autobiographies #02 | pas par hasard

La jolie fille de l’iode dans le regard, des embruns sur les joues. Une farouche force de rester libre, de manger la vie comme on prend la mer.

Le vilain garçon tignasse noire, écharpe blanche, yeux sombres et fatigués. Il avait toujours l’air de revenir d’une nuit trop arrosée, trop agitée. Quand il avait notre âge de lycéens, il paraissait adulte et presque vieux déjà. Ce qu’il vendait discrètement alors vaut aujourd’hui 10 Euros le gramme.

Le jeune homme massif et joueur, un visage carré aux cheveux courts et frisés. Pilier solide qui préférait le hand-ball. Il s’entraînait en déchargeant les cageots, les caisses et les cartons livrés à l’épicerie de ses parents. Rieur au regard franc et fort en maths. Une tumeur au cerveau l’emporta l’année où il devait passer son bac.

La méchante femme grise comme les blouses et le chignon de l’institutrice qui donnait des coups de règle sur les mains gauchères. Grise et grimaçante. Un visage de tics à l’empathie feinte. Une attention à l’autre toujours perverse. Le visage des pires, de celles et ceux qui se repaissent du malheur de l’autre, qui l’entourent comme une proie, l’enveloppent de paroles qui te maintiennent la tête sous l’eau.

La petite américaine pas très grande, bien ronde pour son jeune âge. Elle dit dans la langue de son peuple qu’elle aime sa Terre. De longs cheveux épais et noirs encadrent son visage. Elle n’a pas de grands yeux. Ils sont marrons et regardent au loin, bien au delà de l’horizon de la forêt que les Blancs ont volée.

Le voleur d’auto grand mais petit, pingre, étroit, prétentieux. Discret bouc, soigneusement taillé, pour faire cadre responsable. Toujours bien propre et bien mis pour tenir discours HEcisées et faire savoir qu’il occupe un poste important. Autoritaire avec ses deux enfants, rampant devant sa femme encore plus mesquine que lui. Il ne parlait jamais de son adolescence. Effacé ce jour où les gendarmes l’avait chopé au volant d’une voiture volée.

La pin-up petite taille sur de hauts talons, des lèvres surlignées à la mode de l’époque, une démarche ralentie le temps de se faire voir, une manière aguicheuse de croiser et décroiser ses jambes quand elle devait surveiller les élèves de troisième qui n’étaient pas les seuls dans ce collège de garçons à bander pour la secrétaire du directeur.

Le romancier une voix douce et sereine dans sa grande barbe. Un regard bienveillant. Crayons et stylos en poitrine toujours dans les salopettes qui l’habillent. Il a les yeux d’un appareil photographique, livre du génie à tout ce qu’il traverse.

La boniche bien sûr le veuvage lui pesait mais elle disait aussi qu’elle était soulagée de n’avoir plus à faire chaque jour la sauce tomate que son mari avait toujours exigée. 

Le photographe italien inquiet et toujours persuadé qu’il a raison. Les polos Lacoste qu’il affectionne n’enlèvent pas le poids de ses années de plomb.

Codicille : dans la liste retenue, il y avait aussi la mort, la tendresse, l’aventure, le mensonge, l’amour et la peur. Il y avait aussi la police, le magnétophone, Marseille, Humphrey Bogart et Picasso. Il y avait aussi un « gentil monsieur » .

A propos de Ugo Pandolfi

Journalist and writer based in the island of Corsica (France) 42.40 N 09.30 E.

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