#anthologie #16 | Ping-pong

Elle ne parle pas. D’habitude on lui colle des clichés à logorrhée : moulin à parole, causeuse, bavarde, tout y passe. C’est comme si, d’un coup, la source était tarie. Gosier sec. Le flot qu’il déverse vient honteusement provoquer la sécheresse de son gosier, sorte d’étranglement invisible par asphyxie. Les mots sont happés avant qu’elle n’ait le temps de s’en nourrir, Continuer la lecture#anthologie #16 | Ping-pong

#anthologie #15 l L’encre invisible

Le désir de roman… J’essaye d’expliquer à E ce que je ressens. L’idée est fragile. J’ai beaucoup de réticence à écrire comme j’en ai à voyager. J’essaye d’expliquer que je préfère lire… des romans, des récits de voyages. Je n’ai pas encore acheté un roman de Ismaël Kadaré. J’hésite entre le palais des rêves et le général de l’armée morte. Continuer la lecture#anthologie #15 l L’encre invisible

#anthologie #02 | Le Bureau au chat différant

Il regarde le chat. Le chat est dans le Bureau, il est dans le Bureau. Bureau pour la pièce, Bureau aussi pour la table sur laquelle il écrit, une grande planche posée sur des tréteaux invisible, une planche de bois clair. Elle est vaste et elle est recouverte principalement de papiers. Le désordre est modéré. On voit encore la couleur Continuer la lecture#anthologie #02 | Le Bureau au chat différant

#anthologie #09 | coup de vent

Elle est assise à l’aplomb de la digue d’embarquement, chahutée par les sirènes des grues d’un chantier mêlées aux cris des goélands, l’iode et les relents de la dernière pêche s’engouffrant dans sa chevelure détachée, elle en frissonne, le regard accroché à l’île où l’attend Victor, il le lui répète lorsqu’elle l’appelle, ajoute qu’il sera toujours là, sait qu’elle aime Continuer la lecture#anthologie #09 | coup de vent

#anthologie #16 | La femme derrière la porte

XI – A quel moment auras-tu à nouveau la force (le courage) d’ouvrir la porte pour explorer ce capharnaüm rempli de livres et la femme sera-t-elle encore là ? Dès ton retour. Vite, vite ouvrir la porte avant de ne plus en avoir le courage, avant de décider que non, avant d’hésiter… Elle était toujours là recroquevillée dans son fauteuil. Continuer la lecture#anthologie #16 | La femme derrière la porte

#anthologie #12 | trois villes

New York ou la recherche d’une image déjà vue mille fois avant de venir, image espérée depuis l’aéroport de Newark, dans le train pour Pennsylvania Station, dans la chaleur du métro, image absente de la rue poussiéreuse de Williamsburg avec ses camions poussifs au feu rouge. Image de la skyline de Manhattan enfin aperçue au travers d’un grillage, de l’autre côté Continuer la lecture#anthologie #12 | trois villes

#anthologie #14 | c’est l’époque

« C’est l’époque » : phrase caractéristique pour se placer en retrait, en position d’observateur non participant qui « n’en pense pas moins ». « C’est l’époque » : signe d’une sorte de résignation sardonique. « C’est l’époque » : l’époque a remplacé le monde d’après dans notre imaginaire collectif. « C’est l’époque » : sentiment d’un monde confus, complexe et plein d’antagonismes, et en même temps (autre phrase toute faite, qui a vécu) Continuer la lecture#anthologie #14 | c’est l’époque

#anthologie #14 l A la faveur

À la faveur d’une bousculade à la sortie du métro l’homme (je sais que c’est l’homme qui était derrière moi et à qui j’ai demandé pardon quand j’ai perdu mon équilibre lors du trajet entre Sainte Sophie et Eminonu) m’a volé mon portefeuille. « A la faveur ». Je n’arrive pas à utiliser une autre expression. A la faveur. J’ai des tics Continuer la lecture#anthologie #14 l A la faveur

#anthologie #11 | retour à la tombée du jour

De passage dans mon ancien quartier un soir à la tombée du jour j’ai refait le chemin que je parcourais auparavant chaque soir avec ma fille pour rentrer chez nous La rue paraissait grise triste sordide dans la lumière déclinante rien n’avait de relief Pourtant c’était la même brasserie à l’auvent rouge à la sortie du métro puis la même Continuer la lecture#anthologie #11 | retour à la tombée du jour

#anthologie #16 | la cruche

D’abord elle rougit, puis se sentant rougir rougit plus encore, imagine que tous ne  voient que çà, ne pensent qu’à ça, qu’à elle et son teint de tomate confite, elle est tellement en circuit fermé, isolée au milieu des autres, la respiration coupée, elle perd alors le contrôle de sa voix qui devient plus aiguë encore que d’habitude, fend l’air d’un Continuer la lecture#anthologie #16 | la cruche