#livre #8 | Fragments de ciel sur la langue

« Jamais il ne faudrait oublier de raconter le ciel ». Jean-Claude Pirotte

Nous cinglons sur des routes amères. Nous avons perdu la direction du ciel.

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Parfois, le ciel parle. Mais je n’entends pas toujours ce qu’il dit. Des mots m’échappent. Ils sont emportés par le vent. Quelqu’un a déjà dit quelque comme ça, dans le temps, pas seulement à propos des mots. Il l’a chanté, accompagné de sa guitare et de son harmonica, à propos des blessures que les hommes infligent aux hommes, des canons qui tonnent, des montagnes glissant dans la mer, des colombes échouées sur le sable. Et il l’a dit, aussi, à propos du ciel.

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Sans nuage, le ciel est triste. Comme dépossédé de lui-même. Il ne s’y passe rien. Il est réduit à une profondeur insondable vers laquelle votre œil est aspiré. Vous vous tenez à la rambarde pour ne pas tomber. Il serait si facile d’être emporté, avec le vent qu’il fait.

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Nous devrions écouter le ciel. Il a des choses à nous apprendre. Sur notre position en regard des étoiles. Sur le vide sidéral qui nous happe. Sur la beauté.

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La langue fait de son mieux. Elle s’efforce de relier entre eux les fils invisibles dont la texture nous attache au monde. Elle tisse. La langue coud.

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Nous sommes décousus. Les coutures de l’enfance ont cédé sous la pression du temps, des contraintes, des déceptions, de la maladie, des souffrances.

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Nous sommes faits de reprises dans le sens où nos aïeules employaient ce mot : « Donne-moi ces chaussettes, que je te les reprise ! ».

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La langue est affaire de tissage. On noue. On dénoue. On lie. On délie.

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Nous écrivons comme nous marchons. A pied. Dans les rocailles. Parfois sur les mains en regardant le ciel.

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Un ciel, même livré à lui-même, n’est pas une question de temps.

A propos de Serge Bonnery

Autodidacte, passionné de littérature en général et de poésie en particulier. J’ai publié trois récits (éditions de l’Amourier et éditions Le Temps qu’il Fait) ainsi que des textes dans des ouvrages collectifs et des revues. Je réalise parfois des livres d’artistes dans la compagnie de peintres et de photographes. Je pratique pour l’essentiel l’écriture de fragments. Ma participation aux ateliers de François Bon revêt un double enjeu : développer et améliorer mon écriture du fragment ; faire de l’écriture une pratique quotidienne. Mon blog : https://sergebonnery.com

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