hors-série #voix | à ceux et celles qu’on nomme déficient.e.s


Ce n’est pas une voix mais plusieurs et c’est pourtant la même, une voix mal placée, tantôt en bas dans les graves, ce serait là le plus naturel, vers le ventre, un naturel bourru, rude, primitif, tantôt haute dans les aigus, le plus fréquemment car c’est celle qui tente de dire, et dire c’est avoir peur parce que dire c’est oser, oser penser d’abord, et trouver les mots pour, oui mais quand la pensée va de travers les mots aussi, alors forcément le ton ne suit pas, et puis y a pas que les mots, y a le trac, le trac qui serre la gorge, c’est tout crispé là-dedans, alors ça oublie de respirer, ça tend le cou et hhihhiiiiii ça coince, forcément ça coince, c’est pas agréable à entendre, ni pour soi ni pour les autres, tu le vois bien que les autres n’écoutent pas, ne savent pas écouter, tu devrais te taire mais non tu gueules et c’est pire alors le grave et l’aigu, des fois les autres ils attendent, des fois ils écoutent, quand ils écoutent ils attendent, oh ils attendent tellement, tu essaies, tu essaies, essaies, grave ou aigu les résonances bravent l’air, sortent en saccades, surtout les consonnes, des fois ne sortent pas, butent, bégayent, piétinent et puis soudain se précipitent, tu transpires, tu t’essouffles, ta pauvre pensée s’émiette alors bientôt tu renonces, tu retournes à ta solitude, ta saloperie de solitude mais au moins là y a pas de son, t’es tranquille.

Codicille : j’ai beaucoup travaillé avec des handicapés mentaux, principalement avec le théâtre… Le texte est venu comme ça, la description est devenue adresse en une seule phrase, comme si je m’étais laissée prendre… je laisse comme ça…

A propos de Mireille Piris

Toujours un lien avec l’écriture dans ma vie de comédienne, chanteuse, animatrice culturelle, psychodramatiste, formatrice conseil. L’art reste le fil conducteur dans la vie d’après qui alterne écriture peinture photographie. Comme dans un recueil de nouvelles, Une étrange modernité, paru chez N & B, où il se mêle au destin de quelques cabossés de la vie. (Auparavant chez le même éditeur, Boulevard des orangers, évocation de l’Algérie dans l’enfance et l’adolescence) Particulièrement sensible au dernier atelier Prendre. Toujours en chantier parallèle des nouvelles et un roman… Peur de la dispersion mais curieuse…

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