#L7 NOTES À PROPOS D’UN LIVRE POTENTIEL

(c) lise sarfati
Codicille : J'ai écrit ceci à partir de notes émaillant mon carnet d'écriture. Ce sont d'abord et avant tout des notes pour moi-même (pour écrire "noir sur blanc" mes envies et idées). Ai hésité à les donner à lire ici sur le blog. Puis me suis dit : "pourquoi pas ? ça peut-être bien de donner à lire la "mécanique", des raisons pour lesquelles on écrit comme ceci ou cela". Bref : par avance merci à celles et ceux qui en liront un bout. Vous embrasse toutes et tous.

NOTE SUR LE C_U_B_E   N_O_I_R   ET SUR LE_PARADIS_PERDU DE JOHN MILTON

Depuis le temps que j’essaie de suivre les ateliers d’hiver et d’été de François, ceci sera la première fois que je répondrai à une des propositions sans avoir regardé la vidéo. La regarderai, peut-être, après avoir répondu. Le descriptif présentant la proposition suffisant, P_A_N !, à déclencher quelque chose, à faire bouger quelque chose. Me contentant, dès lors, de cela. Me disant tant pis. Tant pis si je loupe une subtilité capitale. Ne lirai même pas les docus d’appui. Tant pis aussi.

C’est qu’il y a, dans le descriptif du livre d’Éric Pessan, cette idée de “vivre un an avec un livre” et ça, ça ça : ça a suffi à, P_A_N !, déclenché l’écriture de ces quelques pages de “journal d’écriture”. Journal pour soi et, peut-être, pour les autres mais d’abord journal pour moi-même. Façon de faire le point. De préciser, d’abord et avant tout pour moi-même, le “cadre”. De réduire le projet de livre (si livre un jour il y a) à quelques éléments, un minimum (pas plus), qui me seraient essentiels.

Mais avant toute autre chose, d’abord dire que je suis revenu une fois de plus aux ateliers de François en croisant les doigts : en espérant que, cette fois-ci, j’arriverai au bout du workshop. Ne devrai pas, une fois de plus, le laisser (je dis toujours “provisoirement” mais mon œil mon œil mon œil : je me connais, me laisse trop facilement emmener dans le “tourbillon de la vie”, n’ai pas de véritable volonté : suis une calamité !). Et, dans cet état d’esprit-là, j’ai commencé l’atelier avec une énorme envie : celle de reprendre, repartir plutôt, d’une notion qui m’était venue en tête lors d’un workshop précédent : l’idée que l’écriture ne serait pas affaire de pages blanches à remplir (ou d’écrans à remplir) mais de C_U_B_E   N_O_I_R, d’espace noir & mental dans lequel nous, autrices et auteurs, on projetterait des images, pas des scènes (d’abord pas des scènes) mais des images parcellaires, imprécises, floues, fragments de mondes, réels ou fantasmés, venus d’on ne sait pas d’où (leur origine n’a pas d’importance, ce qui nous lie à eux n’a pas d’importance), il “suffirait” alors (tu parles !) de “suivre” ces projections, de les décrire, d’affiner la mise au point, de noter ce à quoi elles nous font penser, ce qui nous vient en tête (et sous les doigts) à l’instant où nous écrivons pour faire, P_A_N !, texte (pas livre : juste texte), des images pareilles me venant, quant à moi, en tête souvent accompagnées de paroles, de flots de mots déversés à toute blinde par des êtres énigmatiques, fantômes humains, esquissant un geste (guère plus), présences vides apparaissant (finissant toujours par apparaître) très rapidement en fait, souvent dès le début, dès que j'”allume” mon C_U_B_E   N_O_I_R personnel et intime. Présences fantomatiques débitant tout, à toute allure, ayant toujours quelque chose à dire. 

