fenêtre

C’est la fenêtre de la voiture hypersensible et silencieuse quand elle sent les gouttes diagonales la traverser sous la vitesse les jours de pluie et l’humide intérieur de l’habitacle qui sent la chaussette mouillée le fromage mais que cette odeur est rassurante les jours de pluie passés c’est la fenêtre arrière de la renault 21 dont la forme triangulaire gène la tête quand on est un enfant que l’on veut dormir et que la ceinture est trop serrée et par le carré où vitre baissée les tournoiements du vent s’engouffrent pour mieux respirer pour pas qu’il y ait trop d’humidité pour pas qu’elle soit trop floue de buée la vitre sait qu’elle doit disparaitre un peu pour laisser entrer le paysage par l’éclatante transparence du vent dehors c’est l’odeur des haies la végétation des jardins mouillés de la ville qui endort qui a tué l’amie de ta mère et d’autres encore son mari avait un cancer du cerveau et d’autres encore disparus aujourd’hui perdus de vue c’est elle qui conduit l’amie de ta mère Murielle sagace pimpante elle est drôle et effrayante comme une mère que t’aurais voulu avoir c’est la mère de Gabriel le meilleur ami du CM2 il fait des blagues assis à l’arrière il ne sait pas que sa mère va se suicider cinq ans plus tard dans sa crêperie bretonne à l’extérieur c’est la migraine en paysage ou comment la nature s’est enfermée dans les petites villes grises qui endorment ou comment les refrains ennuyeux de la littérature contemporaine sur les petites villes grises qui endorment se sont enfermés dans les paysages ennuyeux de l’extérieur imagine autre chose un jour de soleil la joie pure la voiture roule comme une fleur qui s’ouvrirait au ciel sur la route des vacances l’avant bras musclé de ton père qui frappe le volant au rythme du son pop rock rtl2 cette pause de la vie quotidienne scintille sur les haies des champs glorieux de soleil et cela te fait penser qu’il est impossible de ne pas être ailleurs pour le restant de ta vie quand on va à la mer c’est un joli don que fait le père de t’emmener à la mer quand il n’y a plus ta mère puisqu’il est divorcé et si pauvre du manque d’amour faire comme si la joie était quand tu es avec lui par secours pour la joie pour faire comme si la campagne à toute allure et cette partie de nous dans la voiture protégée par l’habitacle vitré en dehors du temps en dehors de l’angoisse des petites villes des sous-préfectures les visions défilent si vite que tu n’as pas le temps d’en faire la description à travers la fenêtre seulement l’image de ceux qui t’ont conduit qui à moment donné sans le savoir ont donné le meilleur d’eux même tu leur dirais tu vois cette image que j’ai de toi conduisant telle resplendissante dans l’éternité de l’habitacle ils répondraient mais non regarde je suis une vieille mémère un vieux pépére tout décrépi alors tu éviterais d’évoquer leur mort parce que comme tous mort ils ont leur coquetterie comme tous mort leur désir de plaire est grand et leur séduction opérante pour l’éternité alors tu leur dirais la joie c’est par la joie que j’ai compris les règles du jeu c’est par la joie que j’aime la cruauté du dehors par le visage enfantin des éternels béats hypnotisés que j’aime le paysage et le paysage serait passé sous silence. 

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