autobiographies #01 | paysages-trajets

1

Voyage de nuit. Sommeil d’enfant transbahuté et puis posé contre le rêche d’une couverture dans le frais d’un sac de couchage sur la plage arrière du fourgon jaune moutarde. Odeurs de gasoil. Râle poussif du moteur qui fait trembler les corps. Effets stroboscopiques de la lumière des réverbères dans l’habitacle. Paysage urbain haché, en creux dans les interstices lumineux des rideaux mal ajustés. Avant la nuit noire des campagnes.

2

Gare routière. Files d’attentes. Au comptoir. Devant les bus. Parkings souterrains. Les yeux sont fatigués parfois. Les bagages encombrent. Sur une chaise en plastique un sac à dos bleu légèrement noirci de frottements de cambouis à force de soutes et de routes. Ca sent le gasoil c’est suffocant c’est écœurant. Les moteurs prennent aux tripes et saturent les nez et les oreilles. Dehors il fait nuit.

3

Trajet de bus de jour dans l’éclatant soleil. Le regard accroche sur la vitre le fragment de paysage en mouvement : rues maisons devantures ponts parkings silhouettes arbres parcs panneaux de signalisation centres commerciaux zones artisanales ronds-points champs collines vignes fermes bribes saisies qui vont ralentissant s’accélérant à mesure que la ville s’éloigne et puis à force soudain la vision fugace et vertigineuse arbres sur ton visage dans le grand soleil d’un champ de blé : reflets fragmentés de paysages en mouvement de part et d’autre du bus superposés sur ton visage en surimpression.

A propos de Émilie Marot

J'enseigne le français en lycée où j'essaie envers et contre tout de trouver du sens à mon métier. Heureusement, la littérature est là, indéfectible et plus que jamais nécessaire. Depuis deux ans, j'anime des ateliers d'écriture le mercredi après-midi avec une petite dizaine d'élèves volontaires de la seconde à la terminale. Une bulle d'oxygène !

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