1 Allez

pas question de déserter – pas question d’oublier – pas question de s’arracher des morceaux de chair – pas question de différer ce qui doit être dit – pas question de se frapper la tête contre le mur – pas question de renoncer – pas question de ne plus y croire – pas question de ne pas essayer encore – allez – reprendre au commencement – essayer encore – allez
2 Entre-temps
C’est toujours un entre-deux dans une partition déjà écrite. D’un côté les ombres s’enchevêtrent et de l’autre les lumières s’avivent. On voudrait bien esquiver mais on ne peut rien faire. On pose le front contre la vitre, on regarde passer la horde de freux qui rentrent se coucher dans les arbres pour la nuit. On est dans cette intermittence où le cœur pourrait bien vaciller. On retarde le geste de la lumière. On pourrait perdre l’équilibre mais on est habitué. On se referme sur soi-même, sur son fil décousu. Le noir nous regarde.
3 Comme si
– On est encore un peu loin
– Ok
– Mais on va arriver. On arrive toujours.
– Oui
– Enfin parfois on n’arrive pas là où on voulait aller.
– (Silence)
– Il faut traverser des zones d’ombre.
– ( Silence)
– Passer au-delà de ce qu’on ne voit pas. Ce qu’on ne comprend pas. Les murs de sens ont quand même des failles où se glisser.
– Ah
– Dans les murs il y a toujours des trous. L’air peut passer. L’esprit aussi. Il y a toujours de l’espoir. Et après c’est comme si on naissait à nouveau.
– ( Silence) Comme dans un poème ?
– Oui c’est çà. Comme si les mots nous avaient traversé et que l’on avait aussi traversé les mots
4 Tranche de journal
Concentrer la relecture du travail déjà fait sur les interludes. Il y en quatre. Ils ont la bonne longueur et la bonne densité. L’écriture de ces parties est davantage travaillée que les autres chapitres qui délayent un peu le propos. Premier interlude : j’avais oublié ce premier paragraphe qui vient d’ailleurs, d’un atelier d’écriture de Tiers-Livre. C’est une entrée en matière dans un texte long autour de la notion de métamorphose. Ce premier interlude est composé de 800 mots, en voici les premières lignes :
Et voilà. C’est comme se retrouver au milieu de rien. Cela ne signifie rien d’autre que de vouloir avancer dans ce rien qui prend toute la place. Aucune lumière ne scintille. Aucun frémissement ou quelconque mouvement de qui que ce soit, de quoi que ce soit. Le rien le plus profond, celui devant lequel on se tient, parce qu’on ne peut pas faire autrement. Le rien est plein, il susurre, il suinte, il gémit, il grésille, il ruisselle, il donne à voir ce qui manque, il cache ce qu’il veut, il prend de la place, il nous égare entre les mailles d’un silence nécessaire, il patiente, il crée un espace nouveau, il tire et noue des fils, il devient image, il glisse des grains de sable entre les lames du cerveau, il nous absente, il nous détient, il permet de faire des pauses, il nous ralentit, il nous emmène au bout de la ligne, il n’est pas sécable, il est plein, il interroge sa propre source, il est temps de latence, il nous fait lâcher la proie pour l’ombre, il voit plus loin, il va vers l’amont et l’aval, il nous sauvegarde, il nous entoure, il nous façonne, il nous compose, il nous retire d’un tout, même si on le sait bien, tout n’est rien.
5 Tenir debout
Tenir malgré les éboulis – sans les mains – avec la tête haute – dans les creux et les bosses – dans les déserts comme dans la chambre resserrée – dans l’accord de la solitude – dans la charnière du silence – dans l’enclos comme un possible – dans cette marge nécessaire – dans ces instants rares – entre terre et ciel – tenir et ramasser les lambeaux de ce qui naît – sur le seuil hésiter – déplier un paysage où être – debout