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Je suis tellement silencieuse que je ne m’entends même pas penser
Je suis tellement procrastineuse que je me repousse à demain
Je suis tellement immature que je suis restée toute petite
2 |
Il me dit qu’il me l’a dit mais je n’en ai aucun souvenir. Il insiste et précise que, ne me coupe pas avant que j’ai terminé. Il paraît que c’est un travers, une sale habitude que j’ai, d’interrompre, il dit que c’est sans doute parce que mon esprit veut aller trop vite, qu’il court, comme mon corps. Et on me l’a assez répété, prendre ses appuis dans les idées comme dans la course. N’empêche ausun souvenir d’avoir dit ça. Il rétorque que si, que je me rappelle ce que j’ai envie de mme rappeler, que je fais tout le temps ça, dire des choses, oublier les avoir dites et ensuite prétendre que tu n’as rien dit du tout. Il ajoute qu’il sait parfaitement que j’ai confirmé, que je me suis engagée et que maintenant, voilà, je fais comme si. Dilettante. Qu’est-ce que ça veut dire au juste, qu’est-ce qu’il veut dire par là ? Soi-disant qu’aurais promis de m’occuper de la classe des poussins le samedi matin avec lui. N’importe quoi, jamais dit ça. De toute façon, Coach rabache ce qui l’arrange et s’arrange toujours pour me faire passer pour celle que je ne suis pas. Ras-le-bol. Si ça continue, je me casse.
3 |
Elle fait comme si elle savait exactement où poser ses pieds, dans quelles empreintes. Elle fait comme si son corps savait parfaitement s’adapter. Elle sait le plier. Le multiplier, lui ajouter des membres, des ailes. Elle fait comme si elle pouvait flotter ou voler.
Elle fait comme si elle avait toujours été ce qu’elle est persuadée être, comme si elle ne pouvait pas être autre chose : une coureuse.
Elle fait comme si elle pouvait ne pas échouer. Elle fait comme s’il était impossible de trébucher. Impossible de ne pas aller au bout. Elle fait comme si.
4 |
Quand je ne suis pas en train d’écrire, je pense à ce que je pourrais écrire. Quand je ne pense pas, les mots me traversent quand même et c’est comme si l’écriture toquait à ma porte. Parfois c’est comme si elle me percutait. L’écriture vient sans prévenir. Elle réclame, elle requiert des bribes. Happée au vol, aspirée, je respire. L’écriture est un désir ou un besoin qui se fait sentir sous la peau.
Quand je n’écris pas, j’écris quand même. J’écris dans ma tête d’abord et les mots sonnent l’urgence de les noter, ou le glas. Alors quelques paragraphes, quelques lignes, peut-être seulement quelques mots, de quoi tenir. Écrire c’est tenir.
5 |
Elle préfèrerait ne pas avoir à éviter les canettes de sodas sur les sentiers, les emballages, tous les plastiques, coincés dans des buissons. Elle aimerait mieux ne pas avoir à se dire qu’elle pourrait arrêter de courir et ramasser les déchets que d’autres ont jeté là. Il faudrait qu’elle arrête de courir et qu’elle les ramasse, ce serait un beau geste, oui, mais elle ne peut pas s’arrêter tous les cent mètres. Il faudrait revenir exprès. Il faudrait organiser des battues de propreté pour nettoyer la forêt qui ressemble de plus en plus à un dépotoir à ciel ouvert. Ou aller courir ailleurs. Elle pense à la chanson hyper basique qu’on entend à la radio en ce moment et que Laura n’arrête pas de fredonner, « je veux vivre dans la nature, loin de la pollution ». N’empêche, ce gars avec sa dégaine et son reggae, il a raison. Tu crois qu’il va le faire et se casser d’ici ? Mais c’est où ici pour lui ? Elle n’est pas prête, à partir, à tout plaquer. D’abord elle est trop jeune. On verra quand elle sera majeure. On verra ce que la vie lui réserve.