Et dire encore, c’est important pour moi de le dire, ça me tient à cœur de le dire, que, personnellement, je suis revenu une fois de plus aux ateliers de François après un an et demi (si pas deux ans) d’écriture hyper contraignante, un livret d’opéra (et ce n’est pas fini encore) m’ayant emmené dans des eaux sur lesquelles jusqu’ici je n’avais jamais vogué : écriture suivant un canevas très précis, un plan, scénario très précis, jouant avec trente-six mille couches à intégrer, des fois au chausse-pied, dans des cases, scènes ou séquences, minutées à l’extrême, demandant de jongler (jouer) avec des matières scientifiques, techniques, philosophiques, mythologiques et métaphysiques pour lesquelles, a priori, je n’avais aucune affinité (aucune aucune) et pour lesquelles, pourtant, je me suis pris de passion (je le reconnais), tant écrire pour soi, chez soi, est une chose et s’inscrire dans un projet de création collective en est une autre, requérant un autre état d’esprit, d’autres routines et outils d’écriture, passant alors un an et demi (si pas deux ans) à m’inventer d’autres outils, me forçant à me forger une autre manière d’écrire, me demandant des fois pourquoi j’avais accepté cette commande, pourquoi j’étais rentré dans ce projet qui, des fois, me corsetait à l’extrême, et d’autres fois m’y plongeant avec délice, vraiment, dès que je retrouvais “du jeu”, la possibilité d’improviser, d’inventer de la langue et d’inventer en langue, malgré le terrible carcan. Etc.

Et encore dire : c’est avec ça en tête, exactement ça, que je suis revenu aux ateliers de François : envie de souffler, de “prendre congé de l’opéra”, pendant trois ou quatre mois, de retrouver une écriture libre, sans contraintes, allant dans tous les sens, sans projet particulier si ce n’est celui du rien, simple concept de C_U_B_E   N_O_I_R.

Et dès la première proposition de François, j’ai eu un livre en tête. Pas un livre à écrire mais un livre lu pour l’opéra. Et c’était L_E   P_A_R_A_D_I_S   P_E_R_D_U de John Milton, un vieillerie, jamais lue auparavant et qui m’a bouleversé, profondément, l’année dernière, traduit par Chateaubriand, dans une langue française qui transporte, à mille lieues de ce que je lis spontanément, histoire revisitée de la Genèse et de la chute des anges, des merveilleux anges que furent Satan et Belzébuth et tous les autres frappés par la justice divine. Etc. Toutes et tous on connaît cette histoire. Et la force de Satan, cette énergie à ne pas se laisser abattre, à reprendre le combat (qu’il sait pourtant perdu d’avance, non ?), le cœur qu’il met à inciter les anges déchus, son armée, à se relever, à repartir avec lui au combat, le livre commençant juste après la pichenette, le doigt crapuleux de Dieu les ayant – V_L_A_N ! – déchus, faits chuter dans le noir, dans la suie poisseuse et poussiéreuse. Et, pour répondre à la proposition de François, j’ai fait arriver quelqu’un quelque part et c’était dans le noir, dans un train plongé dans le noir, et c’était sur le plancher du train, dans la poussière du train, et c’était quelqu’un qui, dans ma tête, était Sat (ou Satan) (ou Bel) (ou n’importe quel ange déchu). Et l’envie m’est venue de faire un livre (ou un texte) qui serait comme un remake, un remix, quelque chose issu du P_A_R_A_D_I_S   P_E_R_D_U, une affaire de monde noir ou d’histoire se déroulant dans le noir. Une affaire humaine, très humaine, de chute et de relève. 

Et, le livre de Milton, je le garde en tête comme un garde-fou, une façon de ne pas perdre pied, d’avoir quelque chose en tête, non pas un modèle mais un livre image, un texte de ma bibliothèque auquel me référer. Un début de cadre. Une façon de cadrer l’écriture. Rien d’autre. Une façon de ne pas oublier qu’au-delà, en-deça, par-delà, une histoire à raconter, il y a, chez moi, le désir, surtout, de “faire sonner une langue”.

