1
Je dis oui au monde entre six heures et neuf heures du matin.
2
Supposons que je ne maitrise pas tout dans mon ordinateur ce qui est vrai. Supposons que je veuille parfois casser cet ordinateur ce qui est vrai. Supposons que mon ordinateur garde toutes mes données sans que je le veuille ce qui est vrai. Supposons que mon téléphone qui est connecté à mon ordinateur m’écoute ce qui est vrai. Supposons que mon téléphone connecté à mon ordinateur parlent ensemble ce qui est vrai. Supposons qu’un jour les deux connectés échappent à mon contrôle ce qui est vrai. Supposons qu’il n’y ait plus d’électricité et que je ne saches plus quoi faire pour téléphoner ou avoir mes documents ce qui est vrai. Supposons que je me retrouve sur le quai de la gare et que je me rendes compte que j’ai oublié mon portable chez moi et que pendant cinq bonnes minutes, je me tâte avec angoisse pour savoir si je dois retourner à pieds le chercher, rater mon train, mon rendez-vous, sous prétexte de ne plus savoir comment faire sans ce qui est vrai. Supposons que je ne retourne pas chez moi le chercher et que je sois dans le train à me persuader d’avoir confiance que je saurai aller au rendez-vous et prendre le métro sans mon portable ce qui est vrai. Supposons que je réalise à ce moment là de la folie dans laquelle je suis ce qui est vrai. Supposons que je me retrouve en pleine campagne dans un territoire que j’arpente depuis quatre mois et que je me retrouve face à un village qu’il faut contourner et que le GPS de la voiture me ramène toujours au même endroit ce qui est vrai. Supposons que je me retrouve toujours au même endroit incapable de contourner le village ce qui est vrai. Supposons que je sois incapable de me repérer mentalement sur ce territoire ce qui est vrai. Supposons que je commence sérieusement à m’inquiéter de mes incompétences ce qui est vrai. Supposons que je réalise que je ne les ai pas perdues mais que je les confie à des machines et non plus à mon cerveau ce qui est vrai. Supposons que je mesure le fait de ne plus connaître un numéro de téléphone par coeur ce qui est vrai. Supposons que je ne saches plus regarder la route ce qui est vrai. Supposons que je devienne bête, sourde et aveugle ce qui est vrai. Supposons que je décide de me reprendre en main et de ne plus laisser les machines me guider ce qui est vrai. Supposons que je retrouve le contrôle et que je me retrouve à nouveau ce qui est vrai.
3
La course de six heures du matin au bord de la plage de Trouville, personne, il n’y a jamais personne à cette heure, juste les vagues, le sable, l’aube et l’empreinte de mes pas, la course de six heures du matin dans la forêt de Fontainebleau, personne, il n’y a jamais personne juste le vent, les arbres, les branches qui craquent et parfois un sanglier apeuré, la course de six heures du matin dans les champs du Nord, personne il n’y a jamais personne sauf parfois une biche au lointain et pas encore de chasseur caché, la méditation de six heures du matin en Inde avec une foule d’inconnus et au lointain la mer, la douceur du canal à six heures du matin en pleine campagne et au lointain le soleil, le café crème et le croissant chaud de six heures du matin après avoir dansé toute la nuit, le premier métro de six heures du matin pour rentrer de Paris dans sa banlieue ou vice versa, le premier café de six heures du matin en regardant le premier jour de son premier né.
Pas de saudade, pas de véritable nostalgie, pas de mélancolie mais la douceur et la joie de l'heure merveilleuse des six heures du matin.
4
Supposons que le monde se transforme véritablement ce qui n’est pas vrai. Supposons que l’on abolisse les frontières pour que le racisme disparaisse ce qui n’est pas vrai. Supposons que nous nous aimions fraternellement tous ensemble ce qui n’est pas vrai. Supposons que nous devenions collectivement responsables ce qui n’est pas vrai. Supposons qu’il n’y ait plus que haine et amour nulle part ce qui n’est pas vrai. Supposons que la nature disparaisse entièrement ce qui n’est pas vrai. Supposons que nous soyons plus intelligents que nos animaux ce qui n’est pas vrai. Supposons que nous soyons grands ce qui n’est pas vrai. Supposons que nous soyons invincibles ce qui n’est pas vrai. Supposons que nous devenions invisibles ce qui n’est pas vrai. Supposons que nous soyons solidaires des uns et des autres ce qui n’est pas vrai. Supposons que les champs deviennent prés, que les étoiles cessent de briller, que les coquelicots soient bleus, que les nuages tombent à terre, supposons que le soleil soit froid, que les arbres se mettent à marcher, que les plantes chantent, que les fourmis aiment les éléphants, que les arc-en-ciels fassent pleuvoir, que le cri du rossignol transperce l’ouïe, supposons que les bébés parlent, que les vieux se taisent, que les humains se remettent en question, que la lune soit rose, que le vent se voit, que tout soit beau et tendre, ce qui n’est pas vrai, ce qui n’est pas vrai, ce qui n’est pas vrai.
5
Ce que je pensais savoir n’existe plus.
Ce qui me touchait me touche encore.
Ce que je voulais ne m’est jamais arrivé.
Ce qui m’a fait mal me le fait encore.
Ce que je regarde profondément n’indique pas que je le comprends.
Ce qui effleure ma peau est le même vent qui caresse les arbres.
Ce que j’aime n’est parfois pas réciproque.
Ce qui ne veut pas de moi m’est incompréhensible
Ce que je pensais être mes rêves n’étaient peut-être pas les bons.
Ce qui m’est arrivé m’était nécessaire.
Ce que je ne désirais pas s’est précipité vers moi.
Ce qui me frappe, c’est mon incompréhension.
Trop bien, je partage votre goût pour le 6 à 9 !
J’ai aussi beaucoup aimé ces ballades entre 6 et 9 et le supposons sur le voyage avec les objets oubliés qui résonne – les oublier et se retrouver Merci
Te lire et retrouver sa liberté, sa confiance et l’envie de se lever tôt.
Merci Clarence. Bravo pour tes « Supposons que », » tes six du matin » et tes « Ce que, ce qui »