autobiographies #02 | en passant

Luc

Luc exposait dans l’auditorium de la médiathèque, lieu feutré. Il s’était habillé avec soin, artistiquement. Il y avait un monde fou venu voir l’expo et le rencontrer. L’installation vue-débattue, les invités, les officiels, Luc nous dirigions vers le buffet. Quelques cacahuètes et c’était tout. Luc alors, monta sur une table, retourna ses poches et théâtralement claironna « pas d’argent, pas un kopeck…voyez vous-mêmes…donc pas d’apéro«  Est-ce à cause de cela que les officiels ne l’ont pas réinvité ? Tous, nous l’aimons. Il rit de bon cœur, a la fibre sensible et ses incartades ne nous dérangent pas. Petit de taille et sec comme un pied de vigne, il virevolte de l’un à l’autre, joue de mondanités dont personne, sauf des officiels, n’est dupe. De son œil clair jaillit encore de l’enfance bien qu’il ait dépassé la soixantaine. En secret, on lui souhaite de ne jamais vieillir.

Annick

Un appartement modeste dans une HLM d’une petite ville de province. Je monte les deux étages du bâtiment qui en comprend quatre. Je sonne à sa porte. J’entends des pas qui s’approchent, je perçois un corps qui se colle au judas. La porte s’ouvre et Annick m’accueille avec vivacité. Elle tient un cabas dans une main, un marteau dans l’autre. Dans sa petite entrée, elle prend toute la place. C’est une très vieille demoiselle maintenant. Qui oublie pas mal de choses. Qui n’oublie jamais de mettre du fard et du rouge aux lèvres comme quand elle était mannequin. Pour l’heure, elle est en colère. Elle brandit son cabas, fait tournoyer son lourd marteau. On lui vole tous ses torchons. C’est un comble. Elle s’apprête à sortir, à aller chercher les voleurs. Il y a quelques quinze jours, elle en avait après son vieux fiancé qui lui apportait des fleurs et qu’elle a été obligée d’éconduire. Vis-à-vis des voisins. Il la déshonorait.

Josiane

Ils ont loué une auberge. C’est le mariage de leur fille et ils ont loué une auberge. Des salles en enfilade, des gerbes de fleurs un peu partout. Des salutations à n’en plus finir, des visages connus et depuis longtemps perdus de vue, d’autres, nombreux, inconnus. Nous sommes debout et essayons de nous reconnaître ou de tenter un début de conversation. Les mariés sont radieux, au moins. Dans le hall, j’aperçois un groupe de personnes d’où émerge le copain de la petite enfance qui est resté présent dans ma vie. Trop heureuse de trouver où m’arrimer, je me dirige vers eux, prend part au groupe. C’est alors que Josiane entre en scène. Elle nous regarde tour à tour durement, soupçonneuse, son souffle court tout près de nos visages et son corps -qu’elle n’a pas mince- est comme ramassé sur lui-même. Un taureau ? D’un geste bref, elle empoigne l’un du groupe et l’entraîne vivement avec elle, loin du hall.

A propos de Louise George

Diverses professions et celles liées au "livre" comme constantes.

2 commentaires à propos de “autobiographies #02 | en passant”

  1. Merci Louise pour ces portraits. Le premier parvient à nous faire pénétrer dans ce vernissage, à faire de nous les invités et les spectateurs de ce personnage qui joue le jeu sans s’y laisser prendre. Je me prends de tendresse pour Annick, personnage très drôle, cocasse même. Le dernier personnage lourd de menaces, et le portrait plein de supsense. Trois personnages qui détonent. (Juste une question en revanche : dans le 1er je ne comprends pas la phrase “L’installation vue-débattue, les invités, les officiels, Luc nous dirigions vers le buffet” Quelque chose m’échappe. Il manque un mot ou bien… ?)

    • Merci de ton passage Emilie. Annick a été réécrite et a changé de nom : Olympe. Pour Luc, tu as raison, ce n’est pas très clair. Il manquerait les mots Une fois “Une fois l’installation vue-débattue….”. Merci de me l’avoir signalé.

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