Désir, dès lors, dès le début du workshop et persistant jusqu’à maintenant, non pas d’agencer les événements du récit dans un scénario au cordeau (merci, j’en sors) ni de me limiter à décrire de façon réaliste les faits et gestes et le psychologisme de quelques personnages clés dont on suivrait l’aventure mais désir d’inventer une langue qui soit libre, simple, minimaliste, débarrassée, au maximum, des carcans, de ce qui me semblerait faire carcan, contraindre (une fois de plus) mon écriture. Désir de poser une bombe. De faire exploser les choses. De les réduire en petits grains miroitant dans un rayon de lumière. Me fichant bien, dans le fond, de faire livre. Reportant, le plus lointainement possible, l’idée de faire livre, d’assembler les éléments du puzzle. Ne cherchant même pas à faire puzzle. Désirant juste écrire. Laisser librement mon esprit vagabonder. 

REMARQUE (1) : Je connais parfaitement les “périls” de l’écriture libre : les fois où, dans le passé, je m’y suis adonné, elle n’a mené nulle part, si ce n’est à un grand découragement, une lassitude me donnant envie de tout arrêter. De foutre à la poubelle mes vieilles envies d’écrire. 

REMARQUE (2) : Je connais aussi les périls de l’écriture sous plan parfait, préétabli : ça tue mes élans, mes intuitions. Ça ne me permet aucun “jeu”. Ai besoin de jouer. D’expérimenter. De tenter des choses que je n’ai jamais faites. De tester des outils. De m’en inventer des fois. Plaisir enfantin de me perdre (m’oublier) dans un jeu.

REMARQUE (3) : Le monde n’a aucun sens. Le monde nous advient (et nous advenons au monde) via nos sensations, connaissances, pensées, fulgurances, émotions, constructions logiques ou illogiques, agencements, etc. Le monde nous advient et nous advenons au monde de façon désordonnée, proliférant, chaotique, sans aucun sens. Personnellement, Il est absurde (destructeur) de vouloir rendre compte exhaustivement du monde qui m’entoure et de la manière dont j’y adviens. Je sais que j’en perdrais la tête. Je me découragerais. Aurais envie de tout balancer. Tout arrêter. Ai besoin de cadrer le travail. De me doter d’outils me donnant comme une ligne de conduite. Ai besoin de me créer un appareillage, une “machinerie” apte à me faire capter quelque chose du monde et de la façon dont j’adviens au monde. Histoire de ne pas perdre pied. Emporté par le chaos du monde. 

REMARQUE (4) : Je sais que cet appareillage ne peut pas être un scénario, un “plan” préétabli. Pas assez de “jeu”, là-dedans. Trop intellectuel. Pas assez de “corps”. Pas assez d’élans. À quoi, dès lors, pourrait ressembler un appareillage issu du C_U_B_E   N_O_I_R et du P_A_R_A_D_I_S   P_E_R_D_U de John Milton et permettant le jeu ?

NOTE SUR LES INONDATIONS ET LES TERRES EMPORTÉES PAR LES BOUES

Et contrairement aux autres années, aux autres workshops, je me suis interdit de “construire” tout de suite un appareillage. Ai décidé de laisser faire François. Ai suivi son judicieux conseil : écrire, juste écrire, ne pas trop vite assembler, fut-ce mentalement, les fragments naissants. Laisser les choses se faire d’elles-mêmes. Voir où cela, ce jeu-là, mènera.

Et puis : P_A_N ! P_A_N ! & P_A_N ! : ici, par chez moi, dans la région où j’habite : les fleuves et les ruisseaux ont débordé et des quartiers entiers ont été inondés et c’était comme une chute et nous sommes toutes et tous, maintenant, comme des anges déchus, engoncés dans les boues, vivant la peur au ventre dès que la météo annoncerait un peu de pluies fortes et j’ai répondu à la proposition 6 en parlant de cela, rien que de cela, me fichant de parler de solitude, préférant répondre avec ce qui m’entoure, les événements qui m’entourent, les drames qui m’entourent, les paroles des unes entendues à la radio, les choses, situations, que des amis m’ont décrites et c’était évident : nous sommes ces anges déchus, ces Satan et Belzébuth et nous tentons de nous encourager à poursuivre la lutte, à cracher dans nos mains. Certains d’entre nous refusant de se laisser emporter par les boues. D’autres se laissant aller.

