#P5 – à côté

Un vide dans cette chair – je dis moi – et un flot qui monte

n’être rien à nouveau après un temps d’illusions, et qu’importe sa longueur, n’être que quelque chose où se perce un trou, une fontaine par laquelle monte on ne sait quoi, des mots qui savent encore se refouler, des poisons crispant muscles ou des larmes qui restent au ras, en remous étouffant, faute de savoir à quoi s’accrocher dans le vide.

Mains crispées, yeux sur but, maintenir jambes et aller vers un abri hors de la rue

sentir que cela vient sans pouvoir l’empêcher, sucer frénétiquement une pastille Vichy, mêler sa fraîcheur au goût métallique de la salive, suivre la montée de l’angoisse noire, enfouir un poing dans une poche, cacher l’autre comme on peut, admonester jambes, aller plus vite que la crispation totale, le cœur se serre, dresser tête, respectable.

A propos de Brigitte Célérier

une des légendes du blog au quotidien, nous sommes très honorés de sa présence ici – à suivre notamment, dans sa ville d'Avignon, au moment du festival...

24 commentaires à propos de “#P5 – à côté”

  1. Beaucoup aimé aussi. Surtout cette phrase “n’être que quelque chose où se perce un trou” par laquelle j’ai vu remonter non des poisons mais des poissons (écho du “ma mère est un poisson” de Faulkner et vu dans l’atelier “Faire un livre”?). Le reste du texte aussi est beau, précis, juste.

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