1
Pas question de faire comme si nous ne savions pas.
Exigeons de nous mêmes de rester informés, vigilants et éveillés.
Partons, partons à la recherche du vrai.
Allons et ne relâchons jamais.
2
Quelques minutes encore avant que le premier lampadaire, sur le parking, ne s’allume – quelques minutes seulement avant que le soleil ne fasse disparaître ses derniers rayons de la surface de la planète – ultimes secondes avant la fin du jour qui s’éteint, emportant avec lui ses images, sa poésie et la vie – quelques fractions de couleurs traversées par la traînée blanche d’un avion élancé et – déjà, plus aucune ombre sur ma table d’écriture ni de trace de lumière – sur les murs, le noir envahit mon corps et seuls, les mots se devinent – la lune, ronde et presque jaune advient dans le ciel et la nuit la saisit.
Les derniers rayons du soleil sèchent les vagues, elles, le lavent. Est ce que la vie n’est plus lorsque le soleil descendant vers la mer ne brille plus ?
Assis au vieux port, alors que les bateaux tanguent doucement égrenant un léger bruit, nos jambes colorées de soleil écrasent de nos orteils nus, le bitume brûlant. Le temps que le rose des nuages s’assombrisse, le sel de la mer creuse les rires de nos joues. Crépusculaire est le ciel et lunaires nos pensées : la ville oserait-elle rester sans lumières ? Elle ne le peut. Tant de boutiques demeurent fort éclairées murmurant bruyamment aux passants de revenir à l’aube les alléger et, sur les quais, les lampadaires s’allument, dialoguant silencieusement avec les étoiles naissantes. Ici, une table se dresse de verres, de bouteilles et de petits bols de biscuits salés et là, une femme lit son livre à la lueur de la lune. Sur les visages se dessinent des ombres tamisées, c’est beau une ville la nuit nous dirait l’acteur-poète et nous, attendant l’aube, buvons.
Dieu qu’il fait sombre ! Mais où donc est l’allumeur de réverbères ?
3
» Dans ma boite, c’est de pire en pire. »
» Qu’est ce que tu veux dire ? «
» Avant, ce n’était pas comme cela. C’était plutôt bon enfant, on s’entraidait, on était solidaires. Et maintenant, c’est l’horreur. »
« Pourquoi ? »
« Figures-toi que la direction a installé une ligne téléphonique interne pour pouvoir dénoncer le harcèlement ou des problèmes de la sorte »
» Et c’est bien non ? »
» Oui, dans l’idée. Sauf que les gens s’en servent pour se plaindre, dénoncer leurs collègues et faire des histoires « .
» Comme une ligne de délation ? «
» Oui, comme une ligne de délation. «
4
Elle sort de l’eau tenant dans ses deux mains sa longue chevelure mouillée et ondule avec élégance dans un maillot noir dessinant sa fine et longue silhouette, la beauté de sa jeunesse et la rondeur de ses seins. Lui, sec, calme et posé, tenant par la main, sa femme au corps ferme, aux cheveux gris couleur de pluie, courts et joliment coupés, la regarde s’approcher, tandis que leur fils, au short beige et à la chemise blanche en flanelle, les cheveux au vent, nonchalamment, ramasse des coquillages sur la plage.
La perfection émane d’eux.
Ils se lèvent ensemble à l’aube pour croquer dans des fruits frais et boire du café au lait d’avoine pendant que la mère déguste son thé détox. Lui, lit son journal, elle feuillette le dernier Vogue et eux postent les photos de leurs soirées branchées sur les Instagram. Il l’embrasse le soir comme au premier jour et lui fait encore l’amour avec passion. Elle travaille dans une grande entreprise et lui dans la finance tout en pensant fièrement à leurs progénitures qui, un beau jour vont, avec succès, leur succéder.
La perfection émane d’eux.
Elles courent, magnifiques, semblables à des gazelles sous le soleil, leurs pas dansant le long de la corniche en shorts, soutiens gorges, tenues sportives et dynamiques – Elles courent devant les gens bien-pensants qui, avec vue sur la mer, savourent un café ou un thé, tout en évoquant les derniers cours de la bourse ou du temps qui n’est plus ce qu’il était – Elles courent sous le soleil brûlant – ils les regardent en s’essuyant de leurs mouchoirs en dentelle blanc. Et soudain, la pluie. Violente, brûlante, et surviennent les grelons. Elles courent se protéger sous les parasols du café, ils se lèvent de leurs sièges pour entrer. Rapidement, très rapidement, tous se retrouvent serrés et regardent la tempête se déchainer, l’eau monter sur le trottoir et les parasols tomber. Et tous rient, prennent des photos et croisent leurs regards et leurs esprits : des grelons en plein été ! Oubliés la course et les bonnes manières, oubliés les corps et la matérialité du monde. Il n’y a plus dans ce café, que, de l’humanité.
5
Tenir la tête haute,
lorsque l’on tente de vous l’écraser,
à coups de poings rageux,
Rester debout.
Tenir l’esprit vif et clair,
lorsque le monde vous envahit,
et ne cesse de vous instiller,
dans chaque pore de la peau,
un brouillard de fumée,
Rester debout.
Tenir éloigné de soi,
les doutes et les croyances,
les pensées envahissantes,
qui empêchent d’avancer.
Rester debout.
Tenir les mots
à sa portée.
Ne pas les juger,
ne pas les chasser,
ne pas les oublier,
les écrire debout.
Tenir le coeur amoureux,
le verbe beau,
la parole inspirante,
et le corps debout.
Tenir ce qu’il y a à dire,
Tenir ce qu’il y a à vivre,
Tenir debout.