Et cela m’a donné, me donne l’envie d’écrire des textes, sans liens pour l’instant, gravitant autour de la catastrophe, mettant “en scène” la catastrophe ou plutôt : l’après-catastrophe (comme dans L_E   P_A_R_A_D_I_S   P_E_R_D_U) : on se situe après la chute, dans le chaos de l’après-chute. On est avec Sat. On est avec Bel. On rapporte, chaotiquement, sans agencement pour l’instant, des propos tenus par Sat, des propos tenus par Bel. On se fiche de savoir si ceci “fait histoire” (pas envie de psychologie à deux balles) (pas envie de construire un récit, une fiction au cordeau). On est après les coulées de boue. Après les inondations. Ça ne rapportera pas ce qui s’est passé ou ce qui se passe. Ça parlera des impacts humains. Des impacts émotionnels. Des élans et envies bonnes et positives. Ou mauvaises. Archi-mauvaises. Il n’y a que ça qui m’intéresse.

REMARQUE : En réponse à l’une des propositions de François, dans les livres “matrices” de ma bibliothèque, je me rends compte que la plupart donnent à lire des “récits” ou “fictions” explosant les cadres spatiaux, linguistiques, narratifs et temporels. Écriture se faisant plus libre. Ai besoin de cela, là, maintenant, tout de suite. Comme une urgence. Un truc à faire, là, maintenant, tout de suite.

NOTE SUR SOPHIE PODOLSKY ET MONIQUE WITTIG

Dans les livres “matrices”, il y aurait pu y avoir LE_PAYS_OÙ_TOUT_EST_PERMIS de Sophie Podolsky. Livre d’écriture archi-libre. Livre datant du début des années 70. Unique livre (quasi) de Sophie Podolsky, morte très jeune, à 21 ans. J’avais oublié ce livre, le choc qu’il avait provoqué quand, pour la première fois, à 17, 18 ans, je l’ai lu. L’enchaînement de ces pages écrites à la main ne développant ni poésies ni récits, se contentant d’aligner, à toute vitesse, sans souci logique, une pensée puis une autre, une sensation, une scène vue, un truc lu ou entendu à la radio, une scène de la vie communautaire, une diatribe contre la société de contrôle, un plaidoyer pour l’usage libre des drogues, du sexe, etc., me faisant l’effet, à l’époque, d’une écriture de folle ou de foldingue, ne sachant pas quoi en penser. N’en pensant rien. Me laissant traverser. Juste traverser. Bouleversé ci et là par des fulgurances. Ne gardant en mémoire, des années après, que cela : les fulgurances. 

Ne souhaitant, là, maintenant, tout de suite, qu’écrire comme ça : à l’instinct. Juste en suivant un cadre. Un appareillage fait de Milton, Podolsky, de C_U_B_E   N_O_I_R, d’anges déchus, de chutes, d’inondations et de Monique Wittig : pas de “héros” ou d'”héroïnes” chez Monique Wittig. Juste un élan collectif. Une vie collective. Un nous. 

NOTE SUR LA GRAMMAIRE ET SUR LE PASSÉ SIMPLE 

Mon envie (mon besoin) : tâcher d’écrire la chute des anges = = un récit collectif raconté par tout le monde, les “anges” (les “humains”) prenant la parole, tenant tour à tour (comme dans Faulkner, dans le fond, cfr. une autre des propositions de François) des propos non pas en vue de “raconter quelque chose” ou “faire récit” (faire “fiction” ou “roman”), le livre se donnant (sans le dire) comme une compilation, “simple” compilation, de ces “propos tenus dans le noir et dans les eaux” (titre – provisoire ? – de l’affaire). 

Mon envie (mon besoin) encore : faire sauter la logique grammaticale, le ronron bien huilé des personnes grammaticales : il n’y aura pas un je s’adressant à un tu, un il défini agissant avec un elle défini, etc. N’importe pouvant devenir il, n’importe qui pouvant faire elle, jouer à elle (ou à nous), etc. Ce qui compte : l’élan brut. La tentative d’écrire quelque chose (livre ou pas, on verra) (texte, en tout cas) comme une impro musicale. Instinctive. Partant d’un cadre précis mais léger. Peu contraignant. Envie de souffle. D’énergie. D’écoute. Envie de suivre ce qui naît. Et si rien ne naît, pas grave. Envie d’être libre.

