#la fabrique | Emilie Marot, tenir debout avec Albane Gellé

Modeste pierre à l’édifice mais ce contre-don me tient à cœur !

La proposition est un écho au magnifique recueil d’Albane Gellé, Si je suis de ce monde (Editions Cheyne, 2012/13/18), qui accompagne à l’origine une exposition, Tenir debout (Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, 2011). L’art comme acte de résistance aux épreuves et à l’adversité.

Quelques extraits :

Tenir journal de ses jours combats livrés ou siestes sable de rivière noter bruissements agitations en dehors de la maison inventorier les nuits sans lune tous les étourdissements debout.

Tenir en respect monstres épines malgré nos tailles minuscules boîteries pansements chaque coin de rue les jambes en attendant debout.

Tenir des livres dans ses bras voyagés là posés plantés poussant du sol piles renversées égratinées paquets de phrases portées debout.

Tenir parmi verres brisés une cigarette et sans béquille échappée belle à tout autour qui dégringole et un boucan dans les oreilles tête baissée marchant debout.

… (difficile de choisir…)

La proposition

A votre tour, vous allez maintenant écrire votre « Tenir debout ». Comme Albane Gellé, vous devrez commencer votre texte par « tenir » et le conclure par le mot « debout ».

Variante pendant le confinement : finir par “confinés” / “confinés mais debout”. L’idée alors était de partager le vécu du confinement. Comment on tient…ou pas ?

Exemples de production d’élèves (lycée) :

Texte collectif (les “tenir..confinés mais debout” bout à bout) :

TENIR à l’écart, les autres, le monde, s’emprisonner chez soi comme soudainement pris d’agoraphobie, se couper du monde physique, d’un monde familier pour se protéger soi, pour les protéger eux, pour nous protéger nous, espérer les jours meilleurs, rayons de soleils, larmes de joie, vision d’espoir, frissons d’amour sans le banc du parc pour se soutenir à une certaine distance s’abstenir de voyage car il faut tenir loin de l’hôpital – mes lèvres sèchent l’espérance – tenir fuir silence tout s’étend tout t’attend, rester éveillée jusqu’à très tard ou alors très tôt, les yeux rivés sur un petit écran dans le noir, le cœur affolé par l’action d’un contenu divertissant, avoir conscience qu’il est tard et avoir très envie d’arrêter le temps, ne pas être raisonnable et s’amuser dans le noir encore un moment, avec sa manette, on tire des ficelles tantôt de chair, tantôt virtuel, on vient à bout des adversaires parfois alliés venant de tous les coins de la Terre ensemble, à travers un autre monde, univers parallèle à la fois limité et infini, on crée un contact partiel voire éternel entre les branches d’un arbre toujours plus sage dans un rêve d’espoir étrange, se réveiller doucement, ouvrir les yeux lentement, sortir du lit tendrement, les pieds sur un sol glacé par la nuit encore CONFINES mais DEBOUT.

Aaliyah, Valentin, Gaïa, Alexia, Fabien, Lauryn, Alice.

Tenir confinés

Tenir au loin les envies, les plaintes d’un cœur dont le besoin de liberté ne cesse de grandir. Fermer les paupières des yeux qui veulent voir, boucher les oreilles qui rêvent d’entendre. Mettre tous ces rêves dans une boite et les garder confinés.

*

Tenir ouverte la porte de la lumière laisser l’optimisme et l’espoir inonder nos vies pour pouvoir rester confinés.

  *

Tenir la pose, aussi inconfortable soit-elle et mettre tout sur pause. Rester en attente et regarder les jours défiler et le calendrier perdre de son sens. Garder l’équilibre car de toutes façons on est confinés.

*

Tenir le vent en poupe mais ne naviguer que dans des eaux limitées. On nous demande d’oublier l’odeur du sel et le souffle du vent dans nos cheveux, l’infinité des eaux et le zeste de l’imprévisible. On doit se contenter d’un carrousel pitoyable, où comme les chevaux vissés au sol, nous sommes confinés.

(Aaliyah)

Je précise que les derniers textes d’Aaliyah font partie d’un recueil collectif “Memwa kazene” né d’un élan collectif porté par l’auteure de bandes dessinées Jessica Oublié. Plus d’infos : https://memwakazene.wixsite.com/confinement

A propos de Émilie Marot

J'enseigne le français en lycée où j'essaie envers et contre tout de trouver du sens à mon métier. Heureusement, la littérature est là, indéfectible et plus que jamais nécessaire. Depuis deux ans, j'anime des ateliers d'écriture le mercredi après-midi avec une petite dizaine d'élèves volontaires de la seconde à la terminale. Une bulle d'oxygène !

4 commentaires à propos de “#la fabrique | Emilie Marot, tenir debout avec Albane Gellé”

  1. J.ai eu le plaisir de participer à une journée d’écriture poétique animée par Albane Gellé. Je me suis souvent appuyée sur ce poème pour penser d’autres propositions telles que : « la nuit »…terminer par « le jour » ou « dedans /dehors »… Merci pour ce partage !

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