#enfances #00 | bamboche

C’est bamboche. Nous les enfants on se poursuit dans la forêt de jambes. On contourne les bosquets, on se faufile sous les flûtes et les mains animées, la tête engoncée dans nos habits propres. Mon frère porte des bretelles et une coupe hérisson. Moi, un ensemble à volants cousu par ma mère et des sandales neuves un peu trop grandes. Continuer la lecture#enfances #00 | bamboche

#enfances #00 | la source

J’imagine L. dans ce décor de lanterne magique de l’enfance, je l’imagine dans un décor enchanté tournant en boucle, disant : montagne, rivière, prairie. Et encore. C’est comme courir après un bus qu’on n’attrapera jamais. C’est comme dans les rêves. Mais pas de bus, pas de rêves, juste la réalité fuyante pour sa plus grande joie. Cette expérience-là. Devant lui, le Continuer la lecture#enfances #00 | la source

#enfances #01 | Grands morts, beaux vivants

Rosette L’hiver dans les Pyrénées nous le passions au chalet avec des amis de mes parents. J’y dormais mal à cause du rocher qui s’était détaché de la montagne – une nuit – pour écraser des gens du hameau dans leur sommeil. Plus loin en contrebas il y avait une source qui sentait l’œuf pourri. Nous n’y sommes allés qu’une Continuer la lecture#enfances #01 | Grands morts, beaux vivants

#enfances #01 | Figure-toi

Rudolf… Mon père aimait prononcer son nom, avec un u à la française, qui faisait comme un ü à l’allemande, qui faisait prononcer le début du prénom comme « rude », pas à l’allemande donc. Et pourtant il était allemand et c’était pas rien de le dire, à peine vingt ans après la guerre. Et en plus il était grand et même Continuer la lecture#enfances #01 | Figure-toi

#enfances #01 | croquis

Le père Carli Les étés, derrière le grillage qui sépare le gazon du jardin des grands-parents et la grosse terre en motte du champ du voisin, le père Carli, un frêle petit monsieur très vieux, plus vieux que n’importe quel homme connu. Il a une cigarette jaune minuscule collée à sa lèvre inférieure, un mégot éteint comme s’il l’avait trempé Continuer la lecture#enfances #01 | croquis

#enfances #00 | dans la salle des pas perdus

1 Perdue. C’est dans le ventre que ça se passe. Qu’elle comprend. Ça se resserre ça tord. Autour d’elle la foule. Elle ne la voit plus. Sa mère. Avalée. Disparue. Ça gagne la gorge. En boule, le sanglot tout au bord. Tout se brouille. Alors elle respire comme sa mère lui a appris le soir quand le sommeil ne vient Continuer la lecture#enfances #00 | dans la salle des pas perdus

#enfances #01 | Clermont, Vichy, Puy-Guilaume

Chaumerliac ou le temps matérielil fume des gitanes maïs qu’il rallume sans cesse. Sa phrase c’est « nous n’avons plus le temps matériel » qui ponctue ses cours. Comme il est prof de physique, ce concept de temps matériel me questionne. Petit, l’œil vif, malicieux même quand il parle du temps matériel, il a les doigts jaunis par le tabac. Je crois Continuer la lecture#enfances #01 | Clermont, Vichy, Puy-Guilaume

#enfances #00 ⎮Le noir

Tout autour d’elle les objets familiers enveloppés dans le sombre de la nuit, les murs la chaise le bureau à la place représentée les yeux fermés, les tables de nuit de part et d’autre du deuxième lit. Il n’est pas tout à fait pareil vide obscur inanimé inhabité lorsqu’elle tourne les yeux vers le plat, elle croit deviner le repli Continuer la lecture#enfances #00 ⎮Le noir

#enfances #01 | Portraits à hauteur d’enfance

Les Gassion En semaine l’enfant est déposé chez les concierges. Tout le monde entre, il n’y a pas beaucoup de place dans l’ascenseur. il y a une odeur de graisse et d’encaustique. La porte se referme doucement, lentement il faut attendre, être patient . Puis il y a un clic, signe que tout est paré à la descente et la Continuer la lecture#enfances #01 | Portraits à hauteur d’enfance

#enfances #00 | prologue, le soir où le Grand Meaulnes s’est perdu

« Profession du père : Néant » J’avoue que j’attendais cet instant, à chaque rentrée des classes. Chaque année, j’essayais d’améliorer le mouvement. Vers les 11 ou 12 ans, je m’arrangeais pour ne pas regarder autour de moi, pour feinter et faire comme si j’écrivais « docteur » ou « manutentionnaire », bref comme si je n’écrivais pas néant. Je ne me souviens pas de la première Continuer la lecture#enfances #00 | prologue, le soir où le Grand Meaulnes s’est perdu