#L4 – Sentimenthèque, une vie immatérielle et pourtant ils sont bien là.

Commencement par le milieu. Entre les étagères et les cartons. Ceux qui sont sous la main et ceux qui ont disparu.

Les livres.

D’Azam, la langue écorchée vive vite s’fraye un chemin parmi les voix-magnétophones à enregistrer ce qui nous hante et puis s’oublie, performance d’après-midi, d’un coup le noir complet, souvenir intact là même si performance non retrouvée.

De Beckett, Molloy les cailloux dans la poche et c’teu combinatoire, fascinants spectres en tuniques couleur déboulent au plateau, mouvements-trajets tous épuisés.

De Chedid, l’Autre puis les poèmes.

De Collé, je traverse, sur le fil, ces espoirs brisés et un jour cet élan vital retrouvé,quelque chose en suspend semble avoir défié toute gravité.

De Dickinson, sa lettre au monde, poésie discrète et beauté infinie, un héritage à transmettre.

De Duras, toujours du petit frère *** l’éternité

De Gellé, les mots qui tiennent et ceux qui ont tenus // la petite fille aux allumettes, les boiteries d’infortune // les mots qui m’ont retenu·e /

et ceux qui à voix haute en ont touchés d’autres.

De Juarroz, le poème jamais terminé, les falaises, la musique et la pensée qui n’est pas pensée mais ondule, et le voyage composé aussi d’avec les pas déjà oubliés.

De Koltz, les mots-astres tournoyant, ooooo condensés tout à coup échappent aux forces centrifuges.

De Machado, el caminante et le chemin encore et encore, les mots n’attendent que nous.

De Maréchale, le tournoiement, la trajectoire faite d’éclats, de bris, d’élans de survie, fragment après fragment — être flou se recompose jusqu’à se reconnaître en quelqu’un·e d’autre, double extirpé des profondeurs d’un corps-histoire mu par un désir-délivrance.

De Nelson, le récit qui claque, lecteur·trice qu’on embarque sans crier gare, l’autofiction et ses bouts de théorie dans le texte, composition de soi aussi avec les mots des autres, défiant les formes ou rejouant les attentes.

De Sand, la légende, les habits d’hommes empruntés et le souvenir d’une complicité adolescente, jeunes gens debout dos au tableau sommés de lire entre les lignes du jeu mondain.

De Smith, les feuilles d’automne, le lac gelé, ces vies artistes, le souffle poétique et la photographie à la mort maintes fois confrontées.

De Riboulet, les pluies diluviennes, le Monastère et l’écriture sans cesse ressassée.

De Rilke, les ruminations de Malte, les questions scandées, « Est-il possible… ? » « Oui c’est possible »..

De Roffé, les sortilèges à rompre avec les sonorités de la langue argentine.

A propos de Aleks A.

Retardataire

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