Recours au passé simple aussi (au si décrié passé simple) : envie d’inscrire ce texte dans la tradition ancienne. De “déréaliser” ce texte. Qu’il sonne comme un texte ancien. Dépassé. Recours, dès lors, au passé simple. Rompre avec l’illusion du réel. L’illusion du présent. Tâcher que quelque chose “d’animal” passe malgré le passé simple, le si décrié passé simple. 

NOTE SUR JEFF NOON ET LES REMIXES

Dans mes livres “matrices”, j’ai pointé COBRALINGUS de Jeff Noon. Livre “technique”. Livre montrant des façons de détourner/remixer des textes, syntagmes, idées, etc., préexistant. Envie, ici, de m’y remettre plus que jamais. De détourner/remixer plus que jamais des textes/livres/paroles/etc. qui ne sont pas les miennes. Les utiliser comme des “samples”. Des échantillons sonores à transformer. Les faire passer à la moulinette de mon appareillage : Milton/Podolsky/Wittig/CUBE_NOIR/passé simple/racontouze “enfantine” (usage excessif de l’esperluette)/catastrophe passée/usage (pour le fun) de pédales d’effet en vue de dire ou lire – performer ou improviser – des textes dits en public/goût des textes labyrinthiques/compilation (mais par qui ? mais par quoi ?)/narration non narrative/etc.

REMARQUE (1) : Pour avoir une chance que cela “marche” : être poreux = = être à l’écoute de ce qui se passe, de ce qui pourrait, d’une manière ou d’une autre, s’agencer à l’ensemble : paroles entendues au hasard, à la radio, dans la rue, le métro, bouts d’articles, syntagmes de livres ouverts au hasard, paragraphes à mixer, etc. Pour que cela “marche” : garder en tête le “projet”, ne jamais l’oublier totalement. Vivre avec lui. Ne pas se mettre de pression. Ne pas vouloir agencer. Se contenter de compiler. D’écrire des fragments. Ne pas chercher à assembler aux forceps. Les choses s’assembleront ou ne s’assembleront pas. On verra.

REMARQUE (2) : Pour que cela “marche” (peut-être) : prendre dans ma bibliothèque des livres d’auteurs où puiser des syntagmes. Inventer/improviser, sans souci de cohérence trop forte, des phrases qui tuent ou des phrases énigmatiques. Les attribuer “à certains d’entre nous” ou “à d’autres”. Les assembler dans des textes pas trop longs. Les doter d’un titre : PROPOS DE SAT ou PROPOS DE BEL, etc.

REMARQUE (3) : Remixer aussi des textes lus sur le web. Des poèmes lus sur le web. Des textes écrits par des autrices auteurs de l’atelier. Reprendre des textes aussi (peut-être) écrits lors d’autres ateliers de François mais que je n’ai ni repris par ailleurs ni poussés jusqu’à leur bout. Les remixer, alors, suivant mon “appareillage”.

REMARQUE (4) : Le premier but de tout ceci : non pas de faire livre mais d’accumuler de la matière et creuser une façon de faire. Y prendre plaisir (mais oui, pourquoi pas ?). “Jouer” en tout cas.

