#chroniques #05 | mouvements d’humeur

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Quelle fierté ? d’avoir tenu le coup ? d’avoir réussi ce qu’on attend de vous ? d’avoir surnagé, gardé la tête hors de l’eau quand il fallait ? d’avoir tracé, gardé le cap, avec endurance, avec bon sens, avec bonne volonté et puis, pouvoir dire, j’ai fait du mieux que j’ai pu ?

2 des liens

Je n’ai pas de collection. Ni album de timbres, ni de cartes postales. Ni reproductions de grenouilles, de chats ou de hiboux, très pittoresques, mais encombrants. Ni magnets sur le frigo. Je n’ai pas de plan ni d’intentions. Les choses m’arrivent, se présentent, pêle-mêle, et je les adopte au fur et à mesure. A mon corps défendant. Parce que je ne sais pas jeter. Je ne sais pas jeter ! Je sais trier, je connais la loi des priorités, mais jeter me fait mal. M’enlève un atome de moi. J’ai créé des liens avec les choses, des attaches, des souvenirs. Je ne sais pas gérer des vide-greniers, je ne vends pas sur internet, j’ai du mal à laisser partir des choses et des gens. Je collectionne des liens, qui s’accrochent à moi un peu comme les fleurs de bardane s’accrochent aux vêtements. C’est joli, mais tenace. Comme mes tiroirs remplis à ras. De vêtements, de linge, de vaisselle. Hérités, offerts, ramassés, réparés, gardés pour la famille. Même les peluches des petits ne veulent pas s’en aller. Cri de cœur de ma grande petite-fille : « mais Mamie, tu m’enlèves toute mon enfance ! » Alors je garde aussi pour les autres, des livres, des disques, des puzzles, des boîtes à musique…  Et je range. Sur des étagères pour les souvenirs à chérir, le petit pingouin qui vient de Sète, le cheval qui vient de Murano, le hibou-appeau qui vient des Vosges…Dans les cartons à dessins pour les peintures et esquisses à garder…   Et dans de jolies boîtes rondes, des cartons de chaussures, des paniers en osier ou en châtaignier, avec ou sans anses, tout ce qui a pu s’accumuler et qui restera encore un peu avec moi.  

3 Réflexions

 Je crois que je n’ai jamais rêvé d’une robe. Ma mère cousait, créait des robes, les décorait de broderies et de dentelles, des robes qui demandaient des petites filles sages, qui promèneraient tranquillement dans la rue, qui se poseraient doucement sur une chaise et non sur le sol. Cauchemar que la robe déchirée lors d’une balade en forêt. Ou celle qui se tachait de mains sales et de chocolat. Et moi qui rêvait shorts et pantalons comme les garçons. Pour courir. Grimper aux arbres. Sauter par-dessus les murs. Mais les pantalons, ce n’était pas pour les filles. Interdit à l’école. Dans la rue. J’ai dû attendre l’apparition du blue jean pour pouvoir enfin enfiler le pantalon de mes rêves.

J’ai connu le thermomètre à mercure, moins précis que ceux d’aujourd’hui qu’on appose juste deux secondes sur le front pour constater la température. J’ai connu les petites boules de vif-argent qui roulaient et semblaient avoir une vie à elles. Mais défense d’y toucher. C’était du poison et il fallait le manier avec précaution. L’éliminer avec circonspection. Et les accidents étaient rares, heureusement. Par contre, pour la St Sylvestre, nous avions le droit de faire fondre de l’étain dans une cuillère et de verser le liquide gris métal dans une coupe remplie d’eau froide. L’étain se noyait en grésillant et en s’éclaboussant et se recréait miraculeusement en figurines de formes étranges qui se solidifiaient en refroidissant. Et chacun pouvait emporter sa petite créature dans la nouvelle année.

