Dawn

Rides en vaguelettes sur le front arrêtées par d’épais sourcils châtain clair. Paupières abaissées sur les yeux en creux. Menton tiré vers le haut. Bouton rouge vif parmi d’autres boutons. Bouche de tortue entrouverte sous le nez.

En son for intérieur : un tronc d’arbre — silencieux  échoué — léché par  les vagues — sur la grève — de galets — noirs que les vagues font — chanter— tronc — d’arbre amputé — de ses branches en attente — d’un flocon de lune.

Elle est assise sur un banc devant un pressing, regarde le feu qui passe du vert au rouge puis à l’orange au vert au rouge au vert orange au rouge rouge. Un homme sort qui tient à bras tendu un costume sous cellophane suspendu à un cintre. Elle se lève, le suit, traverse la rue, tout en marchant ouvre son sac en tissus, sort une brosse à cheveux, s’arrête devant la devanture d’une agence de voyage, pose son sac par terre, attrape une poignée de cheveux accrochés à la brosse, secoue la main, reprend son sac, reprend sa marche. L’homme qu’elle suivait a disparu.

Pourquoi il répond pas y’a de la lumière à sa fenêtre m’en fous marre d’être là pour eux tous marre d’attraper leurs puces pour un lit sous un toit fini tout ça tu m’entends toi là-haut fini vais récupérer mes gosses me les a piqués mes gosses vais les reprendre et toi là pauvre mec garde les aux pieds tes godasses c’est pour t’aider que je te dis ça tu vas te les faire piquer mec ils sont tous des chiens dans la rue pourquoi moi à m’occuper des autres me donner me dépouiller vais dormir où ce soir le bus prendre le bus et dormir fait chaud et ça berce je te le dis fini tout ça fini fatiguée à bout marcher debout vers Toi chanter c’est ça chanter « there’ll be peace in the valley for me someway there’ll be peace in the valley for me I pray no more sorrow and sadness or trouble will be… » hey mec fais gaffe à tes godasses toi aussi tu m’entends et toi là putain tu répondras pas t’as eu vite fait d’éteindre la lumière