REMARQUE (5) : Créer des ruptures. Ne pas juste compiler ou me focaliser sur la chute. Crainte, s’il n’y a pas de rupture, de retomber dans la contrainte. Dans “l’obligation de faire”. En relisant mon “journal d’écriture” (des notes éparses émaillant mon “carnet d’écriture”, juste pour ne pas oublier les idées), je pointe ceci (ruptures possibles) : 1) épitaphes des mortes & des morts (façon SPOON_RIVER) (autre livre, dès lors, intégrant l’appareillage) (42 épitaphes, une pour chaque morte, chaque mort de ma région) ; 2) un discours aux rats ou pour les rats (un discours s’adressant aux rats) ; 3) soigner les transitions (“& tandis que ceci ou cela, ceci ou cela, etc., certains d’entre nous se levèrent de table &, etc.”) ; 4) avoir de “grands” récits chronologiques (quelques-uns) (arrivée en train, cfr. propositions 1 & 2, par exemple, ou récits dans mon carnet et pas repris sur le blog “tiers livre”) ; 5) idée de ce matin : les “ROUTINES DE FLORA FIONAVSKAYA” = = 5 “routines” écrites pour puis dites à la radio, écrites puis dites à la radio par Flora Fionavskaya, recopiées mot à mot par “l’un d’entre nous”, récits quasi mathématiques de scènes dérisoires, vues ou pas vues en rue, récits (ou fictions) échappant au canevas, à l’appareillage  ; 6) etc. (j’espère) (suivre, en tout cas, les idées au fur et à mesure qu’elles viennent – si elles viennent –, ne pas se contenter de ce qui est déjà venu, être en perpétuel mouvement).

REMARQUE (6) : S’inspirer aussi des photographies russes de Lise Sarfati. Les intégrer dans l’appareillage.

REMARQUE (7) : Lire un jour quelques-uns de ces fragments en public.

A propos de Vincent Tholomé

Auteur performeur, biodégradable, biodégradé, s'enduisant l'été abondamment de crème solaire, multicouche l'hiver, rasant les murs l'automne parce qu'il craint le vent et les tempêtes, heureux comme une plante au printemps. Ses derniers livres ? MON ÉPOPÉE (Lanskine éditions) et QUARANTE JOURS DANS LA VIE DE ROCCO MCCALL (Maelström Réévolutions). Travaille actuellement à TERRES RARES, le livret d'un opéra qui, croisons les doigts, verra le jour en avril 2022. Un site ? http://uranium.be/monepopee/ consacré au livre éponyme et réalisé avec Gauthier Keyaerts, comparse dans le duo sono-verbal VTGK. Voilà. C'est tout pour aujourd'hui.

10 commentaires à propos de “#L7 NOTES À PROPOS D’UN LIVRE POTENTIEL”

  1. Energique. Débordant de vitalité forcenée. Est-ce que tu connais “La vie et les opinions de Tristram Shandy” de Laurence Sterne, trad. de Guy Jouvet, édité par Tristram ? Pas du tout ton écriture mais un récit décousu de plus de 900 pages. Un régal. L. Sterne disait “Il faudrait savoir à la fin si c’est à nous autres écrivains de suivre les règles_ ou aux règles de nous suivre !” …

    • oui oui ! je connais ! j’adore ce livre ! merci de me le remettre en mémoire, Louise ! et merci merci de ton commentaire ! la folie des parenthèses qui s’ouvrent sur d’autres parenthèses et le fait de retarder à l’infini l’histoire que soi-disant Sterne veut nous raconter, un vrai régal !

    • Figure-toi, Isabelle, que ça m’a fait un peu cette impression : écrire ce truc, c’était un peu comme préparer ses bagages avant de partir pour un long long trip dans l’Himalaya ! Comme vérifier si on avait tout ce qu’il faut : chaussures au top, slips en suffisance, anti-moustiques, baume pour les lèvres, lunettes pare-soleil, gants, copie des papiers, dico français-langue du coin, etc. biz biz et grand merci d’avoir lu !

  2. je crois que je comprends pas mal de choses de ce que tu dis,Vincent, je recopie mes notes d’hier ( dans le train pour Hanovre):

    construire des images pour peupler sa mémoire

    détacher un bout de monde, un bout du monde, tenter de le mettre dans ce qu’on dit

    ATOPOS/ ATYPIQUE

    • Hello Ana, a bin, bien bonne route pour Hanovre ! Hâte de lire tes notes à toi ! Avoir ton regard à toi sur l’écriture, tes doutes, désirs, rêves ! Oui, construire des images pour peuples sa mémoire, avoir ainsi un petit semblant de maîtrise, une petite impression qu’on tient, des fois, les rênes !

