d’un corps réparé et augmenté. Et s’il y a un raté ? Gène ou démangeaison passent encore mais si mauvaise cicatrisation, raideur articulaire, complication vasculaire ou nerveuse, lésion, hématome, infection, pseudarthrose, luxation, algodystrophie, thrombose ou phlébite, comme la tante du père. Elle en est morte. Et s’il faut recasser pour re-réparer. Est-ce le chir est un sadique ?
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Tee-shirt favori, siglé AC-DC, Hells bells, son dessin de cloche en feu. Délavé le noir devenu gris, nos nuits lessivées dans les trop plein et les pas assez. Délavé et rêche le coton sur la peau, le tissu distendu, vieilli. Délavées les lettres du groupe favori, un flottement dans la pupille dilatée, l’assemblage pour dire la musique hard au cœur, intacte. Les lettres compagnes des soirées de fête ou de solitude, jusqu’à quand vont-elles rester, plaqué faussement acier, implacable sur l’étoffe molle, lâche, la couleur ternie mais les contours encore nets, je me demande : à quand leur disparition ?