4 Le trop plein

Les semaines passent, et je cours après le temps. C’est vacances et farniente, et la chaleur qui plombe. Les visites arrivent, c’est l’été, la famille, les amis. Bonheur de rassembler tout le monde, d’échanger, de rire ensemble autour de la grande tablée surchargée de victuailles, chacun porte son écot, occupe la cuisine, les couteaux dansent, les cuillères tournent dans les casseroles, le four ajoute à la canicule, les glaces rafraichissent en dessert. Une famille gourmande qui assure le repas et l’animation. Je n’ai qu’à profiter. C’est magnifique et fatigant. Ça mange du temps. Ce temps que je ne trouve pas pour d’autres activités prévues. Préparer l’exposition de notre atelier peinture, quelques tableaux à choisir, encadrer et accrocher pour participer au mouvement, trouver quelques heures pour marcher à mon rythme dans la nature, écrire l’esprit tranquille dans mon coin. Je suis en retard pour tout, pour suivre les propositions, pour lire les textes publiés, pour y faire des tas de commentaires pleins d’admiration en survolant toutes ces trouvailles qui me touchent, pour chercher mes réponses, imaginer, noter, écrire, et aussi finalement pour me mettre au courant des techniques nécessaires pour les nouveaux pdf pas encore assimilés, et pour chercher à agrémenter le tout de quelques photos expressives. La tête tourne, les idées s’entrechoquent, s’emmêlent. Mais Le calme est revenu depuis peu, l’orage a éclaté, la pluie tombe drue. Fraîcheur bienvenue pour quelque temps. Et je retrouverai peut-être mon temps et mon espace.

5 Être à l’aise

Comment vais-je m’habiller ? Qu’est-ce que je vais mettre ? Il m’arrive de me poser ces questions devant un miroir, pour sortir, pour recevoir. Pour le monde. Mais pas devant l’ordinateur, ni en marchant et écrivant dans ma tête. Qu’importe. Un vêtement léger quand il fait chaud, douillet quand il fait froid. Un foulard, s’il y a courant d’air. Être à l’aise. Pieds nus ou en grosses chaussettes. Rien qui me serre. Rien qui coince. Ne pas penser à l’entourage. Régler la lumière, lampe, fenêtre, rideau. Le coussin sur le siège. La hauteur du fauteuil. Faire jouer les doigts pour les délier. Le clavier attend.

A propos de Monika Espinasse

Originaire de Vienne en Autriche. Vit en Lozère. A réalisé des traductions. Aime la poésie, les nouvelles, les romans, même les romans policiers. Ecrit depuis longtemps dans le cadre des Ateliers du déluge. Est devenue accro aux ateliers de François Bon. A publié quelques nouvelles et poèmes, un manuscrit attend dans un tiroir. Aime jouer avec les mots, leur musique et l'esprit singulier de la langue française. Depuis peu, une envie de peindre, en particulier la technique des pastels. Récits de voyages pour retenir le temps. A découvert les potentiels du net depuis peu et essaie d’approfondir au fur et à mesure.

3 commentaires à propos de “#chroniques #05 | mouvements d’humeur”

  1. A mon corps défendant. Parce que je ne sais pas jeter. Je ne sais pas jeter ! Je sais trier, je connais la loi des priorités, mais jeter me fait mal. M’enlève un atome de moi.
    Vous enlève une partie de vous, mais garde, protège en elle par l’accumulation de ces objets, le parfum si doux de ce qui fut et reste si présent.
    Merci pour vos textes

  2. Merci Monika, j’ai apprécié la douceur de tes textes. Ton écriture, comme une lumière rasante, comme une mélodie confiante et généreuse. Un souffle qui chuchote à l’oreille des images qui se construisent jusqu’à nous entourer, toujours avec chaleur. […Je n’ai pas de plan ni d’intentions…]

  3. « Les choses, je les adopte au fur et à mesure. » Il y a de ça dans nos accumulations (parfois) stériles.
    « Je collectionne des liens, qui s’accrochent à moi un peu comme les fleurs de bardane s’accrochent aux vêtements. » belle image des graterons (prolifiques en ce moment) merci.
    Je me demande si la première réflexion où il est question de robes (et de pantalons) est venue grâce ou à cause ou inversement la 5.

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