      Ça donne un “truc-machin” sans lieu précis, sans centre précis mais, si possible, “diablement” (si je puis dire ! hihi !) traversé par ce qui nous fait tenir debout (bon : ça ne réussit pas à chaque fois, hein, et même ça réussit rarement mais ce n’est pas grave : pour paraphraser Beckett : tout ce qu’on peut espérer c’est de rater la chose de mieux en mieux ! Haha ! Je t’embrasse)

  3. C’est vraiment curieux, j’ai souvent beaucoup de mal à lire tes textes depuis le début de l’atelier, la forme me saute aux yeux et m’arrête dans la lecture (tu disais, il me semble, peut-être ont-ils vocation à être lus à voix haute). Et pourtant, cette “explication” de texte là, je n’ai eu aucune difficulté à la lire d’un bout à l’autre avec beaucoup d’attention et d’intérêt. J’y entends une autre voix incarnée différemment. Peut-être aussi suis-je une lectrice paresseuse, quoiqu’il en soit une belle visite que celle de cette salle aux machines. Et voilà que soudain, alors que le texte ne renvoie pas du tout à de telles références, je pense à cette étrange petite maison nichée au coeur de Paris : la soufflerie de Gustave Eiffel.

    • Yep ! Bien vu, Marion : c’est bien deux textes/”livres” différents ! Pour tout te dire : j’écris/prends note dans un carnet grand format, à la main. Et, dans ce carnet, il y a, d’une part, comme un “journal de bord” (j’y note mes envies, questions, intentions, idées, etc., par rapport au “texte de création”) et, d’autre part, il y a les “brouillons” des textes de création. Ici, en L7, j’ai repris des notes de “journal”. Du coup, la langue y est différente, complètement. Mais pour ce qui est de lire les textes “de création” : rassure-toi : tu n’es pas du tout une lectrice “paresseuse”, je pense : ce sont mes textes qui sont “illisibles” : j’ai tellement envie, ces temps-ci, de faire exploser les carcans que, basta, je me fous pas mal qu’on les trouve “jolis” ou “bien écrits” : du coup, mm, j’y vais peut-être un peu fort, parfois, mais “si suivre un atelier ne nous pousse pas à expérimenter des trucs et à oser le faire, à quoi ça rime d’en suivre un ?” je me dis… bref bref bref : un tout tout grand merci à toi d’avoir essayé et d’essayer encore de les lire, ces textes de création pas fastoches à lire ! haha ! grand grand merci, oui ! je t’embrasse et belle journée à toi !

  4. Je trouve ce texte très inspirant, Vincent, et ta démarche radicale toujours vivifiante et comme dit Marion T portée vers l’oralité (et si pleine de bravoure) . De t’avoir vu dire tes textes à la Maison de la Poésie je me souviens d’une pleine évidence, aucun problème dans ce contexte d’entrer dans ton monde (Novarina, Tarkos et Beckett me font le même effet), de m’y sentir chez moi comme s’il m’était plus aisé de renoncer à m’enrouler dans un récit dans cet expérience de l’oralité, alors que livre en main c’est autre chose qui appelle… Je ne sais pas s’il s’agit de paresse (le diseur soutient) ou de support… et dans l’écriture, même écartèlement encore renforcé par ces ateliers, véritables cours de stretching de l’écriture ! Vais finir au moins plus souple 😉

    • hé ! salut Catherine ! grand grand merci pour ton retour et pour tes questionnements : ils sont très justes et très inspirants aussi ! ce “décalage” entre versions “papier” (ou écran) et version “live”, entre l’évidence de l’oralité et le cassement de tête de l’écrit, ça me parle énormément, oui : j’y pense à chaque fois que je me mets à écrire, tu sais ! et, comme tu dis, les ateliers de françois sont des stretchings qui nous poussent, toutes et tous, à aller plus loin ! des occasions, uniques en leur genre, d’élargir nos envies, nos palettes ! bref : merci de ton retour, oui ! je t’embrasse !

Laisser un commentaire