#chronique #06 | faim de rêves

Publié une première fois le 16 août vers 13h. Constat de disparition le 17 à 0h00... Re-publié le 17 à 00h27. 
L'image, elle, était restée dans le répertoire. Elle y figure désormais deux fois. Si vous avez faim, servez-vous ;)

1. du  monde

à force de bras
un monde nouveau s’élève
jailli de nos rêves

2. manger

T’as faim ? Mange ton poing et garde l’autre pour demain.
Quand il n’y a plus rien à manger, la mère nous fait une soupe à caillou.
Mange, tu ne sais pas qui te mangera.
Mange ta soupe si tu veux grandir.
Si tu manges pas ta viande, t’auras pas de dessert !
La Lune était froide et mangeait les petits enfants.
On mange bientôt ?
Cékannkonmange? alterné avec le Cékankonnarive? des enfants en voyage.

3. l’adjuvant

Je suis un voyageur. Depuis la berge, je contemple le fleuve ; il est immensément large et insondablement profond. Je suis un terrestre ; l’eau n’est pas mon élément, quoiqu’en dise le zodiaque et l’astrologie. Aucune embarcation en vue, mais je ne peux m’arrêter ici ; il faut que je traverse. Désespéré, je reste immobile sur la rive, et je me lamente.

De l’eau est sortie une créature. Elle reste à distance et semble me craindre ; pourtant je lui demande si elle veut bien m’aider à traverser le fleuve. Elle accepte, à la condition que je lui jure par le serment des dieux de ne lui faire aucun mal. Je lui fais remarquer que, ne sachant pas nager, je n’ai aucun intérêt à la blesser. Elle accepte de me porter pour me faire traverser le fleuve.

J’ai accepté, malgré la peur qu’il m’inspire. S’il me transperce de son aiguillon, je mourrai. Mais alors il se noierait avec moi. Ceci me rassure. Nous voici au milieu du fleuve. Je sens une douleur intense. Il m’a injecté son venin ; je sais que je vais mourir. Dans un dernier souffle, je lui demande pourquoi cet acte insensé ? Parce que c’est dans ma nature, répond-il.

Commentaire 1 : les animaux ne sont ici que des masques pour comportements humains.

Commentaire 2 : le scorpion aurait été plus avisé de traverser sur le dos d’une tortue à l’épaisse carapace, plutôt que sur une grenouille. Il est décidément très bête.

À propos de la demande d’aide
Dans les contes, l’aide accordée l’est rarement sans contrepartie. L’adjuvant, celui qui accorde son aide, demandera une faveur, parfois sans préciser laquelle. Le solliciteur découvrira plus tard le prix exorbitant à payer : la vie de son épouse, de sa fille chérie ou de son premier-né… ainsi d’Uther Pendragon qui devra honorer le don contraignant accordé à Merlin en échange de la nuit d’amour passée avec Ygraine. Ainsi de Faust, ainsi du constructeur d’un pont jeté sur un gouffre infranchissable, qui demandent son aide au Diable. On remarquera que leur demande n’est pas exactement désintéressée : le premier veut coucher avec une épouse fidèle à son mari, le second retrouver la jeunesse (dont il profitera pour abuser de Marguerite), le dernier espère obtenir le pouvoir et la gloire dans la ville qui bénéficiera du pont.
Il est vrai que parfois la demande d’aide – généralement formulée par un être, ou repoussant ou considéré comme inférieur, nain, vieille femme édentée, infirme, etc. – n’est là que pour tester le mérite de celle ou celui qui accomplit une quête. S’il ou elle accorde l’aide demandée sans contrepartie, il ou elle recevra un contre-don qui lui permettra d’achever sa quête avec succès.
Mais foin des contes et des fables ! Dans la vie telle que je la connais, nombreux sont ceux qui préfèrent ne pas demander de l’aide. Par fierté ("je ne suis pas si vieille ou si frêle que je doive demander à quelqu'un de m’aider à porter ma valise") ou par peur de devoir de la reconnaissance. J’ai ainsi rencontré des personnes qui poursuivent de leur colère – voire de leur haine – celui qui les a sortis d’un très mauvais pas, alors même qu’ils n’ont rien demandé en retour.
Chez les animaux, il n’y a pas de tels calculs. Du moins le suppose-t-on. C’est peut-être pour cela que ces histoires où on les voit apporter de l’aide – gratuitement – ont ce succès.

