Le livre dissous / #08 le livre comme fiction

Le début est écrit sur des papiers disséminés sous les fauteuils des stations d’écriture. De tous petits papiers qui auraient de quoi faire l’effet, s’ils étaient rapprochés, d’une nuée de prometteuses lucioles. Des bouts de papier déchirés offrant juste l’espace d’une petite liste de mots. Les mots du début.

L’écho se prolonge en graffiti dans les couloirs du métro. Il faut le lire sur les chemins des joints de carrelage. Il faut suivre ses développements en longs couloirs. Et en brusque suspensions aussi.

Cela s’échappe parfois, se prolonge par des empreintes de pouces sur les pare-brise inspirés par une rosée du matin ou un givre du soir.

A l’heure où le bois travaillé n’était pas loin de redevenir membre de Terre, des suites de phrase ont été inscrites sur les cagettes usées, elles disent ce qui pourrait advenir quand la rouille des clous aura eu raison des inscriptions du métal dans la chair.

Et certains et certaines encore ont choisi d’en porter la partie émergée à même la surface de leurs corps, sur des oripeaux ou des parures de première classe, dans le métro encore. Des têtes de chapitres sous des têtes parfois ébouriffées quand pointe le matin ou que la nuit a trop déposé de fatigue.

De vieux cahiers d’écolier doivent rester cachés dans les greniers fermés au cadenas. Ils portent traces d’incipits qui ne peuvent être encore révélés. Patience pour le rebond.

Mais dehors, il y a la boue d’argile, celle qui est attentive à l’écriture des pas. Mais dehors, il y a les faiseurs et les faiseuses de pas et si les pas ne suffisent pas à dire, il y a la pointe du bâton de marche qui inscrit des mots, des mots de liaison !

Attention à vos vieux livres, des palimpsestes leur donnent un sens nouveau. Jusque sur vos recettes de cuisine, même les plus éprouvées.

On dit que des créatures comme on n’en voit qu’aux abords des grottes de calcaire blanc ont transmis le secret des germinations diverses. De l’écriture aussi, sans doute, lorsqu’elle a besoin de résurgence. Patience, écoute, particulièrement les nuits de pleine lune. Il y a moyen alors de lire.

Retournez les cadres des vieux tableaux. La suite est aussi là.

Fouillez dans les poubelles, l’encre de correction vous guidera parfois vers les élans premiers. Fouillez dans les poubelles, même sur les billes de train imprimés. Même une fois le voyage apparemment fait, le palimpseste du voyage d’écriture sans fin peut paraître.

Sous les pots de fleur, si vous avez la chance. Sous les pots de fleur, l’action combinée de la lumière, de l’eau et des sucs racinaires a révélé ce que la première écriture ne faisait qu’envelopper, telle la cosse de la graine.

Dans les niches de pierre parfois aussi. Ne méprisez pas, s’il vous plaît, les cachettes des vieilles cathédrales.

Mais rappelez-vous que les fondations descendent jusqu’aux racines des arbres, d’où tout repart. C’est là que sont inscrits les mots à lire pour enfin souffler un peu.

Jusqu’à se rendre compte qu’il y a encore la mer et qu’en ses bulles ordonnées, l’histoire est prête à commencer encore et encore et encore.

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