L #6, mon jeune homme n’a pas encore de nom, il attend

C’est très con qu’il ait changé de polaire au dernier moment, les clés de l’appart sont restées dans la veste d’hier, Sandrine rentre dans une heure, y a qu’à… Heureusement le square est tout près, heureusement il fait doux ce soir, le banc a séché après la pluie, ça sent doux sucré le mélia, Sandrine a appris le nom de l’arbre hier, il a regardé sur Wiki, ça veut dire frêne en grec, en tous cas c’est élégant. Une tourterelle s’y est refugiée et roucoule, c’est agaçant cette répétition, il a peu voyagé mais partout le même cri, paraît que les oiseaux aussi ont des accents, il n’a pas remarqué. Elle est où Sandrine, elle l’a pas dit, juste je rentre dans une heure. C’est bizarre depuis qu’ils sont arrivés ici, comme un vide pourtant tout semble pareil, elle parle peu, en tous cas bien moins qu’avant. Pour une fois qu’il rentrait plus tôt, qu’il voulait raconter qu’on lui avait laissé entendre que son poste pouvait bouger, qu’il pourrait être responsable de la programmation des deux salles, bien sûr ça lui ferait plus de boulot, beaucoup de paperasse, il n’aimait pas bien ça, mais au moins elle ne pourrait pas dire qu’il était toujours la tête dans les nuages des films, qu’il n’avait pas les pieds sur terre, que la vie c’est tout sauf le cinéma. Toujours l’impression qu’elle le prend pour un gamin. C’est bête tout à l’heure à l’annonce il n’a pas posé de question à Jean-Paul, ni sur les horaires, ni sur le salaire, peut-être qu’il a trop montré qu’il était juste content… Pas le don de son père pour l’impassible…

A propos de Mireille Piris

Toujours un lien avec l’écriture dans ma vie de comédienne, chanteuse, animatrice culturelle, psychodramatiste, formatrice conseil. L’art reste le fil conducteur dans la vie d’après qui alterne écriture peinture photographie. Comme dans un recueil de nouvelles, Une étrange modernité, paru chez N & B, où il se mêle au destin de quelques cabossés de la vie. (Auparavant chez le même éditeur, Boulevard des orangers, évocation de l’Algérie dans l’enfance et l’adolescence) Particulièrement sensible au dernier atelier Prendre. Toujours en chantier parallèle des nouvelles et un roman… Peur de la dispersion mais curieuse…

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