4. Journal de recherche et d’écriture

Jeanne Vaillant (2)

Jeanne a été mariée à Jean Courtin, lieutenant, syndic et marguillier de W., ce qui fait de lui le laboureur le plus aisé de la paroisse. Ils se sont mariés en 1695 à Amiens (voir chronique 3). Les naissances se succèdent ; sept enfants voient le jour entre 1696 et 1709. Contrairement à Anne, dont les enfants meurent, l’un après l’autre, dans les jours suivant leur naissance, Jeanne ne perd qu’une seule fille à la naissance, Agnès, L’écart de deux ans – une fois de trois ans – laisse supposer que Jeanne les a allaités elle-même, sans avoir recours à une nourrice, ce qui était souvent le cas chez les riches fermiers et les gros laboureurs. Dans cette paroisse, au XVIIe siècle, ce sont les enfants de bourgeois de Paris qui sont mis en nourrice chez de petits laboureurs ou chez des ménagers, ceux qui possèdent un lopin de terre mais ni charrue, ni attelage pour la tirer, et cherchent là un complément de revenus. Plus tard, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, nourricier deviendra une sorte d’industrie dans le Santerre, et ce seront alors les nouveau-nés de l’Hôpital des Enfants Trouvés de Paris qui viendront mourir en masse dans les jours qui suivent leur arrivée au village où on les envoyait pour y être placés. Ils étaient munis d’un certificat de baptême, portant parfois le nom de leur mère, mais, jusqu’à présent, nous n’avons trouvé aucune trace des enfants de Thérèse Levasseur.

Les enfants de Jeanne, eux, ont été bien nourris, choyés et éduqués ; tous, filles et garçons, savent lire, écrire et signer ; tous ont atteint leur majorité.
Jeanne verra cependant mourir deux autres de ses enfants, Antoine François, son deuxième fils en 1726 qui était âgé de 28 ans, et  Marie Catherine en 1727, à 24 ans. Les registres ne précisent pas la cause de leur décès. Et si Marie Madeleine, sa dernière fille, meurt à 28 ans cinq ans après son mariage (peut-être à la suite d’un accouchement difficile), Jean-Baptiste, laboureur, et  Anne Françoise, épouse de laboureur, vivront respectivement jusqu’à 63 et 76 ans.

Jeanne Vaillant est morte le 1er mai 1728, à l’âge de 58 ans, dix ans avant Anne Le Doux. Elle a été enterrée dans l’église, privilège pour lequel Jean Courtin, son mari, aura dû payer. Je n’ai pas retrouvé – pour le moment – les comptes de la fabrique de l’église, et ne peux dire à quel montant s’élevait la somme versée. 

5. chaînes

la salle
la salle de bains
la salle de bains de la suite de l’hôtel
la salle de bains de la suite de l’hôtel de la plage
la salle de bains de la suite de l’hôtel de la plage de St-Jacut-de-la-mer
l’occupant de la salle de bains de la suite de l’hôtel de la plage
l’assassinat de l’occupant de la salle de bains de la suite de l’hôtel
l’histoire de l’assassinat de l’occupant de la salle de bains de la suite
l’énigme de l’histoire de l’assassinat de l’occupant de la salle de bains
la clé de l’énigme de l’histoire de l’assassinat de l’occupant de la salle
la découverte de la clé de l’énigme de l’histoire de l’assassinat de l’occupant
le récit de la découverte de la clé de l’énigme de l’histoire de l’assassinat
l’autrice du récit de la découverte de la clé de l’énigme de l’histoire
l’imagination de l’autrice du récit de la découverte de la clé de l’énigme
le monde insondable de l’imagination de l’autrice du récit de la découverte de la clé

le train
le train de nuit
le train de nuit des vacances
le train de nuit des vacances de rêve
le train de nuit des vacances de rêve des amoureux
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la voiture n°3 du train de nuit des vacances de rêve des amoureux
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la minutie des détails de la merveilleuse image de la couverture du livre du conte

la mariée
la mariée de la suite nuptiale
la mariée de la suite nuptiale de l’hôtel
la mariée de la suite nuptiale de l’hôtel des sables
la mariée de la suite nuptiale de l’hôtel des sables d’or
la mariée de la suite nuptiale de l’hôtel des sables d’or des dunes
le père de la mariée de la suite nuptiale de l’hôtel des sables d’or
la femme du père de la mariée de la suite nuptiale de l’hôtel des sables
le cousin de la femme du père de la mariée de la suite nuptiale de l’hôtel
le frère le cousin de la femme du père de la mariée de la suite nuptiale
l’oncle du frère du cousin de la femme du père de la mariée
l’épouse de l’oncle du frère du cousin de la femme du père
la sœur de l’épouse de l’oncle du frère du cousin de la femme
le neveu de la sœur de l’épouse de l’oncle du frère du cousin
la cousine du neveu de la sœur de l’épouse de l’oncle du frère
le gendre de la cousine du neveu de la sœur de l’épouse de l’oncle
la famille du gendre de la cousine du neveu de la sœur de l’épouse
la généalogie de la famille du gendre de la cousine du neveu
l’embrouillamini de la généalogie de la famille du gendre de la cousine
(allez donc faire le plan des tables du repas de mariage avec tout ça !)

A propos de George Baron

J'aime la lecture, la SF et l'Oulipo. J'ai commencé à écrire, et plus j'écris, plus j'ai envie d'écrire. Plusieurs projets en cours, rien de finalisé.

3 commentaires à propos de “#chronique #06 | faim de rêves”

  1. J’avoue que pour le 3, j’étais partie plutôt dans le commentaire (que je viens finalement d’ajouter).
    Puis m’est revenue cette fable du scorpion et de la grenouille, où l’aide accordée n’aboutit qu’à la mort des deux protagonistes. Je me suis amusée à la rédiger autrement et je suis contente qu’elle vous ai plu.

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