#P5 Flèches du mental

Juste avant la parole. Dépassement du process du timide. Éternité en un micromouvement. Soulèvement sur le point de crever. Et ruisseler. Irrépressible rictus. Débords précédant des filets minces. Tremblant partout avant et dans l’instant de la voix.

Du fond du plexus jusqu’au bord des lèvres. Gonflements de la cage thoracique et du ventre. Le flot de timidité envahit jusqu’au rouge. Ne pas pouvoir dire juste ça. Ces paroles pourtant très anodines. Je m’appelle untel. Je suis né en telle année. J’habite là. Ces riens. Seulement un état-civil. Pas pouvoir le dire. Plutôt pas pouvoir l’exprimer au sens propre. Sans trembler en un filet de rire. Sarcasme du mental. Le nerveux à découvert. La voix trémule, chevrote, agitée de frissons grelottants. De ne pouvoir dire qui est « je ». Et tout de suite perdre les moyens de l’expression. Dans un écoulement suspendu. Se projeter au fond du crâne des grands mouvements de bras désespérés et vains. Rien pour stopper les filets de fou-rire de basse intensité. Pour se raccrocher avant un instant immensément long et lent.




Expérience de la fin immédiate. Éclair de lucidité infiniment calme. Jeu de l’inframince. Entre vie et choc imminent. Pulvérisation de vérité mentale. Atteinte du terme à l’approche. Moment fulgurant d’immobilité rapide. Sûreté dépossédée ante mortem.

Dans tout le corps encore entier. Cerveau, chairs, membranes. Impression dernière. Sentiment de plénitude en sursis. Pleine possession d’être encore vivant. Pour l’ultime seconde fractionnée. Dérèglement pas perceptible. Étrangeté de calme sûr d’être pour la dernière fois entier. Jeu d’avant la perte. Juste avant l’effroi du choc. Grande résignation du corps qui flotte. Une fois encore. Vérité du mental qui aplanit la catastrophe. Sensation précise de chaque os. Abnégation devant l’accident qui arrive. Relâchement des muscles. Relâchement total. Précédant la générale tension du choc même. Tout est net. Avant la cassure. Avant les réflexes. Avant le blindage dérisoire. Avant le hurlement muet. Avant la rupture des membres. Avant les luxations. Avant le froissement et les torsions. Avant que le mental disjoncte totalement cette fois.

A propos de Fil Berger

Fil Berger, je, donc, compose les textes qu’il écrit avec des artefacts sonores et graphiques et ses pièces musicales avec des artefacts d’écriture et graphiques. Le tout cherche, donc, une manière d’alchimie modeste située entre ces disciplines. Il a publié des livres d’artiste avec le plasticien Joël Leick chez Æncrages et Dumerchez. Quelques revues comme Paysages écrits, Traction Brabant ont retenu des textes. Il a travaillé et composé des pièces musicales documentées sur CD. Il a partagé pendant plus de vingt ans des moments de création avec des chorégraphes, des plasticiens, des auteurs, des improvisateurs et des compositeurs. Il a animé des ateliers d’écriture et de partitions graphiques avec des personnes de toutes sortes. Fil Berger, je, donc, est un improvisateur qui compose et performe en forgeant ses propres outils, ses champs lexicaux, ses instruments, sa présence au monde en les mettant sans cesse en variation continue. Son travail est la recherche de convergences multiples entre... l’idée et la pratique du « baroque » et... la pratique et l’idée de l’insurrection « œuvrière » autonome.

3 commentaires à propos de “#P5 Flèches du mental”

    • Merci, Élise, pour votre lecture !
      Je vais tellement vite que j’ai à peine le temps de me relire.
      Je poste toujours des premiers jets.

      C’est pour ça que votre lecture m’encourage fort.
      J’espère vous rattraper à un moment, pour pouvoir avoir plus de temps pour peaufiner mes textes.
      Oui, merci beaucoup !

      • C’est peut-être à cause de ce rythme frénétique d’écriture qu’on ressent une vraie impulsion dans vos textes – c’est réussi !

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